Le «malheur français» selon Marcel Gauchet

A l'occasion de la parution prochaine du Malheur français, le dernier livre de Marcel Gauchet, voici de nouveau quelques éléments pour comprendre comment un intellectuel «de gauche», ou du moins auto-proclamé, se fait le défenseur patenté de l'ordre social et du monde tel qu'il va.

Conformisme et tradition

 Quelques remarques sur la pensée de Marcel Gauchet

 

Étonnant pour le moins, indécent quand on y regarde de près, le choix de Marcel Gauchet pour une conférence inaugurale sur « les rebelles », à l'été 2014 lors des Rendez-vous de l'histoire de Blois, s’était accompagné d’un emballement d’arguments aux contours eux-mêmes surprenants. Parmi les invectives adressées à celles et ceux qui protestaient, l’une des raisons avancées était qu’on ne pouvait s’en prendre ainsi à un intellectuel consacré. Étrange argutie, il est vrai : l’intellectuel/le n’a-t-il/elle pas vocation, par essence ou du moins par fonction, à être interpellé/e, ses propos débattus, critiqués et à l’occasion combattus ? La question pose en tout cas à nouveaux frais ce problème aigu : d’où vient l’autorité supposée de l’intellectuel/le ? À quelle source sa parole puise-t-elle sa légitimité au point d’apparaître comme une voix d’oracle, capable de s’exprimer pour tous et au nom de tous ? À quelle aune mesure-t-elle cette immense responsabilité de délivrer une opinion autorisée[1] ?

L’interrogation vaut d’autant plus quand, comme c’est le cas on le verra de Marcel Gauchet, cette voix se pose sur le ton péremptoire et parfois arrogant de qui sait et comprend. Cette suffisance, exercée tous azimuts et sur tous les sujets, s’accompagne d’un mépris sarcastique explicite à l’encontre de ses critiques et adversaires en pensée.

Mais Marcel Gauchet est-il un intellectuel ? A le lire – certes en une seule occurrence –, la réponse est « non ». Lors d’une émission télévisée, il a pu, à propos du terme « intellectuel », déclarer en effet : « je ne le revendiquerais pas personnellement puisque je ne me mêle pas d’intervenir sur la scène publique pour commenter l’actualité[2] ». Propos insolite quand on sait que M. Gauchet est l’une des personnalités les plus sollicitées par les médias, notamment lors des campagnes électorales mais pas seulement loin de là, fin connaisseur des puissants sur qui il a toujours un avis à livrer. Nous avons pu recenser 75 tribunes, entretiens, émissions de radio et de télévision au cours par exemple de ces cinq dernières années ; certains nous ont de surcroît probablement échappé, même si Marcel Gauchet relaie chacune de ses interventions médiatiques dans son blog bien entretenu, qu’il s’agisse d’un entretien au Point ou d’un passage sur Canal Plus. Il est d’autant plus décalé et déplacé que Marcel Gauchet s’en soit pris sur ce terrain à Pierre Bourdieu, assénant à propos de La Misère du monde : c’est là « l’exemple le plus réussi, le plus frappant, le plus significatif de l’ajustement du discours savant à la logique médiatique[3] ». Mais l’on comprendra vite son acrimonie à l’égard de Bourdieu.

Certaines indignations de Marcel Gauchet revêtent dès lors un écho singulier : « Si l’on disait toute la vérité sur l’endogamie du milieu politico-journalistique, on tomberait à la renverse[4] ! » De la part d’un homme autant sollicité, invité et réinvité, reçu à l’Elysée par Nicolas Sarkozy lequel lui a aussi remis la Légion d’honneur (au grade de chevalier, promotion du 14 juillet 2007), l’exclamation a de quoi troubler. Puisque lui-même récuse le terme d’« intellectuel », dira-t-on que c’est comme expert[5] qu’il a participé aux petits-déjeuners de l’Elysée pour y délivrer sa pensée ? Qu’il en a fait bénéficier la FONDAPOL, fondation pour l’innovation politique, boîte à idée de l’UMP[6] ? M. Gauchet est également membre du Conseil d’orientation et de réflexion de l’assurance (CORA), créé en 2008 à l'initiative de Bernard Spitz, membre du bureau du MEDEF et président de la Fédération Française des Sociétés d’Assurance. Il est aussi actif au Conseil d’Orientation  de « En Temps Réel », mouvement financé, comme le précise son site, par des contributions d’entreprises afin de poser de « puissantes bases intellectuelles d’un agenda réformiste ». M. Gauchet y retrouve Bernard Spitz, Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC, Jean-François Rischard, ancien vice-président de la Banque Mondiale, François Villeroy de Galhau, directeur général délégué du groupe BNP-Paribas ou encore Jean-Noël Jeanneney. Marcel Gauchet peut bien « tomber à la renverse » face à l’endogamie qu’il voue aux gémonies, il en est pourtant un exemple parfait. Il y a donc aussi une « boutique » de M. Gauchet[7].

« Je suis un observateur neutre », assure-t-il cependant[8]. C’est de cette base qu’il nous faudra partir pour analyser ses prises de position. Car au rebours de cette neutralité supposée, la pensée de Gauchet peut bien apparaître comme traditionnaliste et conformiste. A la suite de la philosophe Sandra Laugier, nous avancerons cette problématique du conformisme de préférence à celle de la réaction ; conformisme s’entendra comme conformité au pouvoir établi et aux idées dominantes[9], dont Marcel Gauchet s’inspire en contribuant à les nourrir. La « neutralité », affichée mais si peu suivie d’effets, est le contrefort bien connu d’un professionnalisme de la pensée, le masque arboré d’une idéologie savamment assaisonnée – et qui ne dit pas son nom. 

Autorité et tradition

            Dans les écrits de Marcel Gauchet, l’« individu contemporain » est analysé, scruté, disséqué. Mais ceci sans aucun fondement empirique, sans souci de démonstration sociologique : nulle place pour le social dans la pensée de Gauchet, lequel dédaigne les statistiques, les enquêtes, le « terrain » - ce labeur sans doute trop besogneux[10]. Il n’y a pas là qu’une division du travail intellectuel : cette ignorance du social, et dès lors de la sociologie aussi, traduit une forme de pensée, idéaliste en tant qu’elle s’oppose à tout matérialisme, et catastrophiste aux accents prophétiques. Mais l’argumentation est à ce point dénuée d’étai empirique que cet « individu contemporain » paraît tout droit sorti de la plume de M. Gauchet.

            Voilà ce qu’on apprend à son sujet. « L’individu contemporain aurait en propre d’être le premier individu à vivre en ignorant qu’il vit en société » ; « il n’y a plus guère de place, dans ce modèle de la personnalité contemporaine, pour la honte ou pour la culpabilité » ; ce qui dominerait, ce serait tout ensemble l’« angoisse d’avoir perdu les autres » et la « peur des autres » [11]. Pour le penseur de la « condition historique », comme tout ceci paraît peu situé historiquement, martelé sans considération de la preuve. Quand une esquisse d’argument est énoncée, elle se rabat sur la langue du quotidien, sans intérêt d’ailleurs pour son historicité : « Prenons à la lettre le langage de tous les jours, qui en dit long : les gens ne peuvent plus se sentir. Le souci de neutraliser l’olfaction est très révélateur de ce qu’on ressent de menace potentielle dès la simple proximité physique avec les autres[12]. » M. Gauchet, s’il relisait Alain Corbin, verrait que la difficulté à « se sentir » est loin d’être le « propre » du contemporain et qu’elle a longtemps été une marque de clivage social, d’opposition de classes[13]. Nonobstant, on demeure confondu/e devant ces perles tressant le collier d’un scepticisme profond, parure à la nostalgie d’une certaine tradition[14].

