56 ans après le discours de Martin Luther King, les inégalités persistent

Martin Luther King, figure emblématique de la lutte contre la ségrégation et le racisme aux Etats-Unis, avait un rêve, celui d'une Amérique fraternelle où les Blancs et Noirs se retrouveraient unis et libres. 56 ans après son célèbre discours, "I have a dream", prononcé devant 250 000 personnes à Washington, le problème du racisme semble loin d'être résolu et s'exprime de diverses façons.

Les violences policières à l'égard de la population noire ne cesse d'augmenter aux Etats-Unis © Reuters Les violences policières à l'égard de la population noire ne cesse d'augmenter aux Etats-Unis © Reuters

"Je rêve qu’un jour sur les collines rousses de Georgie les fils d’anciens esclaves et ceux d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité. Je rêve qu’un jour, même l’Etat du Mississippi, un Etat où brûlent les feux de l’injustice et de l’oppression, sera transformé en un oasis de liberté et de justice. Je rêve que mes quatre petits-enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère. Je fais aujourd’hui un rêve !" 

Le 28 août 1963, le pasteur noir américain Martin Luther King prononce un discours qui deviendra célèbre au-delà des frontières. "I have a dream", en français "J'ai un rêve", retentit à Washington, devant le Lincoln Memorial, après la marche contre les discriminations raciales. Son rêve : voir les Blancs et les Noirs américains unis, égaux et libres. 

Exclure les enfants noirs des écoles publiques

56 ans après, on pourrait penser que les mentalités ont évolué. Si les Noirs ont accès aux mêmes droits civiques que les Blancs américains, que leur espérance de vie et leur niveau de vie ont augmenté depuis les années 70, dans les faits, les études démontrent que Blancs et Noirs ne sont pas logés à la même enseigne. D'abord, concernant les salaires. En moyenne, un homme blanc touche 71 300 dollars par an contre 43 300 dollars pour un homme noir occupant le même poste et avec la même ancienneté. Et le chômage est deux fois plus supérieur chez les Noirs que chez les Blancs. 

Aux Etats-Unis, toutes les lois favorisant la ségrégation raciale n'ont pas été abrogées, alors même que la Cour Suprême les a rendues inapplicables. En Alabama, la constitution dispose que "des établissements scolaires distincts doivent être fournis pour les enfants blancs et les enfants noirs, et aucun enfant de l'une de ces deux races ne doit être autorisé à aller dans un établissement réservé à l'autre." Lire ceci semble totalement absurde de nos jours. Pourtant, la ségrégation existe encore dans les écoles publiques. Disparue pendant un temps, elle refait surface, ce qui a donné le terme : reségrégation. C'est le cas à Gardendale, une petite commune d'Alabama où 88 % de la population est blanche, mais un quart des élèves de ses écoles est noirs, car ils proviennent des communes voisines. La ville s'est battue pendant de longues années pour exclure ces enfants de ses établissements. Et elle a réussi ! 

Selon une étude récente de l'organisation EdBuild, ce phénomène se multiplie. Dans le Sud du pays, en 1988, 43,5 % des élèves noirs fréquentaient un établissement à majorité de Blancs. En 2011, ils n'étaient plus que 23,2 %. Une tendance qui ne se limite pas au Sud : dans la ville de New York, 81,7 % des Noirs sont inscrits dans des écoles avec moins de 10 % de Blancs.

L'injustice règne

L'inégalité de traitement face à la justice est la plus flagrante. Lors d'un banal contrôle routier, d'un soupçon de trafics, d'un accident de la route, nombreux d'Afro-américains ont été abattus par un policier blanc. Et les poursuites sont souvent abandonnées. C'est le cas pour Stephon Clark. Ce jeune homme de 22 ans, soupçonné de voler des voitures, a été abattu, le 31 mars 2018, par des policiers en Californie. Il a reçu quatre balles dans le dos, alors qu'il courait en direction de la maison de sa grand-mère. Il n'était pas armé. Tamir Rice, 12 ans, jouait avec un pistolet factice lorsque Timothy Loehmann, un policier blanc l'a tué dans l'Ohio le 28 décembre 2015. Il n'y a pas eu de poursuites. Le 17 juillet 2014, Eric Garner, 43 ans est interpellé à New York. Soupçonné de vendre illégalement des cigarettes, il est plaqué au sol par un policier. Ce dernier lui serre le cou (pratique illégale dans cet état américain). Le suspect, obèse et asthmatique, signale qu'il ne peut plus respirer. Eric Garner sera déclaré mort à la suite d'un malaise cardiaque. Le policier Daniel Pantaleo ne sera pas condamné. Et des cas similaires, il y en a beaucoup

De nombreuses manifestations ont eu lieu pour dénoncer le manque d'impunité dont bénéficient certains policiers blancs impliqués dans la mort de Noirs. Un jeune noir à cinq fois plus de chances qu'un jeune blanc d'être tué par la police. En 2012, le mouvement Black Lives Matter (Les vies noires comptent) a été lancé, sur les réseaux sociaux, dans l'espoir de faire bouger les lignes. En 2015, 975 personnes ont été tuées par les forces de l'ordre. 90 d'entre elles n'étaient pas armées et 37 d'entre elles étaient noires et ont été tué par un policier blanc. 

En 2008, alors que Barack Obama devenait le premier président noir des Etats-Unis, le pays célébrait l’avènement d’une société postraciale, c’est-à-dire indifférente aux identités raciales. Mais avec un chef d'état comme Donald Trump - qui a utilisé le racisme comme moteur politique pour sa campagne - et le dynamisme du nationalisme blanc, la disparition des inégalités entre Noirs et Blancs aux Etats-Unis n'est certainement pas pour demain. 

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