Comme échappé du jardin d'Eden

Le souvenir d’une promenade au parc au printemps, comme souvenir d’une promenade au paradis, dans un paradis verdoyant et ombreux, immergée dans les chants des oiseaux.

le parc de la Tête d'or fin avril 2015 © Lucile Longre

Le souvenir d’une promenade au parc au printemps, comme souvenir d’une promenade au paradis, dans un paradis verdoyant et ombreux, immergée dans les chants des oiseaux.

 

C’est un début d’après midi de fin avril. Le temps est splendide, et il règne dans l’air comme un désir de renaissance, un espoir d’une nouvelle jeunesse, dans une nature récrée, vierge et intacte.

J’ai été gravement malade tout l’hiver, et j’ai du le plus souvent garder le lit. Dans mes souffrances d’alors, l’image du printemps à venir me soutenait et me permettait d’espérer une guérison rapide et prochaine, et je repassais dans ma tête, les photos, les odeurs et les sons des printemps passés.

Et puis, lentement d’abord, puis de plus en plus, la santé me revient, et le désir d’aller dans la nature aussi, elle, elle saurait certainement me guérir complètement.

C’est alors que je reçois cette proposition de la part d’amis très chers, faire une promenade au parc de la Tête d’or, à Lyon, pendant laquelle nous lirions des poèmes et nous en improviserions. C’est un genre de promenade que mes amis et moi pratiquons beaucoup à l’époque, c’est que nous appelons une balade poétique. On a en déjà fait quelques unes, notamment à la confluence du Rhône et de la Saône.

Cette proposition me ravit positivement et il me semble qu’avec cette balade, je dirais définitivement adieu à la maladie.

Rendez-vous est pris pour la fin avril au parc, en début d’après midi.

 

Je suis à une des entrées du parc, non loin de la roseraie et, assise sur un muret, qui borde un escalier, j’attends mes amis. Ils arrivent enfin et mon coeur bondit de joie en les voyant arriver. Oubliées toutes ces journées passées à souffrir dans mon lit, oubliées ces visites à l’hôpital qui se succèdent, enfin, je vais pouvoir vivre et profiter de ce printemps, qui explose de toutes parts.

 

Le couple de mes amis me proposent d’aller dans un coin du parc que je connais peu, voire pas du tout, et ce sera, là aussi, l’appel du renouveau et de la renaissance.

 

Et dès lors, commence la découverte du jardin d’Eden…

C’est une très belle journée, le soleil brille, mais sans être trop chaud, dans chaque buisson ou fourré, dans chaque arbre gazouillent et chantent à tue tête une multitude d’oiseaux. L’air est environné de multiples senteurs et odeurs, odeurs de verdure, de fleurs, toutes plus délicieuses les unes que les autres.

Et moi, je chemine dans cette nature qui renaît, plus éclatante que jamais, comme moi je renais aussi; il me semble que dans chaque rose, dans chaque brin d’herbe, dans chaque feuillage, c’est mon cœur qui bat aussi, d’une vigueur toujours plus forte et renouvelée. Il me semble que, dès qu’un oiseau chante, c’est mon âme qui célèbre aussi sa renaissance, et que, dans le vent, qui nous apporte mille effluves odorantes, c’est mon esprit qui, libéré, parcourt cette grande étendue de nature.

Je ne suis plus simplement moi, une humaine à la santé fragile et aux sens émoussés, je

suis feuille, je suis fleur, je suis oiseau ou arbre, je suis cet univers verdoyant et chatoyant, je suis le rayon de soleil qui joue avec la lumière dans les frondaisons, je suis la mésange qui salue le renouveau, je suis la brise qui ourle le lac en de multiples vaguelettes, je suis l’esprit de la nature qui chante à perdre haleine sa nouvelle naissance.

 

Progressant dans ma découverte du paradis, je découvre des arbres superbes, dont la ramure semble toucher le ciel, des sous-bois ombreux, couverts de tapis d’ails des ours, des rives du lac où s’ébattent cygnes et canards et où les arbres prennent plaisir à se mirer, en mille reflets argentés. C’est une fête pour l’œil, un régal pour l’oreille, et un délice d’odeurs, toutes plus savoureuses les unes que les autres, et je vais me promenant comme au jardin d’Eden, au temps où le monde était encore vierge et sans peur.

 

Je remplis mes poumons et mon corps tout entier de cet esprit de renouveau, de cet espoir de renaissance, de nouveau innocente et pure, comme aux premiers temps de l’humanité. Cette force immense, que je ressens dans le parc à cet instant, je veux la graver à jamais en moi, pour que, plus jamais, elle ne s’efface. Et cette force, venue du fond de ma mémoire je la ressens encore aujourd’hui.

Désormais, à chaque fois que je vais dans la nature, je me connecte aux puissantes forces du vivant, et je m’en trouve, aussitôt, comme régénérée.
La nature est un puissant talisman contre le mal et la désespérance, elle est une force et une ressource fabuleuse pour qui serait tenter de perdre espoir, faisons alors tout notre possible pour préserver cette richesse inestimable, pour nous et pour nos descendants.

 

Voici le haïku que je composais, durant cette balade poétique:

 

Soudain, vert le feuillage,

Un chant, une nichée,

Matin du silence,

Ail,

Espérance des ours,

J’attends dans le sous-bois,

Bruissant, miroitant,

Le vol murmure à mon oreille,

Sérénité de l’absence,

Je glisse sur le lac

De mes songes nocturnes,

Tout est paisible,

Éternité de l’instant,

Espérance de mes reflets.

 

 

 

 

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