            C’est en effet ce qu’il nomme « détraditionnalisation » que Marcel Gauchet pointe du doigt ; et, dans ce mouvement, le droit s’installerait « contre et à la place de la civilité[15] ». Tradition, civilité, autorité disparue mais à refonder : tels sont les maîtres-mots d’une pensée qui se déploie sur fond de regret. Le monde serait en proie à la « désidentification » pour cause de « désidéalisation ». En guise de soubassement à l’argument, M. Gauchet n’hésite pas à avoir recours à l’histoire autant qu’au goût glamour de la star – forcément d’antan : « On s’identifiait au général de Gaulle, on ne s’identifie pas à Mitterrand ou à Chirac. On s’identifiait à Ava Gardner, on ne s’identifie pas à Isabelle Huppert[16] ». Il y a donc là le bel avant, opposé au pauvre maintenant : avant, « apprendre un métier par exemple offrait une forme de maîtrise et par là de puissance » ; maintenant, la « vision traditionnelle de la maturité est ainsi remise en cause »[17]. Avant, il y avait de grands hommes portant haut le drapeau de la tradition. Un de Gaulle évidemment, si ardemment cité : « de Gaulle a été un formidable leader, capable d’emmener les gens et de susciter l’adhésion[18] » ; « le génie propre du général a été de savoir relever brillamment le pari de la modernité tout en l'inscrivant dans la continuité de l'histoire de la France[19] » ; maintenant le personnel politique rabaisserait par trop la nation, sauf exceptions. D’où l’injonction faite à François Hollande d’« endosser des habits gaulliens pour s’adresser directement aux Français[20] ». Marcel Gauchet est le penseur du « -dé », en somme de tout ce qui se défait : parmi ses termes régulièrement choisis, ceux de « détraditionnalisation », « désidentification », « désidéalisation », « désinstitutionnalisation », « désappartenance », « désaffection » et « désertion ».

« Il fut un temps où l’on mourait de nostalgie[21] » ; mais … la nostalgie n’est plus ce qu’elle était. Tout se perd et, dans ce tout, le sens de l’ordre et de l’autorité. Car Marcel Gauchet, après d’autres et avec d’autres, affirme qu’il y a une « crise de l’autorité », que « l’incivilité gagne »[22]. C’est pourquoi, lors de la campagne électorale pour la présidentielle de 2007, il donne quitus à Ségolène Royal, dont la « véritable force politique » selon lui « réside dans le fait qu'elle est la seule à avoir saisi la profonde crise d’autorité qui travaille la société française »[23].  Toutefois, en matière de sécurité, Nicolas Sarkozy trouve lui aussi grâce à ses yeux. Il écrit ainsi : « [La droite] a réussi à bousculer l’interdit idéologico-médiatique qui paralysait les politiques publiques en ce domaine. L’habileté de Sarkozy a fait merveille pour donner une traduction acceptable à la demande d’autorité[24] ». A telle enseigne qu’il recommande à la gauche d’en tirer les leçons et d’intégrer un peu plus encore dans ses thèmes centraux celui, crucial selon lui, de la sécurité[25].

La pratique de l’amalgame, chez Marcel Gauchet, peut aller très loin, d’une manière fort surprenante de la part d’un philosophe pour qui les mots devraient avoir sens et importance. Ne voit-il pas le tour de passe-passe idéologique consistant par exemple à englober tout et son contraire dans le mot « sécurité », selon son gré et son intérêt ? Avec la violence rhétorique qui le caractérise lorsqu’il s’agit de s’en prendre à des adversaires qui ne se reconnaissent pas dans la pensée sécuritaire – celles et ceux qu’il désigne avec mépris comme des « demi-lettrés » –, il lance, sans vergogne : « Observons simplement pour commencer que ces farouches contempteurs de l’obsession sécuritaire n’en seront pas moins les premiers et les plus vaillants sur la brèche dès qu’il sera question de défendre les acquis de la Sécurité sociale. Il y aurait donc au moins une acception dans laquelle le besoin de sécurité ne serait pas inavouable…[26] » On ne sait plus ce qui l’emporte là de l’ignorance politique et historique ou de la mauvaise foi. Car la protection sociale, mise en commun d’une partie du salaire pour surmonter accidents, chômage, maladies et autres aléas de la vie, n’a vraiment rien à voir avec l’ordre policier. Il ose aussi faire croire à une « intéressante filiation » entre celles et ceux qui aujourd’hui récusent cette hantise sécuritaire et … l’extrême droite weimarienne – autant dire nazie ou protonazie[27]. Ici, le savoir de Marcel Gauchet sur la philosophie de l’histoire sert de gage à un amalgame éhonté.

Défense et illustration de la soumission

Marcel Gauchet a certes évoqué les rebelles ; ou plus précisément, pour l’y opposer, la figure de l’« insoumis paisible, bien décidé à ne s’accommoder ni des contraintes du mariage, ni de l’autorité dans l’éducation, ni de la hiérarchie dans l’entreprise, ni des obligations sacrificielles de la chose publique[28] ». On reviendra sur les autres données de la formule, qui sont des piliers dans la pensée de M. Gauchet, mais l’entreprise quant à elle mérite d’emblée d’être évoquée. Car la vision de la tradition inclut le respect de l’autorité, et pas n’importe laquelle, celle du patron sur ses salariés, du contremaître sur ses subordonnés ou toute autre forme de domination sous les abords plus subtils que le néomanagement a trouvés. L’injonction en miroir, dans la formule de Gauchet, est à l’acceptation passive et résignée ; sans doute parce que l’entreprise ne serait ni de droite ni de gauche, comme on l’entend souvent désormais ; l’harmonie qui doit y régner est à ses yeux à mille lieues de toute exploitation – un gros mot qui renverrait sûrement au seul XIXe siècle.

Il faut donc, à le suivre, acquiescer au système tel qu’il va. La déploration sur certains aspects du présent ne touche en aucun cas la structure sociale et économique qui régit nos vies. Ici comme ailleurs, François Furet a inspiré Marcel Gauchet. Le premier écrivait : « L’idée d’une autre société est devenue presque impossible à penser, et d’ailleurs personne n’avance sur le sujet, dans le monde d’aujourd’hui, même l’esquisse d’un concept neuf. Nous voici condamnés à vivre dans le monde où nous vivons[29] ». Selon le second, « il n’y a que du même devant nous. Le sacre de l’individualisme que nous venons de connaître nous interdit de concevoir d’autres principes de l’existence personnelle ou collective que ceux que nous pratiquons[30] ». Il y a certes, chez Gauchet, de nombreuses flèches décochées contre le présentisme[31], en tant qu’enfermement dans le présent. C’est pourtant un présentisme activement pratiqué qu’il propose en refusant d’imaginer la moindre alternative à ce couvercle pesant. Car s’il y a bien de l’intouchable chez Gauchet – la tradition, la famille, la nation –, il inclut, et au premier chef, un capitalisme non interrogé. C’est là un « cela va de soi », interdisant justement la mise en cause, le refus, la rébellion, et empêchant que de l’autre soit pensé, imaginé et pourquoi pas rêvé – autre gros mot[32]. « C’est dans le cadre du marché, de la liberté individuelle et de la propriété privée que devra se situer toute politique plausible. En ce sens, il est possible de soutenir en effet qu’il n’y a plus d’autre socialisme concevable que libéral. Il en va de même d’ailleurs du conservatisme. Ils sont condamnés à composer avec le fait libéral et à s'inscrire dans ses limites indépassables[33]. » On accordera à Marcel Gauchet de n’avoir pas changé : à l’aube des années 1990, il y insistait déjà : « les vieilles disputes autour du capitalisme sont rendues obsolètes par sa redéfinition de fait comme économie de l’innovation[34] ». Quoi qu’on en pense par ailleurs, ces leçons délivrées dans la majesté d’un ton qui n’admet pas la contradiction reviennent à condamner toute brèche, toute incursion dans les failles d’un système qui précisément ne va pas de soi parce qu’il est historiquement, politiquement et  idéologiquement déterminé[35]. Le philosophe de la condition historique pourrait au moins le faire saisir, au lieu de nourrir l’absence de réflexion sur une telle historicité. 

