Un homme a disparu

Un homme a apparemment disparu. Je ne connais pas son nom.

Je ne le connaîtrai certainement jamais. Il mendiait sur la route non loin d'un feu rouge. Feu rouge où j'attends, chaque semaine, qu'un ami vienne me prendre.

A force de, chaque semaine, partager un feu rouge avec lui, sans aller jusqu'à dire que nous avions sympathisé, j'avais du moins appris à connaître ses habitudes. Je lui glissais hebdomadairement une pièce d'un ou deux euros. Et il me remerciait tout doucement avec un accent qui chante.

Mais ce billet n'est pas le récit de la domination quotidienne du riche sur le pauvre, de l'humiliation du mendiant devant son bienfaiteur. Ce récit là est déjà terminé.

Ce billet raconte la disparition de cet inconnu, que je n'ai pas vu, cette semaine, à son poste habituel.

Je me soucie de peu de choses, direz-vous. Pourtant, tant de choses arrivent à ceux dont l'accent chante, chez nous, que je ne peux m'empêcher d'être un peu inquiet pour ce type. A-t-il fini par ne pas rejoindre le trottoir du feu rouge à temps ? A-t-il été expulsé ? Tabassé ? Viré de son coin de mendicité par un quelconque bon Samaritain de l'Ordre ?

Peut-être pas. Peut-être a-t-il simplement déménagé.

Mais, étrangement, ça n'a pas du tout été ma première hypothèse. Je me demande ce que ça veut dire.

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