Edouard Philippe ou l'exemple même de l'opportunisme

Dans une interview exclusive accordée à Paris-Normandie, le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé, vendredi 31 janvier 2020, sa candidature à la mairie du Havre. Si cette nouvelle n'est pas surprenante, celle de ne pas quitter son poste à Matignon en cas de victoire, l'est davantage. Entre maintien de la cohésion de la majorité havraise et opportunisme, la ligne est mince.

Edouard Philippe est candidat à la mairie du Havre (Seine-Maritime) © AFP Edouard Philippe est candidat à la mairie du Havre (Seine-Maritime) © AFP

C'était la grande nouvelle du jour ce vendredi 31 janvier 2020 : Edouard Philippe est candidat à la mairie du Havre (Seine-Maritime). Dans une interview accordée au quotidien local Paris-Normandie, le Premier ministre s'est dit : "prêt à poursuivre la transformation du Havre et à rendre les Havrais fiers de leur ville." Une décision qui ne surprend pas mais qui pourrait poser problème.

Sur le plan national

Edouard Philippe entre donc en campagne électorale, dans une période particulièrement sensible pour l'exécutif, puisque le gouvernement doit défendre le texte sur la réforme des retraites devant le Parlement.

Un moment qui promet d'être mouvementé. L'opposition a d'ores et déjà annoncé une saisine du Conseil constitutionnel en dénonçant un texte "bâclé". Tandis que le groupe La France Insoumise (LFI) envisage de proposer une nouvelle motion de censure contre le gouvernement. Difficile, dans ce contexte, d'envisager un remaniement aussi important que celui qui consisterait à changer de Premier ministre. 

Il ne fait donc aucun doute qu'il sera difficile pour le chef du gouvernement de mener bataille sur les deux fronts. L'une d'entre elles risque de passer à la trappe. Et il est fort à parier que ce ne sera pas les Municipales. 

Car au Havre, Edouard Philippe a perdu de sa cote de popularité. Si certains Havrais ne sont pas contre son retour, "parce qu'il a fait beaucoup de choses, dans le passé, pour la commune", d'autres, en revanche, retiennent ses actions de Premier ministre. "Je ne voterai pas pour lui. Avec ce qu'il est en train de nous faire au gouvernement, ça ne risque pas", explique une habitante. "Avant c'était un gentil monsieur, maintenant c'est le porte-flingue de Macron. Et ces gens là portent une politique strictement réactionnaire", ajoute un commerçant. "Il aura dû mal", confirme un autre.  

Plusieurs centaines de manifestants étaient d'ailleurs présents au lancement de sa campagne. Des heurts ont même éclaté avec les forces de l’ordre, à quelques dizaines de mètres de la salle, rapporte sur Twitter Manon Loubet, journaliste à Actu76.

Sur le plan local

Si porter deux casquettes peut être ardues, la déclaration d'Edouard Philippe laisse paraître un autre message des plus dérangeants sur le plan local. "Si les Havrais me font confiance [...] et si le président de la République continue à m'accorder sa confiance, je continuerai à remplir ma mission de Premier ministre." Et c'est là que ça coince davantage.

Edouard Philippe ne pourra pas cumuler son mandat de maire avec celui de Premier ministre © AFP Edouard Philippe ne pourra pas cumuler son mandat de maire avec celui de Premier ministre © AFP
En cas de victoire, ce dernier placera alors son numéro 2 Jean-Baptiste Gastinne [actuellement maire du Havre depuis la démission de Luc Lemonnier en mars 2019] à la tête de la ville portuaire, en attendant la fin de son mandat de Premier ministre. 

 

 

Cette candidature s'inscrit-elle comme un moyen de maintenir la cohésion de la majorité havraise, affaiblie depuis 2017 ou est-ce de l'opportunisme ? 

"Franchement, le mec s'en fout de notre ville. Il pense juste à ses ambitions politiques.", "Il sait qu'il est foutu sur le plan national, alors il assure sa carrière en revenant ici", lâchent des jeunes.

"Ce qui me dérange c'est qu'il va nous inciter à voter pour lui, mais pendant deux ans, il ne sera pas notre maire. Ce fonctionnement me gêne. Soit il veut vraiment s'investir pour notre ville et s'il est élu, il quitte son poste de Premier ministre, soit il estime qu'il a une mission à terminer, et dans ce cas, il se présente aux élections municipales de 2026", estime une passante. 

En septembre 2019, le chef du gouvernement avait annoncé que les ministres pourront être candidats aux municipales de mars 2020en restant au gouvernement mais ne pourront pas cumuler avec un poste de maire ou de président d'exécutif local s'ils sont élus.

A ce jour, Edouard Philippe est le cinquième candidat à s'engager dans la campagne des élections municipales au Havre.

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