Contre-réformes de société 

On comprend mieux à cette aune la manière dont Marcel Gauchet accompagne les contre-réformes destinées à mettre en cause la protection sociale, le système de retraites, le système de santé. En 1995, il saluait « l’intelligence et le courage de Nicole Notat » qui approuvait la contre-réforme la Sécurité sociale[36]. Cette année-là, Marcel Gauchet et Le Débat ont beaucoup donné sur le front du soutien au gouvernement Juppé. « Nous n’avons pas de solution à prôner. [ …] A l’heure où quelques-uns de nos “intellectuels” les plus notables croient devoir renouer avec les errements du passé et la négation des réalités au nom des grands principes -, nous sommes résolument du côté des éveilleurs contre les escamoteurs[37] ». « Pas de solution à prôner », donc, et pourtant la défense sans condition d’une mise en cause radicale de la Sécurité sociale. Le tout, comme on le sait tant les éléments de langage se répètent depuis trente ans, au nom du « courage », de la « nécessité[38] », contre le « conservatisme », l’« immobilisme »[39] et au nom des « inéluctables adaptations[40] » : un fatalisme bien alimenté.

Marcel Gauchet a aussi des propositions pour les services publics : dans la mesure où, d’après lui, « les libéraux formulent une critique juste en disant que les agents se sont appropriés les services publics aux dépens des citoyens[41] », le modèle à suivre est celui des pays du nord de l’Europe : « En Suède, la fonction publique est aujourd’hui limitée aux fonctions régaliennes : armée, justice et police. Le contrat de travail d’un enseignant est le même que celui d’un employé de supermarché. Nombre de fonctions gouvernementales ont été déléguées à des agences indépendantes, les services publics (postes, transports) ont connu une privatisation à peu près totale[42] ». Les gouvernements allemands sont eux aussi salués pour leurs « choix décisifs et courageux sur la base de diagnostics stratégiques[43] » - on sait les effets socialement désastreux qu’ont eus les contre-réformes « Hartz » en termes notamment de baisse des salaires, de précarité généralisée et de protection sociale au rabais. Et Marcel Gauchet de déplorer que « sur ce point essentiel, la gauche française n’a rien à dire[44] ». Les évolutions récentes l’auront sans doute rassuré – même si, sur le sujet, le propos peut faire un peu peur : « Nous avons des démineurs quand nous aurions besoin d’artilleurs[45] ». Sur l’université, M. Gauchet a aussi des suggestions à avancer : « Personnellement, je serais partisan, dans l’idéal, de resserrer le système d’Etat, parce que c’est la tradition française, et le mettre en concurrence avec un système d’universités privées. Le système scolaire français marche le mieux là où il y a concurrence entre l’école privée et l’école publique, en Bretagne et en Alsace. Tirons-en la leçon pour le supérieur. Encourageons la création d’universités privées et concurrentielles face à ces universités publiques qui fonctionnent selon un système centralisé[46] ». L’université doit devenir, elle aussi, un marché, dans une compétition exacerbée : que le meilleur gagne. On l’aura compris, « nous avons besoin d’un plan très précis de réduction des dépenses publiques[47] ».

Marcel Gauchet parle donc, et beaucoup, dans les médias[48]. Il s’y exprime sur tout mais tout particulièrement sur ces nécessités supposées que son autorité rend évidentes quand elles ne le sont justement pas – alors que l’intellectuel devrait se donner pour objet de les démasquer. De surcroît un intellectuel qui passe pour être « de gauche » : mais qu’est-ce à dire, alors ? Quelle peut être désormais la signification d’une telle expression ? Les mots ont-ils encore un sens ? M. Gauchet affirme être un « observateur neutre » ; mais sa neutralité est bien entravée par ses propositions de régressions sociales, de surcroît peu originales car absolument dans l’air du temps ouvert au début des années 1980 : allègement du « coût » du travail, flexibilité, privatisation généralisée et loi du marché, naturalisation de l’économie en général et de l’entreprise en particulier.

Le mépris des luttes sociales

 On l’imagine, les refus de telles régressions ne sont plus à cette aune que des « blocages[49] ». De fait, la condescendance de M. Gauchet à l’encontre de celles et ceux qui veulent y résister est considérable. Le 4 décembre 1995 est lancé un « appel des intellectuels en soutien aux grévistes », à l’initiative notamment de Michèle Riot-Sarcey, Henri Maler, Denis Berger, Catherine Lévy et Yves Bénot, relayé par Jacques Kergoat et Pierre Bourdieu ; il y est question de la « responsabilité » des signataires à affirmer leur solidarité envers celles et ceux qui se battent non pour des « privilèges » mais pour « l’égalité des droits de toutes et de tous : femmes et hommes, jeunes et vieux, chômeurs et salariés, travailleurs à statut, salariés du public et salariés du privé, immigrés et français ». Marcel Gauchet n’a alors qu’ironie à l’égard de « Pierre Bourdieu en idole du prolétariat organisé[50] ». Car selon lui, la grève qui se généralise n’est qu’une « crispation immobiliste ». Les guillemets qu’il utilise pour évoquer ces « “mobilisations” » sont des pincettes pour mieux les dénigrer et, in fine, les récuser. Elles n’auraient, à le suivre, que les « couleurs trompeuses de mouvement social[51] »  - faisant fi ainsi de quelque trois millions de manifestants. Le plus extraordinaire est sans doute le retournement que M. Gauchet pratique alors dans l’usage du mot « marché » : il voit dans la grande grève de 1995 l’illustration d’une « société de marché politique », « où chacun est reconnu comme seul juge de son intérêt, et où tous sont supposés détenir un droit égal à défendre leurs intérêts »[52]. C’est le monde à l’envers : les opposants à la loi du marché transformés en suppôts du marché. Une fois encore, les mots ne veulent plus rien dire, dans leur utilisation élastique et sans principe.

