Etonnements

Cet article a pour propos de montrer dans quelle mesure et comment, le confinement a pu être un bienfait pour la nature et pour les hommes, au rebours de tout ce qu'on a pu lire sur nombres d'articles de journaux, de blogs ou de posts sur Facebook.

 

lever de soleil à Yzeron, 13 août 2019 © Lucile Longre

 

Je ne compte plus les articles parus dans la presse nationale ou bien sur des blogs pour décrire les "ravages" du confinement et combien cela a été difficile à supporter pour" tout le monde". Et de se réjouir à grand cris de pouvoir de nouveau prendre un café en terrasse, de pouvoir aller au restaurant ou à un vernissage comme si c 'était le summum du bonheur !!

 

Je ne compte plus les posts sur Facebook avec une photo d'une tasse de mauvais café sur une petite table tremblante dehors, au milieu des pots d'échappements et de la circulation, un café totalement hors de prix en plus, avec comme légende, le bonheur ! Ou bien, un plat du jour chiche et pas forcément frais, sur une minuscule table, entourée d'autres tables portant des plats du même tonneau, payé là encore au prix fort, avec toujours cette même légende, le bonheur !! Mais de qui se moque-t-on avec de telles images, qui sont tout sauf paradisiaques !

 

Ou bien encore, vu sur un post Facebook ce jour, un article de journal, signé Anne Roumanoff, décrivant et déplorant les nouvelles façons de prendre un café en terrasse, d'aller au restaurant ou bien à l'hôtel, comme si cela était la norme et l'habitude pour toutes les personnes vivant en France !

 

Encore une fois, on veut nous faire prendre le mode de vie urbain et parisien comme caractéristique du mode de vie des Français dans leur ensemble, et qui, tous sans exception, ont vécu le confinement comme une véritable catastrophe. Mais de qui de se moque-t- on une fois de plus !!!

 

Pour ma part, le confinement (et je ne parle ici absolument pas du virus et des nombreux morts qu'il a occasionné, non, je parle vraiment du confinement en tant que tel), je l'ai vécu comme une sorte de parenthèse enchantée entre deux mondes de cauchemar, et je ne suis pas la seule, loin de là.

 

D'abord, et c'est sans doute cet aspect qui m'a le plus frappé et qui a frappé beaucoup de personnes également, c'est l'absence de bruits et le retour au silence. Avec l'arrêt de la circulation des avions et un trafic routier considérablement réduit, les bruits de notre environnement naturel ont commencé à se faire réentendre, et chose inouïe pour certains, ils ont de nouveau entendu les oiseaux, y compris parfois en centre-ville, ce qui était totalement inconcevable auparavant.

Pendant le confinement, enfin, surtout au début, car ensuite, les bruits de la circulation routière ont commencé peu à peu à se faire réentendre, il a été de nouveau possible d'entendre les oiseaux à l'aube, mais aussi pendant la journée. J'ai l'habitude, depuis une dizaine d'années d'enregistrer les chants d'oiseaux à l'aube, au printemps, et, ces dernières années, cela devenait de plus en plus impossible à faire en semaine, le seul créneau un peu envisageable restait le dimanche entre 3h30 et 5h 30, le reste de la semaine, les bruits de la circulation étant beaucoup trop présents et à peu près impossibles à enlever de mes enregistrements.

Cependant, durant le confinement, non seulement j'ai pu enregistrer les chants d'oiseaux à l'aube, jusqu'à 6h 30 du matin, mais encore, en semaine également, ce qui aurait été impensable quelques semaines auparavant. De plus, durant les 3 premières semaines du confinement (car ensuite, les bruits de la circulation sont peu à peu revenus), j'ai pu aussi faire des enregistrements en journée, dans mon jardin, avec parfois des épisodes de 5 mn sans aucune espèce de bruit automobile ni d'avion, ce qui est tout bonnement extraordinaire ! Je mettais à la fenêtre, en journée, et je n'entendais ... rien, si ce n'est les dialogues de voisins, des chiens dans le lointain ou bien des oiseaux, toutes sortes de choses qui n'offensent pas les oreilles pour ce qui est des chiens et des voisins, si cela reste à un niveau sonore acceptable.

 

Et Je ne suis pas la seule, loin de là, à avoir constaté cet état de fait et à m’en réjouir, toutes les personnes qui prêtent attention à leur environnement sonore, l’ont fait aussi. J’en veux pour preuve par exemple cet article paru sur le site de la chaîne de radio France Culture, où le journaliste Hervé Gardette, qui habite un appartement qui donne sur la « coulée verte, cette longue bande piétonne (et cyclable) qui permet de relier le quartier de la Bastille au bois de Vincennes », se réjouit de pouvoir de nouveau entendre des oiseaux en ville [1]. Et je ne compte plus les articles parus alors et disant l’étonnement et la joie des gens d’entendre de nouveau les oiseaux [2].

