Manifeste inspiré par « Sonia ou l’avant-garde »[i], transposé à la réalité congolaise !
🔥 Introduction
Il y a un moment où un peuple doit cesser de s’excuser d’exister. Un moment où la dignité n’est plus un mot, mais une frontière. Un moment où la peur cesse d’être un réflexe et devient une vilénie. Le Congo a atteint au moins ce stade-là.
En effet, depuis des décennies, on nous massacre à des échelles effroyables, jamais vécues, on nous vole, on nous ment, on nous divise, on nous infantilise. On nous explique que notre souffrance est normale, que notre chaos est naturel, que notre silence est raisonnable. On nous dit que nous devons patienter, négocier, comprendre, pardonner. On nous dit que nous ne sommes pas prêts…
Mais, pas du tout ! Nous savons et nous en sommes persuadés que c’est faux.
Nous réalisons surtout que si le Congo est à genoux, ce n’est pas par manque de force, mais par excès de prédation. Nous nous apercevons que si nos provinces brûlent, ce n’est pas par fatalité ; mais par calcul. Nous remarquons que si nos richesses disparaissent, ce n’est pas par accident ; mais, évidemment, c’est parce qu’elles sont pillées par un crapuleux système néocolonial de prédation.
Le Congo n’est pas un pays pauvre : c’est une victime d’un pillage systémique. Le Congo n’est pas un pays fragile : c’est un pays saboté et noyauté. Le Congo n’est pas un pays instable : c’est un pays rendu instable pour être mieux exploité. Et, donc, c’est aux Congolais eux-mêmes, d’après la passionnante saga de Michel Lévy[ii], qu’il revient de mettre un terme à ce système incongru, à cette situation dévalorisante ; qui n’a que trop vécu, qui continue à humilier tous les Congolais.
Urgence d’une avant-garde entreprenante et fougueuse pour le Congo
Alors oui, pourque le Congo ne soit plus dépossédé de ses richesses et, voire dépiécé lui-même, par les impérialistes qui les convoitent et ne cessent de l’agresser, il nous faut alors une avant-garde impétueuse ; à l’instar de celle préconisée par Michel Lévy dans Sonia ou l’avant-garde. Pas une avant-garde de slogans creux. Pas une avant-garde de selfies politiques. Pas une avant-garde de promesses recyclées. Mais une avant-garde agissante, déterminée, radicale et novatrice, à même de repousser au paroxysme les limites, jusqu’à ce jour, expérimentées. Une avant-garde qui ne se contente pas de la résistance, qui ne s’arrête pas à la libération ; mais qui vise la rupture avec les traditions, qui soit en quête de la transformation fondamentale de la société, du monde. Une avant-garde qui propose de nouvelles idées et des formes novatrices de cohabitation.
Il nous faut une avant-garde qui déteste la compromission, qui réprouve la peur, qui méprise la résignation, qui refuse de croire que le Congo doit toujours perdre pour que d’autres gagnent. Une avant-garde qui abhorre les pillards…
Une avant-garde qui comprend que la souveraineté n’est pas un discours ; mais, comme Frantz Fanon n’avait cesse de le marteler, un vrai rapport de force. Une avant-garde qui sait que la paix n’est pas un cadeau ; mais une conquête. Une avant-garde qui voit que la jeunesse n’est pas un décor ; mais une puissance…
Nous voulons être un peuple debout !
Sonia, dans le roman de Michel Lévy, vient réveiller un homme fatigué. Mais, dans ce Congo en perdition, ce n’est pas un homme qu’il faut réveiller ; c’est toute cette nation entière complètement anesthésiée, anéantie même, par la misère, les atrocités et les douleurs, mais jamais morte, qu’il faut embrigader.
Alors, effectivement, nous ne voulons plus être de lâches spectateurs de la déchéance, de la balkanisation, de l’implosion, de la mort définitive de notre propre pays, de notre seule patrie. Nous ne voulons plus être des statistiques dans les rapports des ONG, des experts de l’ONU, des chercheurs universitaires. Nous ne voulons plus être des silhouettes dans les mines, des ombres dans les camps, des fantômes dans les rues des villes en totale déconfiture, en dégradation accélérée. C’est le moment de nous ériger en vaillants libérateurs de nos terres, en combattants résolus pour la souveraineté et dignité du Congo.
Nous voulons être un peuple debout. Un peuple qui sait désormais dire non ; lorsqu’il en a assez subi. Un peuple qui, enfin, peut articuler avec conviction, courage et de manière dissuasive que le Congo n’est ni à vendre, ni à sacrifier…
L’avant-garde congolaise n’attend pas l’autorisation pour agir. Elle n’attend pas le bon moment. Elle n’attend pas un sauveur. C’est elle la rédemptrice du Congo.
Elle se lève. Elle parle. Elle agit. Elle refuse. L’heure a sonné pour tout bousculer.
Parce que nous ne sommes pas nés pour la résignation. Nous sommes nés pour la dignité. Pour la justice. Pour la souveraineté. Avec nous, le Congo ne sera dorénavant plus jamais qu’un banal scandale géologique. Nous nous engageons et nous mobilisons à en faire une véritable magnificence de grandeur humaine.