Par-delà novembre-décembre 1995, les années 1990 ont été caractérisées par un renouveau de la contestation, un refus d’accepter sans mot dire le monde tel qu’il va : regain des luttes ouvrières, mouvements des « sans » (sans travail, sans papiers, sans logis, sans droits), combats contre le SIDA, mobilisations homosexuelles, féministes, luttes écologistes, mouvement altermondialiste, nouvel anticapitalisme. La caractérisation de Marcel Gauchet à l’égard de ces mobilisations est pourtant sans appel et tombe comme un couperet : ce qui passe à ses yeux pour un « ramollissement “bonsentimenteux” » en fait pour son malheur une protestation « encore plus inintelligente que ses versions antérieures »[53]. Acerbe, souvent acrimonieuse, la plume de Gauchet se fait aussi infantilisante. La contestation n’est rien d’autre selon lui qu’un « culte attendri et régressif des postures oppositionnelles de principe[54] ». Pire encore, le diagnostic délivre des jugements de pathologie, lorsque Marcel Gauchet dénonce, à des fins sans doute curatives, « la force de l'immobilisme anxieux dans le pays, et la folie anti-libérale[55] ». Tout le monde en prend alors pour son grade, le prétendu « délire catho-gauchiste qui a donné naissance à toutes les billevesées sans-frontiéristes et abbé-pierristes[56] », les écologistes au prétexte qu’il y aurait – nouvel et terrible amalgame – « un fascisme écologique potentiel[57] », les infirmières et les cuisiniers qui défendent leur statut et leur métier, les enseignants mobilisés à l’« extrêmisme apolitique[58] », les étudiants résolus dans leur opposition aux contre-réformes de l’université et qui sont traînés – avec leurs professeurs d’ailleurs – dans la boue de la morgue gauchetienne[59]. « L’infâme “marchandisation” néolibérale[60] » n’existerait que dans la tête de quelques militants attardés, sous les sarcasmes de Marcel Gauchet.

Sa condescendance s’abat avec la même virulence contre toute forme de pensée critique, ce « nouvel obscurantisme où la “critique” n’est plus que le masque du renoncement à comprendre[61] ». S’inspirer de Bourdieu, de Foucault, de Barthes[62] ou de Derrida n’est rien d’autre que jouer, au mieux, aux « suiveurs » et autres « petits soldats », au pire aux « suppôts » et aux « commissaires politiques »[63].

Le spectre de 1968

C’est dans cette lignée que Mai-Juin 1968 est jeté aux orties. A ce propos, nous rejoindrons Serge Audier lorsqu’il fait remarquer : « Pour mener ce travail d’objectivation, M. Gauchet choisit non pas d’étudier la rébellion en elle-même ou de scruter ses antécédents, mais d’examiner sa postérité durant les décennies suivantes […] Ce choix, du point de vue historique, est à l’évidence très discutable, et il rend même d’emblée caduque la prétention de tirer un bilan dépassionné[64] ». Chez Marcel Gauchet domine, encore et encore, le quolibet dont il est coutumier, quand il s’agit pour lui d’évoquer « l’immaculée conception de mai 68[65] ». En 1988 déjà, Marcel Gauchet estimait que c’était « une non-bataille[66] ».

Mais le plus étonnant, en terme de méthodologie, reste l’absence de toute interrogation sur la notion de génération. Gauchet brandit à l’envi l’étendard de la « génération des soixante-huitards » pour mieux le mettre en pièces. Cette génération serait responsable de tous les maux : « Ce présent vivant de 68 contient une bonne part des problèmes de la société française[67] » ; « De ce marasme la génération porte sa part de responsabilité[68] » ; « Pour la simple raison que cette génération, qui s’attribuait de vastes aptitudes de lucidité, s’est montrée bien peu éclairée sur ce qu’elle était en train de faire[69] ». Comme si d’abord une génération n’était pas profondément contrastée en termes socio-culturels et socio-professionnels : même oubli du social que celui déjà relevé, même usage de l’amalgame et des mots fourre-tout, même réification sans interrogation. Comme si ensuite plusieurs générations n’avaient pas « fait 68 ».

Pas l’ombre d’un argument empirique pour affirmer, comme le fait Gauchet, que les contestataires manifestaient « …contre on ne sait pas bien quoi. Sur le moment, les manifestants avaient l’air de savoir ce qu’ils contestaient – mais ils étaient bien en peine de le dire[70] ! » Une plongée dans les archives abondantes produites au cœur de l’événement, dans les comités d’action, comités de grève et comités de quartier notamment, démontre sans peine combien les projets concrets, imaginés et pensés, étaient précis, élaborés avec la force de l’intelligence collective. Mais là encore, Marcel Gauchet ne fait pas dans l’originalité : il entretient les poncifs les plus usés sur le sujet[71]. Son propos fait écho au discours prononcé par Nicolas Sarkozy, alors candidat à l’élection présidentielle, lors d’un meeting de campagne à Bercy le 29 avril 2007[72].

Cette concordance ne surprend pas quand on se rappelle les appréciations portées par Marcel Gauchet sur Nicolas Sarkozy, lequel « incarne en fait la politique (le choix, la volonté, la détermination de mener à bien des engagements clairement adoptés en commun)[73] ». Même si, comme beaucoup de commentateurs, il déplore son style débridé, Marcel Gauchet affirme encore, en novembre 2007 : « Nous avons un président de la République exemplaire, qui est un homme d’action[74] ». Certes, l’ancien Président de la République finit par le décevoir. Mais c’est qu’il n’est pas allé assez loin dans les réponses aux questions que posait le Front national : « Il y a un piège du Front national : les thèmes dont il s’empare sont décrétés ipso facto infréquentables, à jamais pollués, bannis du débat respectable. Or ce sont bel et bien, qu’on le veuille ou non, ceux qui préoccupent une grande partie de l’électorat, en particulier les milieux populaires. C’est ce piège qu’il faut déjouer si l’on veut combattre efficacement un parti qui a pour lui l’effet de vérité contre les moralistes bien-pensants de tout poil. C’est ce que Sarkozy avait amorcé en 2007, il faut le dire à son honneur, sans être capable, hélas, d’y donner suite[75] ». 

Haro sur l’immigration 

Comme on le voit se dessiner ici, Marcel Gauchet a trouvé un autre bouc-émissaire aux maux de la société : outre 1968, il y a aussi les immigrés. Car il y a bien un « problème de l’immigration » – formule régulièrement martelée : « l’immigration est un problème, qu’on le veuille ou non[76] » – qui susciterait un « sentiment de dépossession », une « blessure au sentiment populaire de souveraineté » [77]. C’est en ce point que la démocratie ne serait pas respectée : trop d’immigrés, des portes trop grandes ouvertes sans le consentement du « peuple français ». M. Gauchet n’hésite pas à alimenter de sa légitimité le racisme ordinaire, en reprenant à son compte les poncifs les plus éculés sur les immigrés comme « handicap dans le contexte où l’immigration s’est imposée comme une donnée constitutive de la vie des sociétés européennes[78] » et en associant dans une logique purement culturaliste, où l’on retrouve la pratique de l’amalgame, l’immigration à la délinquance et à la criminalité[79]. Dans la fabrique de l’opinion que propose Marcel Gauchet, l’« inquiétude collective cruciale[80] » ne serait pas le chômage, la misère sociale, les inégalités, l’exploitation, la domination, mais… l’immigration.

Quant aux luttes antiracistes, elles sont renvoyées à l’enfer des bonnes intentions dont on sait qu’il est pavé. Gauchet ironise tant qu’il peut sur « ce nouvel emblème du mal absolu destiné à réveiller les masses », l’usage du « slogan débile[81] » et le multiculturalisme[82]. Comme souvent, il va plus loin en assurant que l’antiracisme peut conduire au révisionnisme[83]. Enfin, comble de l’ironie, Marcel Gauchet crie à la censure ; pour une personnalité aussi médiatisée, la protestation a de quoi étonner : « Il n’est pas excessif de parler de censure », écrit-il à ce sujet, allant jusqu’à assimiler le « non » majoritaire au Traité constitutionnel européen à une expression raciste, escamotant au passage les enjeux politiques et sociaux que le Traité comportait[84]. Nicolas Sarkozy a d’ailleurs entendu le message de Marcel Gauchet, lorsqu’il a affirmé, le 9 octobre 2006 : « Nous n’avons pas eu le courage de parler de l’immigration », formule suivie de la politique qu’on sait.  