 

Et ce silence a été ressenti comme une aubaine et un bienfait inestimable pour tous les amoureux de la nature et des oiseaux, et notamment par les audionaturalistes. Une association française d’audionaturalistes, Sonatura[3] en a même profité pour demander à ses adhérents et à ses sympathisants d’enregistrer les chants d’oiseaux à l’aube le 3 mai 2020 et en a tiré un cd :

 

 « Le prochain opus de la revue sonore Sonatura, la seule du genre, est presque prêt ! Ce numéro suit de peu le n° 16 qui nous emmenait autour du monde comme à l’accoutumée.

 Ce CD 17 quant à lui veut témoigner d’un événement singulier : celui du silence des hommes au temps d’un confinement qui restera gravé dans nos mémoires et sinon, dans les “sillons” de ce disque.

 

Ce CD 17 regroupe pour la première fois sur un CD entièrement dédié le projet de “communion” sonore autour d’un jour unique du 3 mai 2020 à la fois jour :- l’aube de l’”international dawn chorus day” animé par les ornithologues anglophones mais désormais mondialement promu- et l’un des derniers dimanches de plein confinement ! Une idée de rassembler virtuellement nos membres pendant le confinement et à travers toute la France et même à l’étranger.

Certains d’entre nous savent combien pendant cette période de calme et de retrait du tumulte des humains, la population a redécouvert le chant des oiseaux et combien elle a été en demande de cette voix naturelle et de la sérénité de la nature… Ce disque sera donc le témoignage communiquant aux monde la beauté de la nature quand le monde des hommes se met en veille pour lui laisser la parole… »

 

Pour ceux qui voudraient découvrir les sons de la nature, quand le silence des hommes se fait, je les invite à écouter ces enregistrements faits par l’audionaturaliste Fernand Deroussen[4] .

 

 Et ces bienfaits du confinement sur la nature ne sont pas seulement limités à l’écoute des chants d’oiseaux mais ont fait sentir leurs effets sur la nature toute entière et sur les hommes aussi.

 

Après la pollution sonore, la pollution atmosphérique, avec l’arrêt du trafic aérien et la grande réduction du trafic routier, a très notablement diminué et diminuant du même coup la mortalité due à cette pollution, comme on le voit sur ces cartes de la pollution atmosphérique en Chine[5] Et avec la diminution très notable de la pollution atmosphérique, on a pu redécouvrir le paysage autour de soi[6], comme en Inde, avec la vue sur l’Himalaya désormais possible.

 

Et le confinement a été aussi, pour beaucoup de communes en France, l’occasion de réfléchir sur l’éclairage nocturne, qui est un désastre écologique et visuel, qui, non seulement il cause la mort de nombreux insectes, mais il empêche de voir notre bien commun, le ciel étoilé, encore une beauté de la Terre que l’activité humaine actuelle nous empêche très souvent de voir[7]

 

Alors, non, définitivement non, le bonheur, ce n’est pas un café sur une terrasse en ville, le bonheur, ce serait de vivre dans un environnement débarrassé de toutes sortes de pollutions, sonores, atmosphériques, visuelles, le bonheur se serait de vivre dans un monde où les droits humains et les droits de la nature seraient respectés, le bonheur serait de pouvoir écouter un chant d’oiseau à l’aube où que l’on habite, de respirer un air pur où que l’on soit, de pouvoir contempler la voûte céleste où que l’on demeure.

 

C’est cela ma définition du bonheur, et j’espère, celles de beaucoup d’autres personnes.

 

 

[1] https://www.franceculture.fr/environnement/le-chant-des-oiseaux

[2] https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/oiseaux-avec-le-confinement-la-nature-reprend-ses-droits-meme-en-ville_3931153.html

https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-carre/l-edito-carre-25-mars-2020

https://www.francebleu.fr/infos/insolite/beaucoup-moins-de-bruit-depuis-le-debut-du-confinement-1584952300

https://reporterre.net/Le-confinement-a-permis-le-retour-du-silence-et-du-plaisir-d-ecouter

[3] http://audioblog.sonatura.com/

[4]https://soundcloud.com/naturo-289243827/silence-des-hommes-cd01-extrait-5mnwav

https://soundcloud.com/naturo-289243827/silence-des-hommes-cd02-extrait-5mnwav

[5] https://www.novethic.fr/actualite/environnement/pollution/isr-rse/coronavirus-le-confinement-d-un-tiers-de-l-humanite-reduit-la-pollution-de-l-air-de-facon-tres-nette-148375.html

[6] https://hitek.fr/42/confinement-inde-covid-19-ameliration-pollution-air-vue-himalaya_7704

[7] https://www.oneheart.fr/articles/pollution-lumineuse-faut-il-maintenir-l-eclairage-public-pendant-le-confinement--21877

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