Riad Saïdi doit faire face à une menace d'expulsion pendant le baccalauréat

A Dieppe (Seine-Maritime) depuis 2015, ce jeune Algérien de 19 ans est menacé d’expulsion, faute de titre de séjour. Alors qu’il passe actuellement son baccalauréat, il revient sur son parcours, sur ses projets et ses espoirs.

Sur sa chaise, Riad Saïdi est calme, bras croisés, un verre de limonade fraise-banane à peine siroté devant lui. En terrasse d’un bar du centre-ville de Dieppe (Seine-Maritime), il parle calmement et dans un français quasi parfait. Riad est élève en terminale, en filière scientifique, au lycée Jehan-Ango à Dieppe. Aujourd'hui, il passe son baccalauréat. Et rêve, en plus d’obtenir le précieux sésame, de poursuivre sa vie sur le territoire dieppois.
Le 17 février 2019, le lycéen et ses parents reçoivent un courrier de la préfecture. L’État leur demande de quitter le territoire français. Riad est Algérien. Ses parents ont quitté le pays le 31 juillet 2015. "L’un de mes frères a eu de gros problèmes là-bas. Mes parents ont eu peur de me voir suivre son chemin. Alors pour m’offrir une meilleure vie, ils ont décidé de tout quitter pour venir en France."


Une vie à reconstruire


Riad est le dernier d’une fratrie de quatre enfants. Sa sœur âgée de 27 ans suit le mouvement avec son mari. Son frère de 33 ans, lui, reste au pays. Son second frère décède en 2011 dans un accident de la route. "Du coup, mes parents font tout pour moi. S’ils ont quitté l’Algérie, c’est pour moi. Ma mère aimerait que je devienne médecin", sourit-il.

Médecin, un rêve d’enfant. Mais âgé de 19 ans, Riad aspire davantage à une carrière d’ingénieur. Assidu, bon élève, matheux, le lycéen a d’ailleurs été accepté en BTS (brevet de technicien supérieur) au lycée Pablo-Neruda à Dieppe. Il espère, au bout de ses deux ans d’études supérieures, intégrer une école d’ingénieur.
La cité Ango, Riad l’aime beaucoup. Plus que Rouen (Seine-Maritime). "Au départ, ce n’était pas le cas. Je suis habitué à vivre dans des grandes villes qui bougent. Mais finalement, je ne voudrais pas la quitter. Elle me plaît." 
Ici, Riad s’est construit une nouvelle vie. Il a sa bande de copains, joue au foot à Neuville-lès-Dieppe, aspire à devenir quelqu’un."Seulement, j’ai peur que tout s’arrête”, avoue-t-il.

Sans nouvelle de la préfecture


Le jeune Algérien est conscient de sa situation. Depuis quatre ans, il vit en situation irrégulière, mais pas par choix. Février 2016, sa famille envoie un dossier à la préfecture de la Seine-Maritime afin d’obtenir des titres de séjour. Quelques semaines plus tard, elle reçoit un courrier de leur part, leur demandant de remplir un dossier médical. "Ma mère a des problème de dos, précise-t-il en sirotant son verre. Je suppose que c’est pour cette raison.” Depuis plus de nouvelles. A partir de là, Riad trouve injuste qu’on lui demande de quitter l’Hexagone, lui qui a su s’intégrer rapidement. "J’ai été scolarisé dès mon arrivée, en troisième, au collège George-Braque. J’avais déjà obtenu mon brevet en Algérie, mais après des tests de français effectués au centre d’information et d’orientation (CIO), on m’a conseillé de la retaper.”

L’année suivante, il obtient son brevet des collèges. De part ses excellentes notes et son projet professionnel, les éducateurs de La Passerelle, centre d’hébergement et de réinsertion sociale, situé à Dieppe, lui conseillent d’intégrer le lycée Ango. Il les écoute. " Et je ne regrette pas. Je trouve que l’éducation apportée par le lycée est très bonne. Les enseignants sont à l’écoute. Ils nous accompagnent", souligne-t-il. D’ailleurs, avant de nous recevoir, Riad était avec son professeur de mathématique. “On se retrouve demain au lycée”, lance ce dernier à son élève.

"J'ai besoin de ça pour avancer"


Pas facile de passer son bac dans de telles conditions. “C’est du stress supplémentaire. Mais je dois rester concentrer. J’ai besoin de ça (du baccalauréat) pour avancer.” Riad peut également compter sur l’aide de ses camarades. “On révise souvent ensemble. Ça fait du bien d’être entouré. On garde ainsi notre objectif en tête”, estime l’adolescent.


De leur côté, ses parents ne travaillent pas. Mais ils s’investissent dans des associations comme la Croix Rouge, Oxygène et prennent des cours de français. "Mon père fait des petits boulots par ci par là. Mais il a encore du mal à s’exprimer en français. Ma mère, en revanche, a fait beaucoup de progrès. Elle comprend ce qu’on lui dit mais n’arrive pas encore à tenir une conversation, remarque le jeune homme. On fait tout pour s’intégrer ", répète-t-il.


Vendredi 28 juin 2019, Riad et ses parents se rendront au tribunal administratif à Rouen (Seine-Maritime) où ils seront jugés. D’après lui, le verdict sera rendu dans la semaine du 5 juillet, soit, en même temps que les résultats du baccalauréat. “Nous sommes une famille sans problème, qui aime cette ville, qui a su s’intégrer. On ne mérite pas ça. J’espère que le juge va le comprendre et que j’aurais aussi mon bac.”

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.