Interview d'une personne hébergée dans le cadre du plan hivernal à Grenoble

Plusieurs personnes ont accepté de répondre à des questions pour témoigner de leur conditions de vie dans le centre d'hébergement ou elles sont actuellement. Elles vivent au milieu du zone commerciale, au bord de l'autoroute, dans des algéco, dans des hôtels, sans cuisine ...

Est ce que vous pouvez nous dire un peu dans quelles conditions vous vivez ?

Oui bonjour, ici on vit dans une chambre de 4, 5 jusqu’à 9 personnes dans une chambre. Et la vie est un peu dure pour nous. Une chambre avec les enfants, les enfants s’ennuient, et moi et ma femme on n’a pas d’intimité.

Et pour les sanitaires ? Combien de douches et de toilettes il y a ici ?

Côté hygiène tu vois, on a une seule toilette pour 4 familles, pour 5 familles. On a peur d’attraper le coronavirus parce que les enfants ne nettoient pas forcément et nous ne sommes pas protégés ici.

Au début il n’y avait qu’une toilette. Après,  nous on a réparé (deux personnes hébergées) une deuxième toilette et ils en ont ramené une autre. Donc ça fait 1 toilette à partager entre 15 ou 20 personnes. Tu vois les enfants restent aux toilettes, tu trouves la toilette occupée. Il n’y a pas de gel pour laver les mains.

Et pour les devoirs ?

Il n’y a pas internet pour faire les devoirs des enfants. On avait demandé mais ils disent « notre budget ne permet pas d’avoir internet ici ».

On ne peut pas récupérer les devoirs, les profs nous ont dit « on peut pas envoyer parce qu’il n’y a pas de boîte aux lettres » . On a rien ici, pas de boîte aux lettres pour les courriers, ni rien. Donc depuis le début du confinement les enfants n’ont pas les devoirs.

Et il y a eu des choses mise en place pour le CORONA VIRUS ?

Le problème c’est que l’on est pas protégé ici. Quelqu’un qui tousse, ça fait peur, et on a pas de médecin ici.

Il a y a des médecins qui sont venus ici pour nous faire la morale : il faut se laver les mains, rester à 1 mètre 50. Ca on le sait , parce que on a écouté la télévision. Et tout le monde dit un mètre mais par contre ils proposent pas de faire un test.

Quand les médecins étaient la il y a un enfant qui est tombé de bicyclette, et ils ont pas voulu le soigner. Les médecins ont dit : « on peut rien faire pour lui, nous on est venu ici pour le coronavirus ». L’enfant il souffrait, mais personnes ne réagissait alors qu’il y avait deux médecins ici ! L’enfant était en danger, il s’est cassé le bras et les médecins sont là et ils ont rien fait pour lui ! Ça c’est grave. Une semaine avec le bras cassé. Et les médecins qui disent non, nous on est ici pour le coronavirus pas pour les enfants, mais pourquoi ?

On a peur pour nos enfants, mon fils qui tombe on a pas d’ambulance qui vient, on a rien ! On a pas de moyens de transport. Donc tu vois s’il y a quelqu’un qui tombe malade, on est foutu, il n’ y a personne qui vient te donner un coup de main ici.

On a rien, c’est ça !

Et aussi il y a beaucoup d’enfants ici, on nous dit 1 mètre cinquante, donc on nous met en prison, on rentre avec toute la famille et les enfants disent : « Papa je peux sortir, je peux sortir ? ».

Tu veux dire que tu dois rester dans la chambre avec les enfants ?

Non tu restes dans la chambre, on est comme en prison. Tu vois chaque jour dans la chambre, on est 4 ou 5 à la partager et on sort une heure par une heure. Mais les travailleurs sociaux ils sont gentils avec nous.

Nous on voulait une chose, une pièce, cuisine avec la douche comme ça on reste tranquille. Parce que tu vois l’hygiène à la maison c’est bien, mais vu tout le monde que l’ont est ici on peu par gérer ça. Il y a soixante personnes ici, 4 toilettes, 4 douches. Un enfant qui veut prendre une douche il peut pas, il attend jusqu’à deux heures, 3h, 4h, 5h, après on va se battre, « c’est ma place, c’est ma place… Et ça fait des conflits, ça ne devrait pas faire ça. Ils ont rajouté un algeco pour les toilettes, mais ça suffit pas. Moi chaque trois jours je prend ma douche.

Et vous faites comment pour les repas ?

Pour la cuisine c’est la catastrophe, interdit de cuisiner ! Les enfants ils peuvent pas manger tous les jours, des pâtes, du riz, des pâtes et du riz.

Nous on est musulmans, prochainement il y a le ramadan. Toute la journée on sera à jeûn, on mange rien, on boit rien, on fait rien. Pour cuisiner deux heures ils nous disent « Non attendez, mais comment faire ? ».

On voudrait juste deux heures pour cuisiner quelque chose de traditionnel, je comprends les règles du confinement, qu’ ils nous ont donné un abri, mais on pourrait cuisiner, acheter des choses, ramener des choses parce il y a la Croix rouge qui donne, les Restos du cœur qui donnent, mais le problème c’est pouvoir cuisiner.

Depuis la semaine dernière ils nous ont donné un peu de chèques alimentaires. Dix euros par personne. Moi on est 4 personnes, donc 42 euros pour la semaine et les chèques ont une date limitée. Et par contre la banque alimentaire a diminué ! Avant, dans le panier de la semaine, ils donnaient du lait, des gâteaux, avec miel ou de la confiture. Et parfois aussi des boites de sardine. Et là ils ont tout coupé parce qu’ils ont dit « nous avons donné les chèques pour acheter » !

 

Vous voulez ajouter quelque chose ?

On espère qu’après le confinement, ils nous trouveront des solutions d’hébergement bien stables. Tu vois, tu rentres ici trois mois, tu es perdu. Pour moi je m’en fiche, nous on est des bosseurs, on travaille si ils nous donnent des attestations pour travailler, on travaille, et on montre ce que l’on sait faire, mais ici on est coincé, on est rien.

On est rien ici ! 

Mais si ils nous donnent une autorisation pour le travail, moi je travaille : 10 heures , 20 heures par jour, je travaille pour nourrir mes enfants et j’attends pas l’aide de l’état. J’aime bien travailler moi.

On est tous ici des bosseurs il n’y a pas de « bras croisés ». On veut travailler mais on est coincé. Tu peux travailler au noir. Mais moi j’aime travailler en étant régularisé pour être honnête. Travailler, et payer les impôts pour les enfants. Comme je te dis au moins une autorisation de travail.

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.