Coopté pour assurer la continuité à la Kabilie, Fatshi peut-il provoquer la rupture ?

négocié au moment où la délégation de l’UA s’apprêtait à descendre sur Kinshasa, l’Accord de Kigali accepte la réintégration du M23 dans l’armée, des concessions aux Occidentaux, Sud-africains et Chinois, le partage de pouvoir avec les collabos détestés. Comment, dans ces conditions, Fatshi peut-il amorcer le changement ? In fine, le rejet de sa coalition s’avère plus massif et plus ferme encore !

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Coopté pour assurer la continuité à la Kanambie, Fatshi peut-il provoquer la rupture ?

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Réussi au prix de moult acrobaties et substantielles concessions, le deal, basé sur le principe d’allégeance de la part de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) de Félix-Antoine Tshilombo Tshisekedi (Fatshi) au Front Commun pour le Congo (FCC) d’Hyppolite Kanambe, alias Joseph Kabila Kabange (Raïs), n’a survécu et n’a pu être applicable qu’avec l’aval et la bénédiction de l’Accord supplétif de Kigali. Celui-ci a été rondement négocié par le malicieux Kalev Mutond à la veille de la descente à Kinshasa, en vive ébullition post-électorale, d’une délégation de l’Union Africaine (UA), qualifiée de haut niveau, qui aurait pu faire tout basculer dans un autre sens. Par cet ultime pacte, l’intrépide Paul Kagame, comme à son habitude, a monté encore plus haut ses exigences et, encore une fois, obtenu largement gain de cause. Arraché aux biceps, ce nouvel arrangement avec l’homme fort de la Région des Grands-Lacs place le nouveau chef d’Etat congolais - méticuleusement recruté pour les besoins de la cause -, non seulement dans une béate continuité du régime, dont le peuple exige la liquidation, mais pire encore, fragilise considérablement Fatshi à plus d’un aspect.

En effet, avec le maintien des caciques de la Kanambie dans les sphères du pouvoir, conjugué à l’absence de réformes profondes et palpables, à même de changer le quotidien des Congolais, la coalition UDPS-FCC court le risque d’un rejet encore plus radical et plus cinglant que jamais. Heureusement, instruite par l’humiliation électorale de 2018, la Kanambie n’envisage plus de retomber dans le même piège… Toutefois, la nouvelle coalition, officiellement structurée autour de Félix Tshilombo, peut-elle néanmoins provoquer la rupture et amorcer ce changement auquel le peuple congolais aspire de tous ses vœux ? Cette analyse voudrait s’appesantir sur les perspectives d’une redistribution des cartes à même de, in fine, tout chambouler.

La machine à voler a réussi à lui fabriquer une victoire ; mais, pour survivre, Fatshi devra s’affranchir de quelques hypothèques !

Toutes ces vives incantations, que l’on entend ici et ailleurs, sur l’évaluation et la considération des élections de 2018 sont désormais inutiles et, surtout, discréditantes pour ceux qui s’entêtent encore à prendre la réalité par l’autre bout. Fatshi lui-même, tout comme Martin Fayulu Madidi (Mafa), doivent être persuadés que tout le monde, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières congolaises, juge que tout le processus concocté par Corneille Nangaa n’a été qu’une grande farce destinée à déboucher sur la fabrication des résultats sur mesure tant à la présidentielle qu’aux législatives nationales et provinciales. En dehors de l’UDPS et de la Kanambie, dont la crédibilité, on ne le dira jamais assez, est largement sujette à caution, les autres observations et rapports convergent de manière un peu plus persuasive pour dénoncer les fraudes d’une ampleur ahurissante. Allons-nous opposer les conclusions rigoureusement démontrées par des institutions scientifiques et des organismes universellement réputés honnêtes, aux allégations notoirement mensongères des officines déjà largement discréditées ? Il n’y a pas que les témoins, dépêchés dans des bureaux de vote par la coalition électorale LAMUKA, qui contestent les chiffres inventés par la Commission électorale supposée indépendante (CENI). Les décomptes et démonstrations des délégués de LAMUKA rejoignent, sur le fond, quasi parfaitement celles des missions d’observation de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) et de la société civile congolaise (Symocel) pour prouver nettement que celui qui a été proclamé vainqueur de la présidentielle n’est pas celui qui a reçu le plus de voix. Et cela, l’Histoire l’a retenu. Du reste, malgré l’injonction de la Loi, qui l’y astreint, la CNI s’abstient expressément à publier sa compilation des résultats ainsi que les procès-verbaux des bureaux de vote. Aucun doute, elle travaille à la destruction des preuves.

Président de fait, Fatshi a dès lors intérêt, pour se reconstruire une image d’honorabilité, à se démarquer des mensonges grossiers et vains de ses thuriféraires officiels. Ces derniers ne s’offusquent pas à s'accorder avec les coryphées de la Kanambie pour jouer du théâtre à grand spectacle que l’on nommerait volontiers mélodrame du pouvoir. Désormais auréolé du statut de chef d’Etat, jusqu’où Fatshi va-t-il néanmoins laisser son image se ternir ? Car, organisées ou pas, des fuites exceptionnelles des documents de la CNI elle-même sont parallèlement venus éclairer d’un jour nouveau et surenchérir la controverse sur la grotesque mascarade électorale congolaise 2018.

