A quand une journée de commémoration et de méditation sur le génocide des Congolais ?

Kagame a su faire reconnaître le génocide des Tutsi rwandais pour 400 mille morts. Nous inspirant de ses méthodes et pour plus de 14 millions de victimes, mobilisons-nous dès aujourd’hui pour que le 2 août, en référence aux massacres de la Deuxième Guerre du Congo, soit une journée de commémoration et de méditation sur le génocide des Congolais !

Il faut une date pour commémorer et méditer sur le génocide des Congolais !

Thierry Michel au Fespaco : " Mes films, mes combats pour l'Afrique " © linvite

Depuis octobre 2010 et sous la gouverne du très crédible Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l'Homme, le Rapport du Projet Mapping fournit des détails sur des cas graves de massacres, de violence sexuelle et d'extermination massives des Congolais par des armées étrangères, notamment par l'armée rwandaise et des forces armées congolaises elles-mêmes, converties en alliées de l’envahisseur. Se référant à la période allant de 1996 à 1997 et s’appuyant sur des faits documentés et détaillés, le Rapport conclut que la majorité de ces crimes étaient qualifiables de crimes contre l'humanité, de crimes de guerre et de génocide. Le Rapport Mapping fait en outre remarquer que la période, ainsi couverte, constitue l'un des chapitres les plus tragiques de l'histoire récente. Depuis lors, non seulement on assiste à l'absence choquante de justice pour les victimes ; mais, pire encore, les carnages - d’une cruauté inouïe - se poursuivent toujours et encore plus fort dans ce pays. On estime désormais à plus de 14 millions, les victimes congolaises de cette agression. Quand et comment cette horrible tragédie va-t-elle se dénouer ? Une sagesse luba avise : « muena bwebe wa buamba bikole, bwa bena pashi ba kwambishabo ». Entendons : montre d’abord toi-même que ta cause te tiens à cœur ; si tu veux que d’autres t’appuient pour trouver des solutions !

Le génocide congolais a un visage à plusieurs faces et, à la suite du Rapport Mapping, d’autres témoignages et dénonciations se relayent pour mettre en exergue les auteurs et responsables de ces atrocités infligées, pendant des lustres, à un peuple innocent et paisible pour lui ravir ses terres et s’approprier ses richesses. Paradoxalement, des traîtres congolais, prêts à tout pour séduire l’agresseur, dans la perspective de se faire enrôler et grossir les rangs des collabos, se bousculent au portillon. Vilement, des allégeances à l’occupant se multiplient de plus belle. Le 24 janvier 2019, le monde entier abasourdi et les Congolais médusés ont assisté à une véritable déclaration d’amour d’un fils du pays à l’incarnation du génocide congolais lui-même. Depuis, les effusions affectives des filles et fils égarés envers nos génocidaires ne tarissent plus. Le 27 juillet 2019, c’est d’un air carnassier que l’assassin avéré des Congolais, l’ignoble Alexis Thambwe Mwamba, savourait son élévation au perchoir du sénat congolais. Deux jours plus tard, le 29 juillet 2019, de manière alors bien insolite, les médias ont été mobilisés et le pays paralysé juste pour célébrer la signature d’un accord de gouvernement entre les occupants, les collabos et les marionnettes congolais bêtement euphoriques de leur turpitude. Que présage la suite ? Faut-il laisser les Congolais s’habituer à ce renversement tragique des valeurs ? Revendiquer une date, le 2 août par exemple, pour commémorer et méditer sur le génocide congolais, serait l’un des combats appropriés et légitimes du moment ; une façon de provoquer un réveil de conscience.

Les différentes facettes d’un génocide d’une ampleur effarante !

Il n’y a pas de critère pour évaluer et hiérarchiser la cruauté ; mais lorsqu’on est confronté à moult types d’horreur, le besoin d’analyse, pour mieux décrire, peut inviter à une certaine classification. Ainsi, on prendrait le risque de heurter certaines sensibilités en osant affirmer que c’est par sa facette la moins « cruelle » que le génocide congolais a provoqué une onde de choc planétaire et suscité l’indignation. En effet, c’est le viol des femmes congolaises, une forme cynique d’extermination programmée qui, jusqu’à ce jour, a fait objet d’une réprobation officielle et, corrélativement, d’une indignation généralisée. Une reconnaissance conquise grâce au talent, à la vaillance et à la détermination d’un homme d’exception. Docteur Denis Mukwege a récolté plusieurs distinctions internationales pour son engagement contre les mutilations génitales pratiquées sur les femmes congolaises. Le récit, qu’il fait de cette extermination à terme des Congolais, fait froid dans le dos et son combat a été sublimement reconnu et primé par le Prix Nobel de la Paix 2018. Mais, rebutantes, l’impunité et l’injustice pour les victimes demeurent.