Nation et religion 

Or, ce que fustige aussi M. Gauchet à ce sujet, c’est ce qu’il désigne comme une « immigration pénitentielle » « présentée non comme une adhésion à notre culture, à notre histoire, à nos valeurs, mais comme une expiation des crimes commis en leur nom ». Le thème est proche du rejet de la « repentance » actif dans les rangs du sarkozysme comme au Front national[85].

Car l’une des panacées prodiguées par Marcel Gauchet, pour remédier à ce qu’il nomme le « malheur français[86] », est un regain d’identité[87]. Identité nationale, cela va de soi, afin que les « nations se comportent comme des nations ». Nostalgie identitaire, une fois de plus, à l’égard d’un passé où « les nations militaires et sacrificielles d’hier avaient une physionomie claire[88] ». D’où ce constat national accablé, cosigné par Marcel Gauchet : « les bases de notre démocratie et de notre nation sont en cause[89] ».

Pour redonner profondeur à cette identité, il faudrait lui conférer du sacré. Dans la pensée de Marcel Gauchet, la nation n’est jamais loin de la religion. De là son adresse aux chefs d’Etat : « ceux qui ont le plus besoin du discours religieux dans l'espace public sont les gouvernants eux-mêmes, frappés par la trivialisation de leur fonction qui les transforment en super-chefs de la Sécurité sociale. La politique ne peut pas se réduire à une transaction d'intérêts, il s'agit aussi de condition humaine, de destin collectif. Le discours religieux permet de renouer avec un peu de transcendance collective[90] ». 

Un nouvel ordre moral 

L’insistance de Marcel Gauchet sur le « christianisme […] matrice culturelle du monde dans lequel nous sommes[91] » explique en grande partie, et ultimement, ses positions sur les femmes, les enfants, la famille, la sexualité, entre religion et tradition. Car il s’agit bien d’une « désagrégation de la famille traditionnelle, de changement violent dans le rapport entre hommes et femmes[92] ». Dans le bel avant gauchetien, la famille « répercutait la norme générale pour son propre compte, à son niveau. Elle était coopérative par nature » ; désormais, elle ne « socialiserait » plus ; elle s’est perdue[93]. Et ce faisant elle mène la société à sa perte.

Au moment des débats sur le mariage pour tous, à l’heure des manifestations accompagnées d’un regain d’agressions homophobes, Marcel Gauchet a alimenté l’idée que cette loi posait un vrai problème en ce qu’elle accordait un droit tandis qu’il s’agissait de bien plus que cela, comme il l’a expliqué à Radio Vatican : « un problème qui révèle des transformations énormes de la société, et en particulier d’une institution névralgique, la famille[94] ». Et parmi les problèmes soulevés figure au premier chef, celui du désir d’enfant. On ne peut que citer longuement, car il faut le lire pour le croire, ce que Gauchet dit de l’enfant désiré : 

« On ne peut pas ne pas partir d’une évidence qui crève les yeux, mais qui n’en fait pas moins l’objet d’un oubli conjuratoire qui doit alerter : l’enfant désiré, c’est aussi, par définition, l’enfant refusé. La société qui met en avant le modèle de l’enfant du désir est objectivement la société du refus de l’enfant. [à propos de la « chute impressionnante de la fécondité »] […] force est de dire que nos sociétés dans leur masse manifestent un refus profond de ce que représente l’enfant à l’échelle de l’espèce : la chance d’un avenir au-delà du présent. Il y a là une sorte de négatif inconscient, de face d’ombre qui double la face éclairée de la liberté de procréation. Sa présence, si impalpable soit-elle, ne peut pas ne pas peser sur l’accueil des élus. L’enfant né du désir est un enfant qui ne peut pas ignorer quelque part qu’il aurait pu ne pas être désiré. Il peut en tirer une foi invincible dans son étoile, ou bien, à l’opposé, le sentiment de la précarité irrémédiable de son existence. Il en gardera souvent une inquiétude inextinguible envers ce désir qui l’a excepté du sort commun. […] L’enfant non désiré d’hier, fruit d’un accident, figure par excellence du malheur au regard de la sensibilité d’aujourd’hui, avait au moins la sécurité de devoir la vie à la vie, de s’ancrer dans l’objectivité d’un processus vivant dont ses parents n’avaient été que les instruments aveugles. L’existence de l’enfant du désir est entièrement suspendue, elle, en revanche, à l’intention qui a mû ses auteurs ; elle ne tient qu’à son fil. Aussi est-elle habitée par un sens suraigu de sa contingence et de sa précarité. […] l’insécurité subjective dont elle se double éveille fatalement la haine […] On commence à l’entrevoir, nombre d’enfants du désir ne sauront jamais bien qui ils sont, ni ce qu’ils veulent. Pleins d’une haine indicible à l’égard de ce don de l’existence qui leur interdit d’être[95] ».

Le propos se passe de commentaire, sauf à souligner ce que la procréation désirée, et dès lors la contraception, le droit à l’avortement, les conquêtes des années 1970, ont de terrible pour Gauchet en ce qu’ils engendreraient des individus haineux d’avoir été désirés et aimés. Tandis que les enfants nés sans que leurs parents les aient souhaités, dans le désarroi, parfois le désespoir, la misère sociale, la souffrance morale, parfois encore la honte, l’absence d’amour et l’abandon affectif, seraient des modèles d’individus fortement constitués et à la structure psychique assurée. D’où parle donc Marcel Gauchet ? De quel savoir peut-il se targuer pour affirmer ces contre-vérités ?

Qui est responsable de cette catastrophe avérée dans les textes de Marcel Gauchet ? Les femmes évidemment, celles qui décident que leur corps leur appartient, celles qui proclament « Un enfant, si je veux, quand je veux ». Ce cataclysme conduit, selon les termes de Gauchet, à « la marginalisation de la figure du père et l’avènement d’un matriarcat psychique dont le contemporain offre le spectacle patent[96] ». On saisit pourquoi Marcel Gauchet se défie des apprentissages concernant le genre à l’école, qui mettent au jour les clichés sexistes et leurs effets[97].

 

            On comprendra ainsi mieux pourquoi l’invitation faite à Marcel Gauchet de proposer la conférence inaugurale et magistrale sur « les rebelles » à Blois est apparue à nombre d’entre nous comme un symbole désastreux quant à sa signification politique et éthique. Ce n’était en aucun cas l’objet d’un concours ès rébellion – car personne ne s’enorgueillira d’être « rebelle », sauf à en annuler d’emblée la prétention. Mais, pour suivre une dernière fois la philosophe Sandra Laugier, « lorsque [l’intellectuel] parle, on aimerait que ce ne soit pas pour intimer, à ceux qui n’ont pas la parole, l’ordre d’être mesurés, raisonnables et soumis[98] ». Bien davantage pour tordre le cou aux évidences et, sans se targuer de rébellion, en refusant de prendre pour argent comptant le discours de la domination.

 

Ludivine Bantigny

 


[1] Ce texte a été publié une première fois dans une édition de Mediapart que l'on peut retrouver ici: https://blogs.mediapart.fr/edition/rendez-vous-de-lhistoire-de-blois-2014-les-rebelles-quelle-edition

L'analyse de la controverse y a été menée par Guillaume Mazeau dans ce texte-ci: https://blogs.mediapart.fr/edition/rendez-vous-de-lhistoire-de-blois-2014-les-rebelles-quelle-edition/article/091014/connivence-et-peur-de-la-controve

Cf. de manière générale la belle réflexion menée par la philosophe Sandra Laugier, Faut-il encore écouter les intellectuels ?, Paris, Bayard, 2003.