En effet, analysées par des journalistes et des experts de solide réputation internationale, les fuites de la CNI confirment également, à l’instar de la CENCO, que le véritable vainqueur, du scrutin congolais du 30 décembre 2018, n’est pas celui qui, à l’image de son prédécesseur, trône par défi à la tête du grand Congo. Parmi ces institutions de renom, qui se sont penchées de manière rigoureuse sur le dossier électorale congolais, le très respecté Financial Times de Londres, la Radio France Internationale (RFI) et la chaîne francophone internationale TV5 MONDE de Paris, en collaboration avec le Groupe d’Etudes sur le Congo (GEC) attaché à l’Université de New York. A moins de s'en foutre, comme le Raïs en avait fait le style de gouvernance et de cohabitation, ne s’agit-il pas là d’un large pan du socle du monde scientifique de référence de notre temps ; dont on ne peut pas allègrement se moquer sans s’exposer à des suites imprévisibles. D’ailleurs, la déchéance finalement du Raïs en est une confirmation et éloquente illustration. Il y a donc dans notre société, bien qu’ultra matérialiste d’aujourd’hui, ceux qui se battent encore pour les valeurs et principes démocratiques. Il serait naïf de minimiser leur détermination !

Décriée et méprisée, comme la mouvance présidentielle sortante, la coalition UDPS-FCC risque, in fine, un cinglant rejet populaire !

En effet, la plate-forme Cap pour le Changement (CACH) s’étant constituée par reniement de ses engagements antérieurs et ayant invoqué le dynamisme - entendons l’inconstance ou la versatilité - de la politique pour justifier ses rétractations, l’argument de longévité dans la lutte politique de l’opposition, brandi par l’UDPS comme gage de crédibilité pour atténuer son allégeance à la kleptocratie régnante, semble assez paradoxal et faible pour inspirer confiance et convaincre. Le doute est d’autant plus immense que la crédibilité de l’UDPS a été entamée depuis des années par des soupçons de marchandages ténébreux récurrents ayant accessoirement débouché assez régulièrement sur des schismes au sein du parti pour alimenter les mouvances présidentielles successives d’autrefois qu’elle était présumée combattre. Malgré la tragédie de la comédie, l’ampleur inouïe des fraudes et le discrédit total sur le scrutin de 2018, le processus a néanmoins livré un message indiscutable et fort : le rejet total et rude du régime prévaricateur sortant.

Or, au moment où l’exigeant Paul Kagamé, à la tête d’une délégation de l’Union Africaine (UA), dite de haut niveau, s’apprêtait à descendre sur Kinshasa en ébullition post-électorale pour tout chambouler, l’Accord secret de Kigali a été précipitamment négocié. En échange de laisser la Cour constitutionnelle couvrir les grossières irrégularités, affectant de fond en comble le processus électoral, non seulement cet accord autorise la réintégration des intrépides rwandophones du M23 au sein des ordres militaires officiels congolais, cède des concessions minières juteuses aux Occidentaux, à des Sud-africains et aux Chinois, mais agrée surtout le partage du nouveau pouvoir avec les répugnants pions et collabos du terrible Führer de la Région des Grands-Lacs, Paul Kagame, tels que Mende, Boshab, Thambwe Mwamba, Kalev Mutond etc. Il s’agit là de reconduire les acteurs les plus contestés, les plus détestés et les plus affreux du régime déchu. Comment, entouré de ces figures aussi encombrantes, Fatshi va-t-il convaincre de sa volonté d’apporter la rupture et d’amorcer le changement recherché ? In fine, la répulsion, l’aversion envers la coalition UDPS-FCC risque même de s’avérer plus massive et plus ferme encore ; surtout si des améliorations sociales significatives espérées tardent à se concrétiser.

Fin astucieux, Vital Kamerhéon peut-il faire imploser le FCC ?

Malgré la surprenante déferlante, dont elle a été dotée aux législatives, la Kanambie est exposée à des spéculations diverses, qui ne cessent de pousser à des combinaisons astucieuses à mesure que les grandes échéances de désignation des animateurs des institutions publiques approchent. Machiavélique patenté et versatile avéré, Antoine Gabriel Kyungu wa Kumwanza, président de l'Union des Nationalistes Fédéralistes du Congo (UNAFEC), en donne déjà une belle illustration par ses agitations, ses rétractations et ses désertions. La hantise d’éclatement des équilibres antérieurs et l’attraction de la vitalité de la mouvance autour de la fonction présidentielle sont de nature à favoriser une redistribution des cartes selon une formule que certains appellent dynamisme et synergies politiques. On entend par là moins la révision des anciens pactes qui, en général exige plus d'adresse que d'ingéniosité, mais, surtout, l’émergence des nouvelles complicités se construisant souvent par manipulation, machiavélisme et escroqueries de diverses natures dont les confirmations ne s’aperçoivent que généralement plus tard et peuvent entraîner des ravages irréversibles dans les relations sociales.

