🔥 Introduction
Au début des années 1960, Les Damnés de la Terre représentent les colonisés comme sujets révolutionnaires et, dans ce livre, Frantz Fanon explore les rapports entre colonialisme et capitalisme ainsi que l'aliénation du colonisé pour dégager sa théorie sur la décolonisation et le rôle de la violence dans les luttes de libération nationale. Sonia ou l'avant-garde est le titre hautement symbolique de son intrigue du roman de Michel Lévy, paru début 2025. Sonia est le nom de l'un des personnages principaux. Dans le roman, Sonia est une militante engagée, bien plus jeune que le narrateur. Elle représente le moteur de l'histoire, celle qui vient bousculer le protagoniste dans sa retraite. L'avant-garde, ici, le terme n'est pas utilisé au sens artistique ; mais au sens de la lutte sociale et politique. Il désigne ceux qui sont à la pointe du combat contre ce qu’il décrit comme l'idéologie dominante (le marché, l'exploitation, l'oligarchie).
Ce roman nous livre une vérité brutale : le système ne craint pas la critique, il craint la rupture. Quand Sonia surgit pour arracher le narrateur à son agonie silencieuse, elle ne se livre pas à une démarche de charité ; mais pose un acte de guerre culturelle. Elle nous rappelle ce que Frantz Fanon estampillait en 1961 :
« Pour le colonisé, la vie ne peut surgir que du cadavre en décomposition du colonisateur. »
Comme Fanon, Michel Lévy n'écrit pas pour divertir superficiellement ; mais pour questionner les structures mêmes de notre société. Dans Sonia ou l'avant-garde, la politique n'est pas un simple décor ; elle est le sang qui irrigue le récit. Relier Les Damnés de la Terre à Sonia ou l'avant-garde, c’est toucher au cœur de la mécanique de l'émancipation. Si Sonia incarne l'avant-garde, Fanon en est le théoricien le plus radical. Appliquer la grille de lecture de Sonia ou l'avant-garde au contexte de la République Démocratique du Congo (RDC) permet de transformer une réflexion littéraire en un outil d'analyse politique puissant et montrer aux patriotes congolais où se nichent les armes pour libérer le Congo.
1. Briser la « zone de non-être »
Le narrateur de Lévy vit dans une zone grise, celle du renoncement. Celle que Fanon appelait la zone de non-être ; une région où l'homme noir, le colonisé ou l'opprimé, est privé de sa dignité, de sa propre humanité par le regard de l'autre.
Au Congo, cette zone de non-être se manifeste encore par l'acceptation de l'inacceptable : la guerre perpétuelle d'agression comme une fatalité météo, la prédation des ressources comme une loi naturelle. L'avant-garde que prône Sonia, c'est le refus de cette géographie du malheur. C'est l'affirmation que le Congo n'est pas une périphérie du Marché, mais le centre de sa propre dignité.
2. La décolonisation du mental : le scalpel de Fanon
C’est dans les profondeurs mentales de psychiatre, de philosophe et de militant anticolonialiste que Fanon puise ses riches et percutantes formulations :
« Nous ne sommes rien sur terre, si nous ne sommes pas d'abord les esclaves d'une cause, celle des peuples, celle de la justice, de la dignité et de la liberté. »
Sonia est l'esclave de cette cause. Elle est l'antithèse de la bourgeoisie nationale congolaise que Fanon fustigeait – cette pseudo élite « à la psychologie d'hommes d'affaires et évidemment à l’opposé de celle de bâtisseur ». Le combat de Sonia met en exergue la nécessité de l'éducation politique des masses. C’est quoi la démocratie ? Vaut-il vraiment la peine de voter pour un nouveau maître ? Sonia s’y oppose et détruit le concept même de maîtrise au profit de la souveraineté populaire. Sonia expose la souveraineté populaire comme l'antidote politique et moral à la « machine froide ». Dans l'optique du récit, celle-là implique :
- La réappropriation du destin collectif : face à un système où l'économie, l'offre et la demande, dicte sa loi comme une fatalité naturelle, la souveraineté populaire est le droit du peuple à reprendre les commandes et à décider de ses propres règles sociales et humaines de cohabitation ;
- La résistance contre la « dépossession » : elle s'oppose à la confiscation du pouvoir par les experts, les algorithmes ou les marchés financiers. Pour Sonia et les membres de l'Avant-Garde, être souverain, c'est refuser que des forces anonymes et froides décident de la valeur d'une vie humaine ;
- L'action par le bas : le roman souligne que cette souveraineté ne vient pas d'en haut (institutions) ; mais des ruptures vitales générées par ceux qui résistent et passent des mots aux actes pour transformer leur quotidien…
En résumé, si la « machine froide » est l'inertie d'un système déshumanisé, la souveraineté populaire est l'élan vital et politique qui permet aux individus de redevenir les sujets de leur propre histoire. L’appel que Fanon et Lumumba formulèrent jadis !
