Comment on a lutté contre un démarchage à domicile de chez SoWee filiale d’EDF ?

Il est approximativement 10 h 30 ce mercredi 21 octobre 2020. Une personne frappe à la porte de notre foyer. Un homme s’annonce comme étant représentant de «la société EDF ». Il vient pour nous démarcher, il force, il insiste, il est déterminé. Nous aussi on est déterminé de par nos convictions.

Il est approximativement 10 h 30 ce mercredi 21 octobre 2020. Une personne frappe à la porte de notre foyer. Ma compagne est en toute fin de grossesse, mais souhaite faire un effort pour aller ouvrir la porte d’entrée.

Nous n’attendons personne, ni courrier recommandé ni colis, mais il reste le plus probable que ce soit tout de même le facteur. Mais non, ce n’est pas le facteur qui se présente.

 

Un homme s’annonce comme étant représentant de « la société EDF ». Il précise à ma compagne qu’ils se sont, « la société EDF », déjà présentés à notre domicile en janvier de cette année, mais nous étions apparemment absents lors de leur passage en début d’année 2020. Il nous met dans l’ambiance du « vous n’étiez pas là, mais je reviens pour vous. Je refais le déplacement pour vous ».

De là, il entame son discours sur une augmentation de 4,5 % du tarif de l’électricité et qu’il a « besoin de voir notre facture d’électricité et le numéro de compteur qui se trouve également sur notre facture ». Cela, dans le but de « régulariser notre prix du kilowattheure », afin de « ne pas être impacté par cette hausse de 4,5 % ». C’était sûrement plus alambiqué que cela, mais dans les grandes lignes, c’est ce que nous avons entendu dans cette première salve de monodialogue. Il observe que ma compagne émet des doutes et une incompréhension face à ce qu’il lui exposait bancalement et se relance en mode monodialogue. Il « explique » que le tarif de l’électricité a ou va grimper, ce n’était pas très clair, et il rajoute qu'il est revenu chez nous pour que l’on ne soit pas impactés par cette décision prise par on ne sait qui, ni pourquoi. On est choisi par EDF ? Il y a un tirage au sort pour que l’on soit élus dans le but d’éviter cela et pas les autres ? Car de ce qu’il nous raconte, nous comprenons à demi-mots que cette possibilité visant à bénéficier de cet avantage ne semble pas être généralisée. Il vient donc nous voir pour nous faire profiter de cela, et qu’au moment où ma compagne lui montrera une de nos factures d’électricité, nous pourront alors esquiver cette augmentation.

Il exigeait impérativement que cela se fasse là, que ma compagne se déplace pour lui fournir une facture d’électricité immédiatement. La fin de grossesse de ma compagne est visible, il ne peut le nier car c'est visible, et ayant du mal à se déplacer, ce monsieur que l’on ne connaît pas insiste sur le fait que ce devait être fait maintenant. Et se répète, car selon ses dires, « c’est sur ce document qu’il y aurait toutes les informations dont j’ai besoin, pour que vous ne soyez pas impactés par cette augmentation tarifaire de l’électricité ».

Dès lors, il a enchaîné une espèce d’explication sans fil concret, sans but ni objectif, mais pour argumenter le fait qu’il fallait absolument que ma compagne aille immédiatement lui chercher le fameux document. Il était déterminé et insistant.

Ma compagne sent qu’il a envie de rentrer à l’intérieur de notre maison, alors que l’on ne lui autoriserait certainement pas en période de COVID19 et encore moins pour du démarchage. Car là, dans notre lieu clos, il y a un risque d’une possible contamination sur ma compagne et le bébé dans son ventre. Autant dire qu’au vu de sa situation, enceinte, est parée à mettre au monde notre enfant, le stress se présente à elle et elle lui indique qu’elle va chercher son conjoint. En l’occurrence, c’est moi le conjoint.

J’ai entendu de la pièce d’à côté la salve de monologues de la personne se décrivant de la société d’EDF et le forçage pour avoir une simple facture d’électricité pour espérer faire signer un contrat, car on est loin d’être bêtes, on a vite compris chacun de son côté qu’il y a pour but de nous faire signer un contrat, même s’il s’en cache de le dire. Ma compagne avec sa fougue aurait pu très bien l’envoyer démarcher ailleurs, car c’est du démarchage qui ne dit pas son nom, mais sa condition fait qu’elle est fatiguée et avait besoin que je prenne son relais.

Je m’exécute.

 

« Bonjour, monsieur. »

« Bonjour, monsieur, je suis de la société SoWee filiale d’EDF ». Et il me présente sont badge SoWee.

