Interview d'une personne hebergée dans le cadre du plan hivernal

Plusieurs personnes ont accepté de répondre à des questions pour témoigner de leur conditions de vie dans le centre d'hébergement ou elles sont actuellement. Elles vivent au milieu du zone commerciale, au bord de l'autoroute, dans des algéco, dans des hôtels, sans cuisine ...

Est ce que vous pouvez nous dire un peu dans quelles conditions vous vivez ?

Bonjour.

En premier je voudrais dire que l’on apprécie vraiment ce qu’a fait le gouvernement français, le 115, de ce qu’ils ont fait pour nous sortir de la rue. On apprécie vraiment tout ça ! Ils ont fait de leur mieux, et ils essayent de faire ce qu’ils peuvent pour que ça se passe bien.

En fait il y a beaucoup de gens ici. Mais il y a beaucoup de familles ou de personnes dans la même pièce. Donc j’aimerai que l’on puisse avoir des pièces un peu plus grandes.

 

Combien de douches et de toilettes il y a ici ?

 2 douches, 3 toilettes.

Ils sont venus avec une autre association récemment et ils ont ajouté un autre algeco avec 1 douche, 1 toilette. Avant il y a avait plein de problèmes, parce que quand les personnes voulaient prendre leur douche ou aller aux toilettes il n’y en avait pas assez. Maintenant tout va bien. Les toilettes, les douches, ça ça va.

Mais on ne peut pas cuisiner nous même, de la nourriture qui nous convient. Mais c’est OK. On accepte.

 

Donc vous faites comment pour les repas ?

Ils ont pas de cuisine ici. Mais pour moi le vrai problème, c’est qu’on ne nous autorise pas cuisiner. Et donc on voudrait une cuisine où on peut cuisiner, et j’ai envie de cuisiner.

Ici, si on veut faire ça il faut attendre que la personne d’avant ait fini de cuisiner, pendant deux heures, donc tu commences à t’impatienter, et ça amène des problèmes. Donc si on pouvait avoir un endroit pour cuisiner pour chacun il n’y aurait pas de problèmes, en plus il y a du courant ici, donc les personnes pourraient avoir de quoi cuisiner dans leur espace.

Moi je viens d’Afrique, et on est tous Africain en fait, et parfois on a juste envie de cuisiner ce dont on a envie. Et même si ils ramènent de la nourriture, moi j’ai besoin de manger du couscous, de la sauce et du riz, de la semoule, de la nourriture Africaine ! La nourriture qu’ils amènent n’est pas adaptée pour nous, comme pour les personnes musulmanes par exemple, je mange halal. C’est le problème ici. Et je me demande pourquoi ils ne prennent pas en compte ce besoin.

Tu me comprends, si je viens d’Afrique il y a de la nourriture qui arrive avec laquelle je n’ai pas grandi, à laquelle je ne suis pas habitué donc « BEURK ».

Et on ne va pas rester ici indéfiniment donc le problème le plus important pour nous ici c’est de trouver un endroit pour nous, et si on avait chacun nos maison, on pourrait cuisiner ce que l’on veut.

 

Ok.. et vous vous sentez bien ?

Le seul truc qui ne va pas vraiment ici, c’est que je ne sais pas ce qui va advenir de moi quand je vais quitter cet endroit, et c’est ça qui me fait peur. Comment va être notre vie ?

Parce que j’ai vraiment peur qu’ils nous expulsent de cet endroit un jour, et ou on va être, qu’est ce que l’on va devoir recommencer ?

Moi j’ai des enfants, qui sont nés en France. Mes enfants vont à l’école ici, c’est quasiment des français, ils sont presque comme des personnes françaises, on communique en français. Donc je ne peux pas retourner las-bas avec mes enfants, parce que s’ils me tuent las bas, je perdrai mes enfants.

Oui, la chose qui ne va vraiment pas ici là maintenant où on est, c’est LA PEUR. C’est être ici, vivre ici sans savoir ce qu’on va devenir. Parce que je n’ai nul part où aller.

 

Et ça se passe comment avec les travailleurs ?

Les travailleurs sociaux, sont vraiment sympa avec nous et on a pas de problèmes avec eux. Parfois j’ai de la pitié pour eux, en voyant la manière dont ils font leur travaille ici. C’est pas facile pour eux, il y a beaucoup d’enfants ici qui courent partout dehors, dedans, qui vont vers eux, leur poser des questions sur l’école… Donc pour moi ils font du bon boulot.

 

Et vous avez des moyens pour vous tenir informer de la crise ?

Il n’y pas de télévision, pas d’internet, on ne sait pas ce qu’il est entrain de se passer dehors, on ne sait pas combien de personnes sont mortes. Et même parfois les enfants ont juste besoin de s’asseoir et de regarder un dessin animé. Mais il n’y pas d’internet !

On est enfermé ici, prison n’est certainement pas le bon mot, mais je vais dire « comme en prison ». Mais c’est pas pire, et je remercie le gouvernement pour nous avoir trouvé un endroit et mais si ils nous donnaient des choses comme la télévision, internet… J’ ai une tablette, et je pourrais la donner aux enfants pour qu’ils puissent regarder un dessin animé.

Mais rester ici… Nous on est adulte, on est grand, mais les enfants ont des problèmes mentaux, des problèmes psychologiques…

Tout ce temps, on est enfermé ici, on ne sait pas ce qu’il se passe, c’est un autre problème important. On est juste coincé ici, qu’est ce que l’on a à faire ici ?

Parfois on va dehors au supermarché, et on voit des gens qui travaillent. Je suis conscient de ce que le gouvernement français a fait pour moi, je sais que si j’étais suis régularisé et que si j’avais des papiers je pourrais travailler.

Mais qu’est ce que l’on est entrain de faire ici ? On perd notre temps... Je reste sans argent, sans rien à faire. Aujourd’hui, toi tu vas dehors pour apporter de l’aide aux personnes, mais moi aussi je pourrais aller dehors pour aider les gens demain.

 

 

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