Le discours social de Macron aura été de courte durée

La santé d'abord. C'est ce que le chef de l'Etat nous a laissé croire lors de son discours du lundi 16 mars. Mais l'Etat social aura été de courte durée. Seulement trois jours après son allocution, Emmanuel Macron fait repasser l'économie avant la santé publique.

Emmanuel Macron lors de son allocution lundi 16 mars 2020 Emmanuel Macron lors de son allocution lundi 16 mars 2020

On pouvait croire, lors des deux allocutions d'Emmanuel Macron, jeudi 12 et lundi 16 mars, que le Coronavirus avait fait changé de cap la politique du chef de l'Etat. Un discours très social où l'humain passe avant l'économie. Solidarité, fraternité, éloge de l'Etat-providence, prise de conscience de l'importance du service public... "La santé n'a pas de prix", "Tout sera mis en oeuvre pour protéger nos salariés et nos entreprises quoi qu'il en coûte." Tels étaient les mots du président de la République, il y a seulement une semaine. 

Mais l'Etat social n'aura été que de courte durée, comme un mirage. Alors que le personnel soignant, la communauté scientifique insistent auprès de la population française à rester chez elle, pour éviter la propagation du virus et l'engorgement des services de réanimation, avant l'arrivée du pic de l'épidémie, Emmanuel Macron, seulement trois jours après son discours, appelait déjà à "la responsabilité civique des entreprises pour poursuivre leur activité lorsque cela est possible". En clair, le président a exhorté les entreprises et les salariés à poursuivre leur activité "dans le respect des règles de sécurité sanitaire." Où est la cohérence dans ses discours ? Nulle part. 

Des salariés paumés 

Travailler ou ne pas travailler ? C'est la question que se posent de nombreux Français. Ces derniers, qu'ils soient chefs d'entreprise ou employés sont perdus devant l’attitude du gouvernement et son injonction à reprendre le travail. "On nous demande de faire le choix suivant, soit de rester fermé pour protéger nos salariés, celles et ceux qui les entourent au risque de voir nos entreprises disparaître, soit nous reprenons ou maintenons l’activité au risque de voir galoper l’épidémie et de voir bondir le nombre de malades parce que nous ne sommes pas en capacité, même avec la meilleure des volontés, de respecter au maximum les mesures barrières. Et cela par manque d’équipements de sécurité disponibles. On nous demande de sauver le modèle économique de la France au risque aussi et c’est déjà arrivé à certains employeurs que je connais de se voir traiter d’assassins par les riverains de nos entreprises…", lance Gwénaëlle Maisonneuve, dirigeante d’un cabinet d’ingénieurs conseil à Saint-Paul-Les-Dax, au journal Sud Ouest

Les salariés, tous domaines confondus, ne sont pas équipés pour se protéger et protéger les autres du virus. Ouvriers du bâtiment, employés de l'agroalimentaire, de la grande distribution, ou dans la logistique, etc : tout le monde ne peut pas se mettre en télétravail. "J'ai trois enfants. J'ai tous les jours peur d'attraper le coronavirus et de le transmettre à mes proches", confie une caissière d'un hypermarché. Certains salariés estiment qu' ils ne sont pas assez protégés par leurs employeurs. "Je livre des colis. Je suis en contact avec mes collègues. Qui me dit que l'un d'entre eux n'est pas porteur sain du virus. Le soir, je rentre chez moi auprès de ma femme et de mes deux filles. Je les mets en danger." 

Pour Patrick Martin, le président délégué du Medef, Emmanuel Macron "n'a pas assez insisté sur la nécessaire continuité de l'activité économique" dans son intervention du lundi 16 mars. "Entre sensibiliser et traumatiser, il y a un monde et pour l'instant, c'est plus le traumatisme dans l'esprit des salariés." Face à de tels propos, il semble important d'apprendre au numéro 2 du syndicat des patrons, que ce dimanche 22 mars, un technicien de 56 ans de l'usine Renault Cléon en Seine-Maritime est décédé après avoir été contaminé par le Coronavirus. Un autre salarié de la même usine est également porteur du virus d'après les informations relayées par le site 76Actu.

Le droit du travail en danger ?

Maintenant que la loi état d'urgence est entrée en vigueur, pour deux mois, le gouvernement a la possibilité de s'attaquer aux acquis sociaux. Alors que, l'article L.3141-16 du code du travail dispose qu'en cas de baisse de l’activité à cause des mesures sanitaires, une entreprise ne peut pas forcer ses salariés à poser leurs jours de congés, sauf lorsque les"circonstances sont exceptionnelles", elle peut seulement déplacer ceux déjà posés, le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, s’est dit favorable, ce lundi 23 mars, à ce que les salariés prennent des congés payés pendant la période de confinement pour éviter la propagation du coronavirus, mais surtout pour pouvoir travailler davantage une fois l'épidémie terminée. Plusieurs syndicats comme la Fédération syndicale Solidaire ont alerté sur la situation des personnes en contrat précaire. Des employeurs ont d’ores et déjà annoncé qu’ils mettaient fin prématurément (ce qui est illégal) à divers CDD. 

L'Exécutif ne compte pas tourner le dos à ses valeurs libérales, malgré la crise sanitaire. Emmanuel Macron avait déjà montré que le social était loin de faire partie de ses priorités. Lors de la crise des Gilets jaunes, ce dernier avait répondu, à quelques attentes d'une population pauvre et précarisée, pour ensuite mieux la brutaliser avec la réforme de l'assurance chômage et la réforme des retraites. "On apprendra de nos erreurs", a-t-il lancé lors de sa dernière allocution. Une phrase que beaucoup de Français risquent de retenir notamment lors de la prochaine élection présidentielle. 

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