Ce monsieur vient de changer d’entreprise le plus rapidement du monde. Un record. Il vient de passer de « la société EDF » à « la société SoWee filiale d’EDF ». Pourquoi ce soudain changement de société face à moi ? Je n’y trouve aucune raison à part un argumentaire ou une posture bancale pour tâcher de convaincre tant bien que mal de possibles personnes qu’il essaie de persuader. Enfin bref, qu’importe son entreprise, je l’écoute, mais cette fois-ci fait face à lui sans qu’il sache que je l’avais déjà entendu faire du forçage auprès de ma compagne.

Il évoque encore son histoire de 4,5 %. Avec pour certitude que nous voulons payer moins cher l’électricité. Il développe le fait que l’idée est de rassembler notre facture de gaz et d’électricité et cela va faire que nous serons moins impactés par l’augmentation. Donc maintenant, si nous regroupons nos factures électricité et gaz nous serons moins impactés. Ce n’est pas du tout ce qui a été présenté à ma compagne. Nous passons à un discours tenant sur la base qu’en voyant notre facture avec toutes les informations dont il a besoin, il pourra nous éviter une augmentation de 4,5 %, à, un regroupement de factures gaz et électricité qui nous permettra d’être moins impactés par l’augmentation de 4,5 %. Le discours s’adapte-t-il au genre ? Préjugeant d’une crédulité chez ma compagne ?

Ce monsieur change complètement d’argumentaire face à moi. Je l’écoute, je ne dis rien. Plus je l’écoute, plus il déroule tous les argumentaires qu’on a dû lui apprendre et qu’il semble connaître à la syntaxe près.

Il sèche. La pâteuse s’entend derrière son masque en tissu. Il débobine, car il sent certainement que je n’accroche pas, mais que je trouve agréable son histoire et son argumentaire. Je ne suis pas dans l’agressivité, je le vois venir à des kilomètres et je l’attends.

Il s’arrête, me laissant enfin la possibilité d’exprimer quelques mots. J’en profite. « Oui, mais nous on ne souhaite pas donner de l’argent à EDF ou ses filiales ». Quelle erreur ai-je faite ! Il repart de plus belle avec pour déduction de sa part que si nous ne voulions « ne pas être client à EDF », …. Je m’arrête là. Il admet donc qu’il veut que l’on soit client, alors qu’il voulait juste mettre à jour notre Kilowattheure pour soi-disant être gagnant face à cette augmentation, passée ou future, et que pour cela il avait besoin des informations sur notre facture.

Bref, il reprend son argumentaire et déduit que notre positionnement, relèverait d’une question écologique, alors que je ne lui ai même pas parlé d’écologie et qu’aucun élément n’indique mon attachement à l’écologie, de prêt ou de loin. Certainement un des contre-arguments les plus récurrents qu’il doit se sentir obligé d’user, car il me dépaquette son argumentation qu’EDF investit et crée de l’électricité également non nucléaire. Il déballe. C’est beau, car il s’applique. L’argumentaire est joli à entendre, du greenwashing ++, et offert à des commerciaux comme étant un argumentaire à dérouler qui ne pourrait être contredit. J’écoute et, j’imagine, les CSP+ qui ont dû faire des réunions en mode projet, convaincus de la construction de leurs exposés pourtant nuls et démontables point par point, convaincus qu’ils savent convaincre et que l’histoire racontée à de potentiels clients permettra de récupérer des clients. Je le laisse parfaire, je ne veux pas lui créer de frustrations à le couper dans son espoir de me convaincre.

Il a fini. J’ai de nouveau une fenêtre pour enfin m’exprimer.

 

« C’est juste qu’EDF n’est plus un service public et nous sommes pour les services publics et contre leur privatisation. Mon opinion est qu’EDF s’est laissé infiltrer via des politiques de gouvernements ultralibéraux, et que cela profite à des actionnaires qui n’ont aucune fonction productive (contrat de travail, postes, actions/fonctions) dans cette entreprise et qui demandent de la rentabilité. Je ne peux cautionner la rentabilité sur le dos d’amis à moi qui ont travaillé à EDF, qui sont et qui ont était, très mal payés, et, je pense, mal traités par une hiérarchie. Certains de mes amis subissent encore les bas salaires par rapport au coup des besoins primaires comme le loyer, l’alimentation, et qui je pense, travaillent plus pour la carrière d’un manager et les profits qui vont à des actionnaires plus qu’aux salariés, mais jamais sans augmentation significative, reconnaissance significative, ou encore objectifs professionnels ayant un sens.

