La mairie d’Aix-en-Provence expulse les Gilets Jaunes en plein confinement

Jeudi 9 avril, les forces de l’ordre ont expulsé trois personnes et scellé le local de l’ancienne école maternelle Jean Giono à Aix-en-Provence. Une décision surprenante pour les Gilets Jaunes et les associations aixoises.

C’est décidément une saison propice aux opérations d’évacuation. Il y a deux semaines, les forces de l’ordre ont expulsé trois Gilets Jaunes du local qui leur avait été prêté par la mairie depuis plus d’un an, dans le quartier d’Encagnane. Le lieu est désormais scellé.

L'ancienne école maternelle Jean Giono à Aix-en-Provence. © Gilets Jaunes du Pays d'Aix - La Barque L'ancienne école maternelle Jean Giono à Aix-en-Provence. © Gilets Jaunes du Pays d'Aix - La Barque

Benjamin Tauziac, Gilet Jaune du Pays d’Aix est perplexe. « Cela s’est passé de manière étrange. On occupe les lieux depuis le mois de février 2019 et nous avions passé un accord oral avec la maire Madame Joissains Masini en septembre dernier pour l’occupation du lieu jusqu’à sa démolition. Il y a quelques semaines encore, Maryse Joissain Masini et son directeur de campagne Sylvain Dijon étaient venu rassurer les trois Gilets Jaunes qui vivaient sur place le temps du confinement. »

Un revirement de situation

Pourtant le 9 avril, après une opération de police, le local est vidé de ses occupants et définitivement scellé. Pour justifier cette expulsion, Sylvain Dijon, joint par téléphone, assure qu’il y a eu « un détournement du local, c’est devenu une sorte de squat ». Le conseiller municipal et directeur de campagne appuie également le choix de la mairie par la volonté « d’accorder un nouveau local aux Restos du Cœurs. Depuis le début de la crise sanitaire, la demande de distribution alimentaire explose. Sur ce secteur, nous avons 450 bénéficiaires, c’est énorme. On avait besoin de plus de place. » L’espace utilisé par les Gilets Jaunes était néanmoins « indépendant et totalement à part » de l’autre aile du bâtiment utilisé par les Restos du Cœur depuis plusieurs semaines, nous indique Benjamin Tauziac.

Dans une lettre adressée à la maire d'Aix-en-Provence, les Gilets Jaunes du Pays d’Aix-La Barque et 16 autres associations cosignataires mettent en avant l’engouement, la solidarité et l’échange qui émanaient de ce lieu. « Cette utilisation des lieux s’est faite sans causer aucune nuisance aux riverains ni à l’ensemble du quartier. Bien au contraire, une grande solidarité s’est créée entre tous les intervenants, qui a permis à l’ensemble des acteurs associatifs de participer à l’information et à l’éducation des citoyens aixois, tout en réalisant des actions d’entraide auprès des populations les plus fragiles », et répondent ainsi indirectement à Monsieur Dijon. « Vous comprenez de ce fait, combien nous respectons les actions d’aide alimentaire portées par Les Restos du Cœur, puisqu’elles sont au cœur de nos propres valeurs. C’est ainsi que depuis l’épisode tragique du Covid-19, nous nous sommes mobilisés afin d’organiser un réseau d’entraide en créant le groupe CovidAixEntraide (sur les réseaux sociaux) afin de mutualiser nos énergies. »

Le collectif des Gilets Jaunes du Pays d'Aix - La Barque dans le local Giono. © Gilets Jaunes du Pays d'Aix - La Barque Le collectif des Gilets Jaunes du Pays d'Aix - La Barque dans le local Giono. © Gilets Jaunes du Pays d'Aix - La Barque

Plusieurs associations profitaient de ce lieu ouvert à tous en plein cœur du quartier d’Encagnane à Aix-en-Provence. De nombreux évènements tels que des conférences, des débats, des formations et des projections, apportaient une seconde vie à l’ancienne école maternelle vouée à terme à la destruction. Benjamin Tauziac est amer au téléphone. « Le lieu est grand donc on pouvait avoir plusieurs réunions de différentes organisations au même moment, et le fait de se croiser a permis de créer des liens, de se revoir, et de fil en aiguille d’organiser des évènements en commun et inter-associatif. » D’autres évènements étaient déjà prévus dans ce local, notamment une conférence avec la Confédération Paysanne," elle aussi du mal à avoir accès à des locaux » assure le Gilet Jaune, ou avec la venue de Bernard Friot en juin.

Pourtant les relations entre la mairie et les collectifs aixois semblaient jusque-là, toujours déboucher sur des compromis. Gérard Guieu, membre d’Attac Pays d’Aix, l’une des 17 associations signataires de la lettre, se montre « surpris, car la mairie s’est toujours montrée compréhensive avec les associations. Elle nous donnait accès à des locaux parfois sans demander de participation ».

Une solution commune pour fédérer les collectifs et associations du Pays d’Aix ?

Cet évènement a néanmoins le mérite de dynamiser à nouveau la convergence du paysage associatif aixois. La stupéfaction a laissé place à la réflexion entre les différents acteurs utilisateurs de près ou de loin de ce local pour penser et étudier une solution commune.

Vendredi 17 avril, certains d’entre eux se sont retrouvé, virtuellement bien entendu, pour mettre sur la table différentes options. Plusieurs idées ont émergé, notamment l’idée de créer une association qui pourrait « fédérer ces organisations signataires […] ayant pour objectif la cohésion sociale et culturelle des populations du Pays d’Aix. »

Organisation d'un repas de fête fin 2019 dans le local Giono. © Gilets Jaunes du Pays d'Aix - La Barque Organisation d'un repas de fête fin 2019 dans le local Giono. © Gilets Jaunes du Pays d'Aix - La Barque

Cette réflexion, prône avec enthousiasme Gérard Guieu, « signifie qu’on n’est pas sur la défensive. On veut vraiment proposer quelque chose en commun, et cela fait un moment qu’on y réfléchit. »

Sylvain Dijon, conseiller municipal, ajoute néanmoins que « pour l’instant, l’attribution d’un nouveau local n’est pas la priorité pour nous, mais on verra cet été. Il faut déjà qu’ils (les Gilets Jaunes et les autres associations ndlr.) se constituent en association, et nous étudierons leur demande. »

En attendant, les organisations explorent plusieurs pistes pour proposer rapidement une solution commune à la mairie, et ainsi enrichir la vie associative, militante et culturelle de la ville.

 Justin Carrette

Les 17 associations et collectifs signataires de la lettre ouverte envoyée à Maryse Joissain Masini. Les 17 associations et collectifs signataires de la lettre ouverte envoyée à Maryse Joissain Masini.

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