#Rwanda - #RDC/Rapport Mapping : L'ONU accuse KAGAME génocide. Où est la justice? © innocent TWAGIRAMUNGU

Pourtant, par une mission spéciale de maintien de la paix, l’ONU est observatrice et témoin de l’évolution de la situation sur le territoire de la république à démocratiser du Congo. Elle jouit en outre d’un précieux appui conjoncturel avec l’intrusion de la Cour Pénale Internationale (CPI). Les quelques procès, très marginaux, enfin ouverts à la CPI sur les exactions commises au Congo, celui de Bosco Ntaganda - surnommé «Terminator » - notamment, permettent de dresser des tableaux les plus épouvantables d’horreurs qu’on puisse imaginer : des enfants soldats contraints à tuer leurs propres parents, des exécutions à coups de machette, des femmes enceintes éventrées etc… Mais Ntaganda est un Rwandais subitement devenu général de l’armée congolaise ; puis meneur d’une rébellion armée pour revendiquer des droits politiques dans un pays où il n’avait jamais mis ses pieds avant. Tel est le cliché dominant du génocide congolais ; celui opéré par des milices dépêchées par les pays voisins pour massacrer des villages congolais et pousser à l’exil les rescapés. Les groupes armés de cet acabit sont multiples et plusieurs chefs de guerre, même s’ils ne sont pas à la CPI, s’y sont illustrés par les mêmes exactions. L’on se souviendra alors de James Kabarebe, de Laurent Nkundabatware, de Jules Mutebusi, de Sultani Makenga, de l’AFDL, du RCD, du CNDP, du M23 et j’en passe… Un trait commun à tous : des montages militaires pour massacrer et déstabiliser le Congo ! Vue l’ampleur de la manœuvre, c’est bien une litote que de limiter à 14 millions les victimes de la barbarie tutsi au Congo.

Même si ce sont de pseudos coupables qui ont été condamnés, les procès de Thomas Lubanga et de Germain Katanga mettent en exergue l’une des formes les plus dévastatrices du génocide congolais : la manipulation des antagonismes interethniques. L’Iturii en reflète une éclatante illustration. Ici, les hostilités opposent l’ethnie Lendu aux Hema et remontent à la Deuxième Guerre du Congo, en 1999, sous l’instigation des troupes ougandaises. Depuis, les massacres se poursuivent sans répit ; attisés par l'extraction et le commerce illégal d'or que regorge la région. La même recette a été appliquée au Bas-Congo, au Kasaï, dans la province de l’Equateur etc… En territoire de Yumbi, dans la province de Mai-Ndombe, à l’Ouest du Congo, à la mi-décembre 2018, des affrontements intercommunautaires ont fait plusieurs centaines de morts et contraint à l’exil des milliers de personnes. L’instigateur présumé de ces tueries, Gentiny Ngobila, à l’instar de Thambwe Mwamba, vient d’être gratifié avec le poste de Gouverneur de la Capitale du pays. Au Kasaïii, suite au phénomène Kamuina Nsapu sous la conspiration d’Evariste Boshab, au moins 131 charniers ont été identifiés dans la seule localité de Diboko. Selon l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), plus de 1,5 million de Congolais sont en fuite à cause de ce conflit ; parmi eux, une majorité d’orphelins mineurs seuls et exposés à toute sorte des dangers.

Un génocide entretenu par une véritable omerta !