[2] Le Bateau livre France 5, dimanche 4 décembre 2005.

[3] Marcel Gauchet [désormais M. G.], « Le tournant de 1995 ou les voies secrètes de la société libérale », repris in La Démocratie contre elle-même, Paris, Gallimard, 2002, p. 317-318.

[4] Le Soir, 27 février 2007.

[5] On suivra Enzo Traverso à ce propos : l’expertise est « un moyen efficace pour tuer la pensée critique. [ …] Or, cette apparence de neutralité analytique, purement technique et calculatrice, vise en réalité à neutraliser la réflexion critique et à naturaliser l’ordre politique. Nous pouvons le décrypter, mais nous ne devons surtout pas le contester » (Enzo Traverso, Où sont passés les intellectuels ? Conversation avec Régis Meyran, Paris, Textuel, 2013, p. 80).

[6] Pour en savoir plus sur la FONDAPOL, lire Paul Lagneau-Ymonet, « Une fondation de l’UMP pour promouvoir libéralisme et social-libéralisme », Mouvements, n° 35, 2004/5. Comme l’indique l’article 1 de ses statuts, « L’établissement dit “Fondation pour l’innovation politique” a pour objectif de contribuer à la rénovation de la pensée politique. La Fondation se rattache aux idées politiques de droite et du centre. » Au moment de sa création, l’UMP a versé 800 000 euros, mais c’est l’Etat qui en est le principal financeur, à raison de deux millions d’euros (sur la ligne « droits de l’homme et citoyenneté »). Des entreprises du CAC 40 contribuent également à son financement.

[7] « Boutique » est le mot employé par M. G. à propos des associations engagées notamment dans le mouvement social de novembre-décembre 1995, qu’il qualifie de « salariés de la contestation » (M. G., « Le tournant de 1995 ou les voies secrètes de la société libérale », repris in La Démocratie contre elle-même, op. cit., p. 313).

[8] M. G., Entretien in Chrétiens, tournez la page, Paris, Bayard, 2002.

[9] Sandra Laugier, Faut-il encore écouter les intellectuels ?, op. cit., p. 21.

[10] A la suite de Serge Audier, l’historien des intellectuels François Chaubet souligne que l’analyse de Marcel Gauchet se mène « sans que jamais soit mobilisée la moindre enquête sociologique et historique, sans que l’ombre de chiffres ou de statistiques ne viennent un peu nuancer le propos » (Histoire@Politique, http://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=1&rub=comptes-rendus&item=94).

[11] M. G., « Essai de psychologie contemporaine I », repris in La Démocratie contre elle-même, op. cit., p. 254-256, p. 259-260.

[12] Ibid., p. 261.

[13] Cf. Alain Corbin, Le Miasme et la jonquille. L’odorat et l’imaginaire social XVIIIe-XIXe siècles, Paris, Aubier Montaigne, 1982. Voir ici ce qu’écrit Xavier Vigna en citant Orwell : « En Grande-Bretagne, dans le premier vingtième siècle encore, les ouvriers suscitent en premier lieu une réaction de dégoût, notamment parce qu’ils sont réputés sentir mauvais : George Orwell repère, pour la condamner, le “fondement secret de la ségrégation des classes en Occident [dans] une formule que les gens évitent aujourd’hui de prononcer mais qui venait tout naturellement sur les lèvres dans mon enfance : Ces gens-là sentent. Voilà bien ce qu’on nous inculquait : les basses classes sentent” » (George Orwell, Le quai de Wigan, Paris, Ivrea, 1995 [éd. or. 1937], p. 143, cité in Xavier Vigna, L’espoir et l’effroi.
Politiques des écritures du monde ouvrier en France au XXsiècle, HDR, Université d’Evry Val d’Essonne, 2014, vol. 3 p. 20-21).

[14] A cet égard, on ne s’étonnera pas que Marcel Gauchet se retrouve, en littérature, dans la vision apocalyptique de Houellebecq, Muray ou Dantec, « photographie saisissante » à propos de laquelle il reconnaît : « Je crois leur perception fondée » (Le Nouvel Observateur, n°2035, 06 novembre 2003).

[15] M. G., « Essai de psychologie contemporaine I », art. cit., p. 248.

[16] Ibid., p. 258. Au fond, n’est-ce pas plutôt l’imaginaire fantasmatique personnel de Marcel Gauchet qui s’exprime ici ? Et faudrait-il, pour l’en convaincre, une étude empirique intitulée « Fantasme et identité : l’exemple d’Isabelle Huppert » ?

[17] M. G., Entretien, La Gazelle. Journal du théâtre Dunois n°9, novembre 2007.

[18] M. G., Entretien, Le Nouvel Economiste, 23 juin 2011.

[19] M. G., Entretien, Le Figaro, 5 novembre 2005.

[20] M. G., Entretien, La Croix, 18 février 2013.

[21] Comme l’écrit Thomas Dodman dans son très bel article à ce sujet : « Un pays pour la colonie. Mourir de nostalgie en Algérie française, 1830-1880 », 
Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2011/3, p. 743.

[22] M. G., Entretien, Le Nouvel Observateur, n°2035, 6 novembre 2003. Il évoque encore « une crise d’autorité rampante » - due selon lui à 1968, on y reviendra (« Bilan d’une génération », Le Débat, n°149, mars-avril 2008, p. 107).

[23] M. G., Entretien, Libération, 28 novembre 2006.

[24] « La droite, la gauche, un an après », Le Débat, n° 126, septembre-octobre 2003, p. 27.

[25] « Il y a là, probablement, une évolution en profondeur dont la gauche sera obligée de tenir compte à son tour » (ibid.) ; et, toujours sur ce même sujet, « La gauche, paraît-il, est en quête d’idées. L’appel à l’imagination réformiste est à l’ordre du jour. Voilà pour elle un excellent terrain où se déployer » (« Les mauvaises surprises de la lutte de classes », repris in La Démocratie contre elle-même, op. cit., p. 218).

[26] Ibid., p. 215.

[27] « N. Tertulian rappelle, dans un important article sur Heidegger “Histoire de l’être et révolution politique” [Les Temps modernes, février 1990], les critiques de l’extrême droite weimarienne à l’endroit de la “sécurité”. Intéressante filiation… », ibid., p. 215, note 1).

[28] Marcel Gauchet, La Démocratie contre elle-même, op. cit., p. VI.

[29] François Furet, Le Passé d’une illusion. Essai sur l’idée communiste au XXe siècle, Paris, Calmann-Lévy, 1995, p. 572.

[30] M. G., L’Avènement de la démocratie. I. La révolution moderne, Paris,Gallimard, 2007, p. 16.

[31] Le terme a été forgé par François Hartog. Cf. Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris, Seuil, 2003, rééd. 2012.

[32] Marcel Gauchet a lancé un jour à propos du philosophe de la démocratie et de l’utopie Miguel Abensour qu’il était un « révoltiste ». Ce dernier a répliqué en évoquant le « cynisme ordinaire » de qui se réclame, comme Marcel Gauchet, de « la politique normale » : « la politique normale, c’est l’autre nom de la haine de l’altérité, de tout autre social, en un mot c’est la figure contemporaine de la haine de l’utopie » (Miguel Abensour, Lettre d’un « révoltiste » à Marcel Gauchet converti à la « politique normale », Paris, Sens&Tonka, 2008, p. 18) 

[33] M. G., Le Débat, n° 131, septembre-octobre 2004, p. 91.

[34] M. G., « Pacification démocratique, désertion civique », Le Débat, n°160, mai-août 1990, p. 90.

