retour au jardin d'Eden ou les retrouvailles des amants

Retrouver son jardin au printemps, comme on retrouve un amant et un confident de toujours.

Une rose de mon jardin, en avril. © Lucile Longre Une rose de mon jardin, en avril. © Lucile Longre

 

Retour au jardin d’Eden ou les retrouvailles des amants.

 

Il y eut l’automne, puis l’hiver, un long, froid et rigoureux hiver. Mon âme se languissait du jardin, mon jardin, mon amant et mon confident de toujours. Mon cœur était comme désert et glacé, privé de ce qui faisait sa raison de vivre. Les jours se succédaient, sombres et froids, à peine éclairés de temps en temps par quelques faibles lueurs hivernales

Et puis, un matin, avant l’aube, je l’entendis, un merle chantait dans le jardin, bientôt suivi par une mésange charbonnière et par plusieurs autres oiseaux. L’hiver tirait à sa fin, et les oiseaux, en fidèles messagers, annonçaient le retour du printemps.

Timidement, quelques bourgeons apparurent, puis quelques ombres de fleurs se firent apercevoir. Et bientôt, ce fut indéniable, le printemps et la renaissance de la nature était là.

Les forsythias, les cognassiers du japon, le prunier et la clématite se mirent à se couvrir de fleurs La clématite, surtout, se fit la messagère du renouveau, des amples grappes de fleurs blanches firent comme une arche sur la terrasse, et je passe quelques matinées dehors à la regarder fleurir, dans un complet ravissement, bercée par le chant des oiseaux.

Puis, ce fut le tour du magnolia, suivi ensuite par le cerisier, puis le cerisier du japon. La nature, progressivement, revêtaient ses habits de fête et mon âme retrouvait peu à peu sa raison de vivre. Les fleurs des deux cerisiers, en particulier, firent ma joie du moment : des délicates fleurs blanches, teintées de roses pour le cerisier du japon, qui tombaient, en pluie, comme des délicates plumes sur mon cœur assoiffé d’elles.

Les tulipes firent aussi mes délices, ainsi que les primevères, et les fleurs des orangers du Mexique contribuèrent à mon bonheur. De partout, ce n’était que symphonie florale, éclaboussement de couleurs, et les oiseaux n’étaient pas en reste, qui nous gratifiaient chaque matin d’un véritable concert. Le matin, on ne savait plus où donner de l’oreille ni de l’œil, tant tout était pur ravissement.

 Et il y eut, enfin, la première rose ! Mon âme se languissait depuis si longtemps de cette fleur, préférée entre toutes, que cette première rose, et toutes celles en bourgeons qui s’annonçaient, firent déferler en moi un océan de joie et de plaisir. Le printemps était vraiment là, et mon cœur, comme les roses tant aimées, allait vraiment refleurir et connaître une nouvelle saison de plaisir et de bonheur ! Après ces longs mois sans soleil ni fleurs, le renouveau de la nature était indubitablement là, et mon âme allait vraiment renaître aussi.

 

 

Dès lors, ce fut un véritable éblouissement dans le jardin, tout explosait de vie et de couleurs, et je passais mes matinées, dans ce véritable paradis qu’était devenu mon jardin, paré d’une infinité de nuances de vert et de couleurs diverses et variées, baignée dans le chant des oiseaux, saluant comme moi le renouveau tant attendu.

Et l’on aurait dit que le jardin lui- même se réjouissait de ma venue, comme si, lui aussi, m’avait longuement et patiemment attendu, comme un amant espère le retour de sa bien-aimée.

Et ces mots, empruntés au Lai du Chèvrefeuille de Marie de France, une poétesse du XII ème siècle, me vinrent aux lèvres :

« Bel ami, ainsi est de nous, ni vous sans moi, ni moi sans vous ».

 

Ce furent ainsi que commencèrent nos retrouvailles entre mon amant et mon confident de toujours, mon jardin et moi. Ce fut ainsi que je retrouvais le jardin d’Eden.

 

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