Ludivine Bantigny

Historienne

Sa biographie
Je suis parfois interpellée sur ce statut d'historienne, qui ouvre tant de questions sur la "neutralité" et l'engagement. Est-ce comme telle que je m'exprime publiquement? Oui et non. Oui, parce que ce métier et cette formation ont forgé mes positions, dans l'étude du passé et de toutes ses possibilités, ses futurs imaginés, réalisés ou non. Nous sommes nombreux.ses à le penser: en sciences sociales comme en bien d'autres domaines, il n'y a pas de neutralité. Tout choix (de sujet, de méthode et d'approche) est déjà une position. Cela ne nous empêche pas de faire notre métier avec honnêteté et intégrité. Non, parce que ces engagements me dépassent assurément; ce sont ceux de tout un chacun sur ce qui nous est commun. A cet égard, les écrits d'Howard Zinn demeurent déterminants. En 1969, Zinn, avec d'autres, propose à l'American Historical Association de prendre position sur la guerre du Vietnam en cours. John Fairbanks, le recteur national des historiens sinologues, leur rétorque: « La vocation de l’AHA est purement professionnelle » Zinn répond alors : « Imaginons que la guerre ne nous touche pas en tant qu’historiens. Qu’elle ne nous touche qu’en tant que citoyens. Soit, mais quand au juste avez-vous l’occasion de vous rassembler avec d’autres citoyens pour vous exprimer sur les questions décisives de notre époque ? […] Que veut dire la démocratie sinon la possibilité donnée aux individus, dès lors qu’ils sont regroupés, pour quelque raison que ce soit, d’exprimer leurs préférences sur les grands problèmes du moment ? S’ils ne l’ont pas, la démocratie est une imposture, car cela signifie que les dirigeants politiques ont réussi à tenir à l’écart l’ensemble des citoyens en occupant leur temps par divers emplois, ce qui leur permet de décider de la politique, tandis que leurs administrés, pendant 99 % de leur existence, restent silencieux. » Et si le mot "intellectuel.le" peut être employé, c'est à la manière de Jacques Rancière: « les rares fois où ce terme a été revendiqué avec quelque noblesse, c’est lorsqu’il l’a été pour déclarer le droit à la parole de ceux à qui on ne demandait pas leur avis ou la capacité de penser les choses communes propres à ceux dont ce n’est pas supposé être l’affaire ».
Son blog
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Ses éditions
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  • Chant de bataille

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    Des châteaux qui brûlent, d'Arno Bertina, raconte ce qui, dans toute insubordination, grève ou rébellion, dessine les tâtonnements de la stratégie et les discussions qui font advenir des sujets agissants et puissants. Les grévistes se font actrices et acteurs de leur propre histoire. La scène se passe en Bretagne dans un abattoir, mais ce pourrait être n'importe où quand la lutte lève les verrous.
  • Leur dire non. Une réponse au «votez Macron!»

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    Christine Angot nous traitera de « salauds » – comme elle l’a fait dans Libération. On aimerait pouvoir lui répondre que les salauds ne sont pas de ce côté. Auprès d’elle, c’est sans doute peine perdue. Mais au-delà, il est possible d’expliquer pourquoi, tout en luttant pied à pied contre le FN, sans relâche et sans concession, ce combat ne passe pas par le vote Macron.
  • Non François Hollande: ne vous en déplaise, nous ne «vivons» pas «ensemble»

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    La France ! France aux mille vertus, France éternelle et universelle, France qu’un peu partout on vénère, à laquelle on fait appel. Hollande l’a déclinée sur tous les tons dans son discours sur « la démocratie face au terrorisme » prononcé le 8 septembre à Paris. France de la fraternité et de l’égalité ; France celle dont on peut être fier.e ; celle qu’on évoque par toute la Terre…
  • Un pouvoir face au pouvoir?

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    Dans les manifestations, grèves, occupations, la pensée de l’étape suivante se fait hésitante voire chancelante. Après tant de mouvements défaits, comment penser collectivement les stratégies pour renouer, dans nos luttes, avec l'espoir et les victoires? Pourquoi ne pas réfléchir par exemple à la force coordonnée de comités de grève, d’action, de quartier, fédérés: un pouvoir face au pouvoir?
  • Manuel Valls, des mots et des maux

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    Le Premier ministre manie en habitué les éléments de langage désormais envahissants dans le vocabulaire des gouvernants : "changement", "courage des réformes", "souplesse", nécessité de "bouger". Mais ces mots se vident de sens face à une politique brutale de régression sociale. Parler de "gauche", décidément, pour ce gouvernement relève d'une imposture - qui continue d'être un obstacle politique.
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