L’avant-garde n’est pas ailleurs. Elle n’est pas pour demain. Elle n’est pas dans un parti. Elle n’est pas dans un leader. Elle ne viendra de l’étranger, ni du ciel…
Elle est ici. Elle est-là, maintenant. Parce que c’est nous, qui portons la charge, qui nous soumettons, enfin, à notre devoir naturel de sauver le Congo.
🙏 Conclusion
Sonia, selon le récit de Michel Lévy, s’insurge contre les puissances mondiales qui exploitent les ressources et les peuples des autres pays. Même pour un pays comme la République Démocratique du Congo (RDC), victime d’un complot international depuis des lustres, Sonia ne semble pas à court d’idées. Pour briser le carcan qui pèse sur ce pays, elle suggère plusieurs leviers d'action :
- La prise de conscience et le passage à l'acte : la loi du marché, l'offre et la demande est utilisée pour justifier l'exploitation des "meurt-de-faim". Pour briser ce joug, les Congolais doivent d'abord rejeter ce "travail d'abrutissement et de propagande" mené par les réseaux médiatiques et financiers ;
- Identifier les véritables adversaires : le récit met en exergue la guerre invisible menée par les milliardaires des secteurs stratégiques (chimie, le pétrole, le gaz et la finance) ainsi que par les fabricants d'armes et les géants de la techno. Cette
analyse suggère que la libération du Congo passe par une lutte lucide contre ces intérêts extérieurs qui maintiennent un système de prédation sur le pays ;
- La résistance et l'engagement militant : le dynamisme de Sonia se présente en modèle de résistance et de combat avec la force de l’union. De même, pour la libération du Congo, la solution réside dans la lutte active, impliquant une résistance organisée contre les systèmes qui "décérèbrent" la population, et l'unité face à l'exploitation, en rejetant collectivement les conditions imposées par les prédateurs, ainsi identifiés, pour restaurer une souveraineté réelle…
En somme, l'enseignement de Michel Lévy pour le Congo est celui d'une révolte lucide et résolue : sortir de la torpeur imposée par la propagande idéologique, médiatique, économique et politique, pour s'opposer frontalement aux puissances financières et industrielles, qui tirent profit de l'instabilité du pays.
Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa
[i]. Sonia ou l’avant-garde est un roman de Michel Lévy, Éditions Infimes, 2024, 250 pages. De quoi s’agit-il ?
🌋 1. Le cœur du roman : un combat contre la résignation
La critique Wéry est limpide : Sonia ou l’avant-garde est un roman politique, lucide, austère, profondément humain, qui interroge la possibilité même de résister dans un monde verrouillé par les oligarchies économiques.
Le roman met en scène :
- Viktor Solti, écrivain vieillissant, retiré du monde après avoir été accusé d’incitation à l’insurrection pour un précédent livre (Le Manifeste de l’être humain).
- Sonia, jeune militante, mystérieuse, énergique, qui vient le chercher pour l’aider à reconstruire une avant-garde progressiste.
Le livre se déroule dans un pays occidental imaginaire, mais tout y renvoie à notre monde réel : concentration des médias, domination du capital, neutralisation des contre-pouvoirs, résignation des peuples.
🔥 2. Sonia : figure de l’avant-garde
Dans la critique Wéry, Sonia apparaît comme :
- une femme fluette mais déterminée,
- utilisant des noms de code (dont « Blondie »),
- changeant d’apparence,
- appartenant à un groupe qui infiltre des mouvements progressistes pour les structurer.
Elle est l’étincelle, la force vive, l’incarnation de ce que pourrait être une avant-garde moderne : pas un parti, pas une armée, mais un réseau de consciences lucides.
Elle trouble Viktor, mais leur relation n’est jamais romantique : elle est politique, existentielle, intergénérationnelle.
🧠 3. Viktor Solti : l’intellectuel fatigué qu’on vient réveiller
Solti est un personnage magnifique :
- plus de 70 ans,
- vivant pauvrement,
- retiré du monde,
- entouré de livres,
- méfiant envers les médias,
- hanté par son passé d’écrivain « dangereux ».
Il représente l’intellectuel désabusé, celui qui a vu trop de défaites pour encore croire à la victoire.
Sonia vient lui dire : « Le temps presse. Dos au mur, nous avons besoin de chacun. »
Cette dernière phrase nous invite à concevoir un manifeste à publier incessamment...
En fait, Viktor Solti, écrivain vieillissant et retiré du monde après avoir été accusé d’incitation à l’insurrection, voit sa solitude brisée par Sonia, jeune militante déterminée appartenant à un réseau clandestin progressiste. Elle vient le convaincre de reprendre la lutte intellectuelle pour reconstruire une avant-garde capable de résister au capitalisme total, à la résignation collective et à la confiscation du politique par les oligarchies. À travers leur dialogue, le roman explore la possibilité - fragile mais tenace - d’une révolte lucide, d’une solidarité retrouvée et d’un renouveau de la pensée critique dans un monde verrouillé.
[ii]. Michel Lévy, probablement un nom d’emprunt pour des raisons artistiques, est l’auteur officiel de « Sonia ou l’avant-garde ».