[35] Nous suivrons Frédéric Lordon lorsqu’il écrit : « Le rapport au capital qui signe la situation caractéristique de la gauche est donc un rapport politique de puissance, un rapport qui conteste un règne et affirme une souveraineté, celle de la multitude non capitaliste, contre une autre, celle de la “profitation” – pour reprendre l’expression des grévistes guadeloupéens lors de leur mouvement de 2009 » (Frédéric Lordon, « La gauche ne peut pas mourir », Le Monde diplomatique, septembre 2014, p. 19).

[36] M. G., « Le tournant de 1995 ou les voies secrètes de la société libérale », repris in La Démocratie contre elle-même, op. cit., p. 306

[37] « Arguments pour une réforme », Le Débat, n° 89, mars-avril 1996, p. 19.

[38] « Prenez la question des retraites, c’est celle de l’avenir. Les Français sont bien conscients de la nécessité d’une réforme » (La Tribune, 12 novembre 2010).

[39] « Chaque geste réformateur des gouvernants est vécu comme un attentat contre des “acquis” intangibles. Faute de projection dans l'avenir à partir de son passé, le peuple français est surtout en proie à une fièvre de conservatisme, ou plus exactement d'immobilisme aigu » (M. G., Entretien, Le Figaro, 5 novembre 2005).

[40] « L’Etat-Providence dans la tourmente », Le Débat, n° 89, mars-avril 1996, p. 3.

[41] M. G., Entretien, Le Point, 17 août 2006.

[42] M. G., Entretien, Le Point, 24 mai 2007.

[43] M. G., Entretien, Journal du dimanche, 1er janvier 2011.

[44] M. G., Entretien, Le Point, 24 mai 2007.

[45] M. G., Entretien, Le Point, 28 février 2013.

[46] M. G., Entretien, La Tribune, 7 mai 2007.

[47] M. G., Entretien, La Croix, 18 février 2013.

[48] On relèvera que ces propositions forment une politique. Car par ailleurs, lorsqu’il est interrogé sur ce que les candidat/e/s pourraient avancer, Marcel Gauchet emploie un langage si vague qu’il en devient sibyllin – ou, au choix, vain : « Q. Quel serait le portrait du candidat idéal ? M. G. — Une femme, puisqu’il faut essayer une femme, qui saurait prendre les Français comme ils sont pour leur dire où ils doivent aller s’ils veulent rester ce qu’ils ont été » (Le Point, 17 août 2006) ; « Voilà l'équation que le candidat idéal devrait avoir la capacité de résoudre : permettre à la France de trouver sa place dans le monde tel qu'il est, pour continuer à y faire la course en tête, sans s'y perdre ». Ouest France, 3 décembre 2006).

[49] Cf. l’allusion ironique aux « éternels “blocages” qui font tout le charme de notre beau pays » (« Le tournant de 1995 ou les voies secrètes de la société libérale », op. cit., p. 306). A propos de ces « forces de blocage considérables », M. G. fustige encore de prétendus « aspects parfois surprenants, voire absurdes, vu de l'extérieur » (M. G., Entretien, L’Expansion, mars 2007).

[50] M. G., « Le tournant de 1995 ou les voies secrètes de la société libérale », art. cit., p. 298.

[51] Ibid., p. 311. Dans Le Débat, Paul Yonnet, un familier de la revue, parle alors de « comportements de rejet irréfléchi » et de conclure : « On peut être pessimiste pour l’avenir démocratique de la France » (Paul Yonnet « Le gréviste et le gouvernant », Le Débat, n° 89, mars-avril 1996, p. 60 et 64).

[52] « Le tournant de 1995 ou les voies secrètes de la société libérale », art. cit., p. 314-315.

[53] M. G., « Bilan d’une génération », Le Débat, n°149, mars-avril 2008, p. 106.

[54] Ibid., id.

[55] M. G. Entretien, Ouest France, 3 décembre 2006.

[56] M. G., Entretien, Le Point, 12 avril 2007.

[57] M. G., Entretien, Marianne, 24 novembre 2007.

[58] « La droite, la gauche, un an après », Le Débat, n° 126, septembre-octobre 2003, p. 35

[59] « Dans quel autre pays du monde démocratique pourrait-on imaginer la transformation de l’université en conservatoire d’un sans-culottisme sui d’ailleurs s’ignore, soumettant l’institution supposée incarner la pointe avancée de la connaissance et de la réflexion à la tyrannie d’une minorité ignare, cela avec la bénédiction de la majorité du corps enseignant ? » (« Bilan d’une génération », art. cit., p. 106-107)

[60] « La droite, la gauche, un an après », Le Débat, n° 126, septembre-octobre 2003, p. 33.

[61] M. G., « Bilan d’une génération », art. cit., , p. 108.

[62] Dont le séminaire est jugé « pernicieux », rien de moins, par M. G. (Entretien, France Catholique, 2 juillet 2004).

[63] M. G., « Bilan d’une génération », art. cit., p. 107.

[64] Serge Audier, La Pensée anti-68. Essai sur les origines d’une restauration intellectuelle, Paris, La découverte, 2008, rééd. 2009, p. 415-416. Boris Gobille a lui aussi souligné que « les interprétations successives de “l’esprit de Mai”, qu’il s’agisse de le célébrer ou de le dénoncer, ont en commun une méthode : interpréter l’événement à l’aune de ses conséquences supposées – l’individualisme contemporain, le relativisme des valeurs, l’opportunisme d’une “génération 68”, dite “libérale-libertaire”, par- venue ensuite à des positions de pouvoir médiatiques et politiques, etc. – en se passant de l’épreuve et de la reconstitution des faits, en opérant des montées en généralité hasardeuses à partir de quelques slogans ou de quelques trajectoires ultérieures d’anciens “leaders” de Mai, et en réduisant la complexité de la crise au périmètre étroit du seul mois de mai 1968, de la seule géographie parisienne et des seuls étudiants. Ces interprétations disent ainsi beaucoup sur les positions d’énonciations et sur les intérêts politiques qui les sous-tendent, mais rien ou si peu sur l’événement lui-même, avec lequel elles n’entretiennent qu’un rapport, au mieux, d’“exemplification faible” dirait Jean-Claude Passeron, au pire, d’imputation erronée » (Boris Gobille, « L’événement 68. Pour une sociohistoire du temps court », Annales. Histoire, Sciences sociales, 2008/2, p. 321-322). Voir à ce sujet le précieux livre de Michelle Zancarini-Fournel, Le Moment 68. Une histoire contestée, Paris, Seuil, 2008.

[65] M. G., Entretien, La Tribune, 7 mai 2007.

[66] L’Histoire n°110, avril 1988.

[67] M. G., « Bilan d’une génération », art. cit., p. 101.

[68] Ibid., p. 106.

[69] M. G., Entretien, 16 mars 2014 surmarianne.net

[70] M. G., Entretien, France Catholique, 2 juillet 2004.

[71] Les « soixante-huitards » seraient donc des « entrepreneurs en démolition » (Jacques de Guillebon, Nous sommes les enfants de personne, Paris, Presses de la Renaissance, 2005, p. 213). Ils seraient responsables de la « perte du monde commun » et de l’« incertitude du lien » (Éric Deschavanne, Pierre-Henri Tavoillot, « La querelle du jeunisme », Comprendre, n° 5, 2004, p. 238). Ce seraient au fond des Cronos acharnés à dévorer leurs propres enfants (Grégoire Tirot, France anti-jeunes. Comment la société française exploite sa jeunesse, Paris, Max Milo, 1998, p. 91).