3. L'action : seule réponse à l'oligarchie
Dans le roman de Lévy, l'oligarchie impose la « loi de la jungle » où les rapports humains sont déshumanisés, transformant, certes, la société en un mécanisme performant ; mais dénuant la communauté de bonté, d'émotion ou de solidarité spontanée. Il décrit ainsi le système économique et idéologique dominant, plus précisément sa logique implacable de la loi du marché. Fanon, lui, savait que face à la froideur du système, seule la chaleur de l'engagement total résiste :
« La décolonisation est véritablement création d'hommes nouveaux. Mais cette création ne reçoit sa légitimité d'aucune puissance surnaturelle : la "chose" colonisée devient homme dans le processus même par lequel elle se libère. »
L'avant-garde congolaise doit donc comprendre que sa légitimité ne viendra ni de Trump, ni de l'ONU, ni de l'Union Européenne, mais de son propre processus de libération. Chaque mouvement citoyen, chaque paysan qui refuse l'expropriation, chaque intellectuel qui, comme le narrateur de Lévy, sort de sa retraite pour écrire contre les envahisseurs, participe à cette « création de l'homme nouveau ».
🙏 Conclusion
La RDC est aujourd’hui ce que Fanon appelait le « pays pivot ». Si le Congo bascule vers une véritable avant-garde, c'est toute l'Afrique qui respirera.
Le roman de Michel Lévy nous offre le personnage de Sonia comme un détonateur. Fanon nous offre la poudre. Il ne reste plus qu'à allumer la mèche. Pour que le Congo cesse d'être le scandale géologique du monde pour devenir son scandale révolutionnaire. Les Damnés de la Terre et Sonia ou l’avant-garde nous indiquent la voie royale de notre libération. Quand l'empruterons-nous ?
« Allons, camarades, le jeu européen est définitivement terminé, il faut trouver autre chose. » (Fanon, Les Damnés de la Terre)
L’Avant-garde est en marche. Sonia nous appelle. Fanon nous guide. Que le Congo se lève !
Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa
😱 POST-SCRIPTUM
Appel au Grand Sursaut de la Jeunesse Congolaise
Jeunesse du Congo, l’heure n’est plus à l’observation du désastre. Si Sonia a pu réveiller un homme brisé par le cynisme, vous avez le pouvoir de ressusciter une nation. Le « dépérissement affectif » dont parle Michel Lévy est votre seul véritable ennemi. L’oligarchie ne triomphe que lorsque vous doutez de votre propre force, de vos aptitudes enfouies, de la puissance collective par l’union.
Voici votre feuille de route, dictée par l’esprit de l’Avant-garde :
- Refusez la « mendicité diplomatique » : Fanon nous a prévenus : « Le colonialisme n'est pas une machine à penser, n'est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l'état de nature et ne peut s'incliner que devant une plus grande violence. » Cette violence, aujourd'hui, doit être celle de votre discipline, de votre organisation et de votre refus radical de coopérer avec ces vils traîtres qui vendent votre pays et sous-sol pour des miettes.
- Devenons des « Sonia collectives » : dans chaque quartier, dans chaque université, dans chaque communauté diasporique, créons des cellules d'avant-garde. Ne demandez pas le changement à qui que ce soit, incarnez-le. Si le narrateur de Lévy a eu besoin d'un choc pour sortir de sa léthargie, soyez ce choc pour vos aînés, pour vos dirigeants, pour vos pairs…
- Récupérez le récit : ne laissez plus les instituts étrangers définir qui vous êtes. Fanon disait : « Chaque fois qu'un homme a fait triompher la dignité de l'esprit, chaque fois qu'un homme a dit non à une tentative d'asservissement de son semblable, je me suis sentie solidaire de son acte. » Soyez solidaires de votre propre sol. Écrivez, filmez, dénoncez selon l’appel de Lumumba.
Jeunesse Congolaise : vous êtes le pays pivot d’un continent qui ne demande qu'à basculer. Vous n'êtes pas les "héritiers" d'une crise, vous êtes les architectes d'une rupture. Le roman est fini, l'histoire commence. Soyez-en des auteurs !
Embrigadez-vous dans l'avenir. Le Congo ne vous appartient pas, vous ÊTES le Congo !