Macron fait des inégalités son combat lors du G7 alors que la France va mal

Ce sera le thème principal du sommet du G7, ce samedi 24 août 2019 à Biarritz. Le maître de cérémonie Emmanuel Macron a choisi d'aborder les inégalités dans le monde. Un petit club de nations qui va tenter de se mettre d'accord sans les représentants de 90 % de la population mondiale, alors qu'il est loin d'être un exemple dans ce domaine.

Emmanuel Macron a reçu Boris Johnson à l'Elysée à quelques jours du lancement du G7 © AFP Emmanuel Macron a reçu Boris Johnson à l'Elysée à quelques jours du lancement du G7 © AFP

Les sept plus grandes puissances du monde se réunissent ce samedi 24 jusqu'à lundi 26 août 2019 à Biarritz dans le sud de la France. Emmanuel Macron, en président de cérémonie reçoit Donald Trump (Etats-Unis), Angela Merkel (Allemagne), Justin Trudeau (Canada), Shinzö Abe (Japon), Boris Johnson (Royaume-Uni) et Giuseppe Conte (Italie). Ensemble, ils vont se mettre d'accord sur les grandes orientations à suivre pour le bien commun de tous. Un petit club de nations quasi exclusivement occidentales qui, n'oublions pas, exclut les représentants de 90 % de la population mondiale. 

Cette année, le thème retenu par le hôte est : les inégalités à travers le monde. Le président de la République française veut que les "pays les plus riches changent de paradigmes et luttent enfin contre les inégalités, qu'il s'agisse des relations hommes-femmes, de l'accès à l'éducation, du climat, des politiques de développement, de la sécurité ou encore du numérique", rapporte l'Elysée. A cette annonce, certaines ONG sont montées au créneau. Cécile Duflot, directrice général d'Oxfam France a déclaré au micro de France Inter : "En matière d’aggravation des inégalités, les pays du G7 sont parmi les champions."

Car les inégalités ne se cantonnent pas qu'aux pays sous-développés. Au sein même des états du G7, les inégalités existent. Dans un rapport publié en décembre 2017, des chercheurs du projet World Wealth and Income Database (base de données sur le patrimoine et le revenu) ont montré que depuis une quarantaine d’années, les inégalités augmentent dans presque tous les pays du monde.

Depuis les années 1980, les plus riches ont profité deux fois plus de la croissance des revenus que les plus pauvres. Chose confirmée par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). "Au cours des dernières années, les inégalités de revenus sont restées à des niveaux historiquement élevés." 

Pas logé à la même enseigne

Aux Etats-Unis, le phénomène est plus important qu'en Europe depuis les années 80. Pour cause : "l'effondrement des plus bas revenus, l'inégalité considérable en matière d'éducation et la fiscalité de moins en moins progressive." Et le gouvernement américain peine à y faire face. L'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, n'arrange rien. Au contraire, le Président américain accentue les inégalités raciales entre les Blancs et les Noirs. Cinquante ans après la mort de Martin Luther King, les inégalités de traitement face à la justice n'ont pas évolué dans la pratique. La ségrégation raciale s'intensifie même dans les espaces urbains. 

La France n'est pas un modèle non plus. Elle aussi connaît des inégalités au sein de son territoire malgré sa devise "Liberté, égalité, fraternité." Le mouvement des Gilets Jaunes, lancé en 2018, l'a démontré. La première des inégalités en France est financière et concerne les revenus. Malgré le système de redistribution (impôts et prestations sociales), les 10 % des Français les plus riches possèdent à eux seuls plus du quart des revenus, soit dix fois plus que les 10 % des plus pauvres.

Entre 2003 et 2013, les plus modestes ont gagné en moyenne 2,3 % de pouvoir d’achat alors que sur la même période, les 10 % les plus riches ont vu leurs revenus augmenter vingt fois plus (42,4 % de hausse) rapporte le journal Le Monde. Les écarts salariaux entre les sexes sont importants. Un rapport de l’Observatoire des inégalités stipule que les femmes gagnent en moyenne 18,6 % de moins que les hommes. L'écart s'élève à 448 euros nets en 2014. Il souligne également les écarts persistants de situation dans de nombreux domaines comme dans l'éducation, la formation, le logement... Un décalage qui s'amplifie avec le temps. 

On pourrait répertorier l'ensemble des inégalités de chaque pays présent ce week-end à Biarritz. Mais la liste serait longue. En attendant, les chefs d'Etat et de gouvernement vont donc définir, pendant deux jours, des orientations communes qui seront portées par les organisations internationales comme l'ONU. Le G7 s'était, par exemple, entendu en amont sur l'Accord de Paris sur le climat, en 2016. Mais quand on voit le résultat aujourd'hui, on a dû mal à s'imaginer que le G7 arrivera à effacer les inégalités partout dans le monde.

 

 

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