J’ai un proche qui est à la retraite et qui a subi du harcèlement auprès d’un manager, car il disait non en argumentant et il est parti à la retraite avec le moral durement touché du fait de ce qu’il a vécu avec sa hiérarchie, malgré toutes ses années de bon et loyaux travaux. Pendant ce temps, j’ai lu l’article la semaine dernière sur Libération qui datait de février 2020 et qui interviewait une secrétaire syndicale. Cette dernière indique qu’il y avait des poursuites disciplinaires ou judiciaires de grévistes à la RATP, la SNCF ou encore chez EDF, à la suite d’actions syndicales. Et il ne faut pas oublier que ce ne sont pas les patrons qui ont créé la sécurité sociale et qui se sont bataillés pour que nous ayons les congés payés. Avant la casse du Code du travail, les salariés et les syndicats se sont battus pour obtenir des droits pour vivre dignement face à des attaques venant de tout bord et quasi systématiquement par le patronat à l’encontre de ceux qui ne vivent que de leur travail.

Bref, moi je n’ai pas envie de participer financièrement à ce monde, à cela. Donc je ne veux pas être un client, quitte à payer plus cher mon électricité. »

Je m’arrête là. Moi je n’ai pas envie de déballer tout mon argumentaire comme de la confiture sur une tartine, je me contente de l’étaler un peu de confiture sur un petit morceau de mie. Mais, je vois que j’ai mis un doute à quelqu’un de pourtant convaincu par ce qu’il faisait et de la manière dont il le faisait. Peut-être que le temps fera le reste. Il ne sait pas quoi me répondre, à part, qu’il comprend mes arguments.

 

Il y a un blanc, il dure, il me regarde, déboussolé. Je sens que j’aurais pu le convaincre davantage, mais je le laisse dans son doute et réfléchir par lui-même sur ce qu’il essayait de faire à travers son démarchage grossier qui me semble être forcé. Car oui c’est du démarchage qui ne dit pas son nom. Ce genre de discours peut entraîner les moins outillés pour affronter ce genre de comportement commercial. Pour moi, ce n’est pas de la vente, c’est être “marchand de tapis” comme disait ma professeure de vente, en utilisant des méthodes qui ne sont pas éthiques. Est-ce que son métier est utile pour la société en utilisant ses méthodes ? Est-ce que si demain cette pratique du commerce disparaîssait, la société ne se porterait mieux ? Pourquoi il accepte de faire cela et comme cela ? Est-ce l’appât du gain par le nombre de ventes réalisées, qui lui permettront de consommer davantage et le rendront heureux ? J’avais envie de lui poser ces questions. Mais j’avais envie de le laisser dans le doute, car là, il l’a le doute face à mon opinion, le temps fera le reste.

Il sait que j’ai compris qu’il essayait de me démarcher. Mais, face à mes arguments du fait de mes opinions, il n’a pas su contre-carrer mon discours, car on ne l’avait pas préparé à cela. On ne l’a peut-être pas préparé à cela, car la vérité est trop compliquée pour en faire des argumentaires et les infliger à des gens qui eux sont prêts à payer le juste prix pour essayer d’être en phase avec leurs convictions et leur choix de société.

Il était dans le couloir, moi chez moi. Il est venu nous démarcher de manière forcée, et moi je lui ai donné mes arguments. Chacun de son côté, séparés par deux visions du monde, lui le servant, moi souhaitant le changer.

 

Je l’ai remercié d’être venu nous proposer de regrouper nos factures et d’essayer de nous convaincre d’aller chez EDF. Je l’ai remercié par politesse, par courtoisie, simplement. Mais je le plains de faire ce qu’il fait.

Je referme la porte et je n’entends pas qu’il frappe à d’autres portes comme un « bon commercial » qui enchaînerait le démarchage. Il prend l’ascenseur. J’entends le bip de l’ascenseur, avec une durée entre notre porte et l’ascenseur qui me laisse penser qu’il a traîné des pieds, car il a pris quelques secondes à réfléchir sur ce que je lui ai dit. Enfin, j’espère que c’est pour cela.

J’ai un fournisseur qui n’est peut-être pas parfait, mais c’est une coopérative, il n’y a pas d’actionnaire boursier, il aide les fournisseurs d’électricité du mieux qu’il peut, et que je sache, les salariés se sentent bien et heureux dans cette entreprise pour qui je paye une facture tous les deux mois. On paye plus cher, mais au moins on essaie d’être le plus en accord avec l’idée que l’on se fait d’une société, d’une entreprise, du social et du syndicalisme dans une entreprise.

 

12 h 42 de nouveau démarché par deux jeunes commerciaux. Je ne leur laisse pas le temps de se présenter. Je vois leurs cartes, ils s’y mettent à deux cette fois-ci. Rien ne les arrêtent. « Bonjour, désolés, mais on a déjà rencontré votre collègue, nous ne sommes pas intéressés. ».

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