[72] « Les héritiers de Mai 68, affirmait le futur élu, avaient imposé l’idée que tout se valait, qu’il n’y avait donc désormais aucune différence entre le bien et le mal, aucune différence entre le vrai et le faux, entre le beau et le laid. » Cette génération avait permis, poursuivait-il, l’« introduction du cynisme dans la société et la politique », l’« abaissement du niveau moral de la politique ». « Voyez comment le culte de l’argent-roi, du profit à court terme, de la spéculation, comment les dérives du capitalisme financier ont été portés par les valeurs de 68, assurait-il encore. Voyez comment la contestation de tous les repères éthiques, de toutes les valeurs morales a contribué à affaiblir la morale du capitalisme ; comment elle a préparé le terrain au capitalisme sans scrupules et sans éthiques des parachutes en or, des retraites chapeaux et des patrons voyous, comment elle a préparé le triomphe du prédateur sur l’entrepreneur, du spéculateur sur le travailleur. » 

[73] M. G., Intervention au Centre Pompidou, jeudi 4 octobre 2007.

[74] M. G., Entretien, Marianne, 24 novembre 2007.

[75] M. G., Débat, le Nouvel Observateur, 19 juin 2014.

[76] M. G., Entretien, Causeur, 22 septembre 2008.

[77] M. G., « Les mauvaises surprises de la lutte de classes », art. cit.  p. 220.

[78] M. G., Entretien, Causeur, 22 septembre 2008.

[79] « Les mauvaises surprises de la lutte de classes », art. cit., p. 213.

[80] Ibid., p. 214.

[81] Ibid., p. 222.

[82] Il écrit à propos des années 1980 : « Comme on dit à l’époque d’une expression destinée à faire beaucoup de dégâts – la France est devenue un pays “multiculturel” » (Ibid., p. 220)

[83] « Qu’on ne s’y trompe pas : le révisionnisme est fait pour progresser du même pas que l’antiracisme » (Ibid., p. 224).

[84] « le refoulé a fait retour au moment du référendum sur la Constitution européenne, en dépit des injures et du mépris. De la même façon, il est presque impossible de mettre en doute les vertus du libre-échange sans être disqualifié d’avance. Pourtant, l’état de nos économies devrait susciter quelques questions. Mais non. Naturellement, vous avez le droit d’être trotskiste. Vous êtes alors un marginal toléré. Mais si vous prétendez parler en responsable, c’est inadmissible » (M. G., Entretien, Le Point, 17 août 2006). Ivan Rioufol, l’auteur du « Bloc Notes » dans Le Figaro, pour qui les « désordres sociaux » naissent « d’une immigration extra-européenne trop massive », cite et s’appuie sur les propos de Marcel Gauchet quant à cette « censure » supposée (La Fracture identitaire, Paris, Fayard, 2007, p. 65-71).

[85] Cf. les propos de Nicolas Sarkozy : « Je veux en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi » (6 mars 2007) ; la France ne peut pas « se repentir d'avoir conduit » la guerre d'Algérie (8 mars 2012) Cf. la pétition du Front national intitulée « Repentance, non merci ! » lancée en novembre 2012, précisant notamment : « ce n’est pas en se vautrant dans le masochisme antinational et la haine de notre histoire que nous donnerons un avenir à notre pays et à nos jeunes, et que nous assurerons la cohésion nationale ».

[86] M. G., Entretien, Le Figaro, 5 novembre 2005.

[87] « Plus nous allons être plongés dans un monde ouvert, en échange permanent, faut-il ajouter, plus la fonction d’identification (qui pourrait bien être le nouveau visage pratique de la souveraineté) assumée par l’organe de la Nation s’avèrera déterminante » (M. G., « Pacification démocratique, désertion civique », Le Débat, n°160, mai-août 1990, p. 91). « Le grand problème des Français c’est, je crois- c’est ce que leur classe politique n’a pas su faire d’ailleurs jusqu’à présent- trouver une manière d’être conforme à leur tradition, à leur passé, à ce qu’ils sont profondément, en accord avec le monde tel qu’il est. Je crois que c’est ce travail là qui va donner d’autres contenus à ce que veux dire être de droite, à ce que veut dire être de gauche dans la période qui vient. » (M. G., Intervention France Inter, Parenthèses, 7 avril 2007).

[88] M. G., Entretien, L’Expansion, mars 2007.

[89] Point de vue publié dans le Monde du 21 décembre 2011 par Rony Brauman, Philippe De Lara, Alain Finkielkraut, Marcel Gauchet, Jean-Luc Gréau, Catherine et Pierre Grémion, Christophe Guilluy, Jean-Pierre Le Goff, Pierre Manent, Philippe Raynaud et Paul Thibaud.

[90] M. G., Entretien, Le Figaro Magazine, 6 mai 2005. On recoupera cette position avec d’autres propos de M. G., sur le même mode : « Précisément, s’il y a aujourd’hui un problème des pouvoirs, c’est qu’il n’y a plus aucune espèce de sacralité, même résiduelle, métaphorique, imagée. Les dirigeants politiques sont d’un prosaïsme total - ce qui leur enlève une partie importante de leurs moyens. Peut-on encore sérieusement parler du charisme d’un homme politique  ? » (France Catholique, 2 juillet 2004). « Si, par un côté, on l’a vu, le phénomène d’“identitarisation” tend à ne retenir d’elles [les religions] que leurs formes extérieures et à les diluer en “cultures”, par l’autre côté, la mutation fondamentale de la politique démocratique tend à leur réinsuffler une dignité et une utilité nouvelles, en fonction des besoins mêmes de la sphère publique, en tant que systèmes généraux de sens ou doctrines globales des fins. Soit précisément ce que la politique est désormais dans l’impossibilité d’offrir par ses propres moyens ». (La Religion dans la démocratie).

[91] M. G., Entretien, Télérama, 13 décembre 2010.

[92] M. G., Entretien, Le Monde, 12 mars 2006.

[93] M. G., « L’enfant du désir », Le Débat, n° 132, novembre-décembre 2004, p. 106.

[94] M. G., Entretien le 19 avril 2013 pour Radio Vatican.

[95] M. G., « L’enfant du désir », art. cit., p. 110, 118 et 120.

[96] Ibid., p. 111

[97] Selon M. G., la polémique sur la prétendue « théorie du genre » à l’école « met le doigt sur une dérive de l’école vers l’administration d’un catéchisme sur des sujets où elle se préoccupe plus de faire passer des contenus que de développer les capacités de l’élève. Or, l’école laïque n’est et doit n’être au service d’aucune philosophie particulière » (M. G., Entretien, 16 mars 2014 sur marianne.net)

[98] Sandra Laugier, Faut-il encore écouter les intellectuels ?, op. cit., p. 106. Et l’on se reportera dès lors, de la même auteure avec Albert Ogien, à Pourquoi désobéir en démocratie ?, Paris, La Découverte, 2010. On y lit notamment : « la désobéissance civile est une forme d’action politique constitutive de la démocratie. […] récupérer sa voix et la faire entendre en se résolvant à désobéir est, en ce sens, une démarche qui repose sur une idée exigeante du politique, qui prend au sérieux la définition radicale qui donne la démocratie pour un gouvernement du peuple par le peuple. » (p. 199) Cf., tout récemment : Sandra Laugier, Albert Ogien, Le Principe démocratie. Enquête sur les nouvelles formes du politique, Paris, La Découverte, 2014. Voilà un thème, des ouvrages et des auteurs qui auraient mérité une place à Blois dans une édition sur « les rebelles ».

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