CONGO : 20 ANS DE CONFLITS EXPLIQUÉS © Le monde en cartes

Comme décrites ci-dessus, ces épurations ethniques ne surviennent pas spontanément. Bien au contraire, elles relèvent d’un plan qui dure depuis des décennies. C’est donc une extermination dans une quasi indifférence, un génocide à huis clos. Les commanditaires sont connus ; mais la communauté internationale n’a les yeux rivés que sur les minerais du pays et sur le maintien ou l’ascension des intermédiaires les plus à même d’en faciliter l’accès. Car, ce qu’on appelle communauté internationale, ce sont plutôt des groupes d’intérêts, représentés par des multinationales ; qui préfèrent, par des montages financiers d’une extrême complexité, passer par des individus et des Etats voisins pour s’approvisionner à vils prix les ressources minières du Congo. Pour avoir réussi une emprise politique sur le Congo et une OPA en règle sur ses minerais, le Rwanda s’enrichit et accroît, par la manipulation, la corruption et l’achat de conscience, son influence dans les institutions internationales susceptibles de le sanctionner. C'est cette interconnexion, entre la politique et le business, qui débouche, à la fois par peur et par intérêt, sur l’omerta. Ainsi, se stratifie de plus en plus dans la conscience collective que le Congo n’existe que par ses minerais. Si les Congolais veulent qu’on les prenne aussi en compte, c’est à eux-mêmes de s’employer à le faire savoir ; et non se mettre à la remorque de leurs envahisseurs.

Briser l’omerta régnant sur le génocide congolais est possible !

Le 6 avril 1994, l'avion du président rwandais, Juvénal Habyarimana, piloté par un Français, entame sa phase de descente vers l’aéroport international de Kigali, lorsqu’il est frappé, à quelques mètres du sol, par un missile sol-air. Le jet s’écrase au sol, le chef de l’État et ses compagnons d’infortune à bord sont tous tués sur le coup. Cet assassinat déclenche, quelques heures à peine plus tard, ce qu’on appelle les massacres de Kigali : quelques 400 mille morts ; selon les estimations de l’époque. Aujourd’hui, le nombre a grossi ; et pour cause... Tout se déroule de manière presque mécanique, comme un plan brillamment exécuté. Mais qui donc avait intérêt à déclencher cette furie prévisible ? Aujourd’hui, plus de 25 ans après l'attentat, la question demeure sans réponse claire et définitive ; car, aucune certitude n'est établie. Mais, le bénéficiaire de l’attentat est connu et il a réussi l’exploit de donner à l’événement un éclat qu’à nul autre pareil. Il en a fait un fonds de commerce qui lui ouvre, avec vive affliction, tous les cœurs du monde entier et les portes de toutes les chancelleries.

Quelle que soit la thèse exacte sur ce tragique événement, ce qui frappe d’abord, c’est le succès de la diplomatie rwandaise et de la manière de communiquer du Président Paul Kagamé. Non seulement il a su se faire blanchir de graves soupçons d’assassinat pesant sur sa personne ; mais il a, en plus, réussi à installer un nouveau régime au Rwanda, à le doter d’un prestige international inégalé, à faire rayonner, de manière enviable, son petit pays dans le concert des nations.

« La mort d'un homme, c'est une tragédie ; la disparition de millions de gens, c'est la statistique ! », se gaussait impassiblement le lugubre Joseph Staline. Nous ne le rejoindrons pas dans cette approche sinistre des faits. Néanmoins, si avec 400 mille morts et 12 millions d’habitants, Kagame a su faire reconnaître le génocide des Tutsi rwandais ; pourquoi les Congolais n’y arriveraient-ils pas pour 14 millions de victimes et une promotion portable par plus de 80 millions de personnes ; dont une part également bien supérieure à l’étranger ? Aussi, bien que principales victimes de l’ascension de Kagame, nous devrions nous inspirer des stratégies diplomatiques et communicationnelles de l’homme fort de Kigali ; si nous tenons à sortir de notre funeste engourdissement ; lequel, d’ailleurs, n’aurait des perspectives et le dénouement que dans la tragique disparition à terme de notre convoitée patrie. Commençons notamment par trouver des parades pour briser l’omerta régnant, depuis des décennies, sur le génocide, d’une ampleur effarante, que nous subissons honteusement depuis des lustres. Mobilisons-nous dès aujourd’hui pour que le 2 août, en référence aux massacres de la Deuxième Guerre du Congo, soit une journée de commémoration et de méditation sur le génocide des Congolais. Car, on le dira jamais assez « Muena bwebe wa buamba bikole, bwa bena pashi ba kwambishabo ! ».

Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa

 

Avis et considérations exprimés sous cette rubrique n’épousent pas nécessairement les positions officielles de la Convention des Congolais de l'Etranger (CCE) ; dont l’auteur ci-dessus n’est d’ailleurs plus membre.

 

i Nord-est du Congo, devenu province depuis 2015 à la suite de l'éclatement de l’ex-Province orientale, avec Bunia comme chef-lieu.

ii A comprendre, ici, dans le sens de l’ensemble de la région géographique, au Centre du Congo, jadis une seule entité administrative, puis scindée sous Mobutu en deux provinces et aujourd’hui fractionnée en quatre.

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