Toutefois, Fatshi n’est pas seul au front pour empoigner ces délicates manœuvres. Il peut même compter sur les vertus d’un véritable maestro bien rodé en la matière et parfaitement à la hauteur des enjeux. Ingénieux architecte politique, s’il n’est pas déjà un pion mobilisé pour démolir et achever l’UDPS, Vital Kamerhéon est indubitablement en mesure de faire imploser le FCC pour construire une nouvelle majorité autour de Fatshi. Il éviterait ainsi la cohabitation et apporterait le renfort idoine pour soutenir de manière plus harmonieuse l’action présidentielle.

Fayulu est en droit de contester ; mais, avec le temps, il est impérieux qu’il se ravise à mieux faire !

Après avoir surfé sur la crise de légitimité de son prédécesseur pour construire son auréole et ascension politiques, c’est néanmoins dans des conditions sulfureuses que Fatshi a négocié sa co-optation. Il donne l’impression de n’assurer que l’intérim. Au vu de l’ampleur de sa victoire et compte tenu de l’intensité et de la durée des tapages médiatiques dont le dossier va jouir, le véritable gagnant de la présidentielle congolaise de 2018, Mafa, est donc en droit de protester et revendiquer ce qui lui revient au prix d’une haute lutte. Il peut alors user de multiples canaux et dispose de divers outils pour faire aboutir ses protestations et doléances. La mobilisation du peuple par des expressions publiques est le moyen le plus direct et le plus efficace ; car, une victoire électorale est aussi un succès pour le peuple qui s’est mobilisé pour le candidat en qui il s’est reconnu. Toutefois, les manifestations populaires ont ceci d’inconvénient qu’elles sont souvent rapidement harassantes et lassantes. Tirer trop longtemps sur ce vecteur peut s’avérer contreproductif. C’est pourquoi, il faut l’alterner avec d’autres recettes. Les déclarations médiatiques et la voie judiciaire, le lobbying et les pressions aussi bien politiques que diplomatiques, par exemples, en sont des compléments gratifiants.

Connaissant l’irréversibilité des processus politiques dans les conditions culturelles nationales actuelles, tenant compte de l’état de dénuement dans lequel le peuple congolais est plongé depuis des lustres et, prenant en considération les urgences sociales, qui s’imposent avec extrême acuité ainsi que de la longue période qu’a duré le processus électoral lui-même, il serait plus judicieux, voire impérieux, de donner à présent du répit aux militants acquis à la cause du Soldat du peuple pour qu’ils se réorganisent à affronter les autres réalités de survie. Le problème de légitimité n’ayant pas été résolu par le suffrage, il reste entier et avec plus de gravité encore à cause de l’ampleur des fraudes électorales et de leur médiatisation incompressible. Mais, par expérience et par empirisme, on peut affirmer que beaucoup de citoyens ont bien entériné le fait accompli et se projettent déjà vers les prochaines échéances électorales. Le Soldat du peuple serait donc bien avisé de s’illustrer par le pragmatisme, reprendre de la hauteur dans le débat politique, exploiter les voies judiciaires multiples, que lui offrent les instances internationales, et renforcer son aura populaire par une gestion courageuse de son amère déception et de sa frustration déstabilisante. Dans un malheur où il n’y a pas de solution ; il n’en faut point chercher !

« La mort, martelait François de Malherbe,

A des rigueurs à nulle autre pareilles :
On a beau la prier,

La cruelle qu'elle est,

Se bouche les oreilles,

Et nous laisse crier. »

Epée de Damoclès pendante sur le pays et au-dessus de tous les patriotes congolais : la révision constitutionnelle de toutes les dangereuses dérives à redouter !

Après l’affligeante fuite du Maréchal Mobutu, le fait de ne plus voir un instant le Raïs des uns donner des cauchemars traumatisants aux autres peut déjà rassurer que le peuple congolais ne s’habituera jamais à la dictature. Mais pour espérer résister et déjouer d’autres tyrannies en perspective, il faut être attentif et entretenir les réflexes de vigilance. Pour cela, la Société civile congolaise devrait s’appliquer à l’autocritique sur la manière dont elle s’est comportée pendant ce processus électoral. N’a-t-elle pas aveuglement fait confiance aux acteurs politiques de l’opposition dont, la plupart ne l’auraient sûrement pas méritée ? La cacophonie qui, subitement, a précédé la campagne électorale officielle ainsi que le conflit et l’émiettement en cours de cette opposition en appellent à moins de complaisance et, réciproquement, à plus de circonspection à l’avenir. Ainsi, si les besoins réels de survie peuvent dégrader momentanément la question de légitimité politique au bas des priorités de l’heure, force est de veiller à ce que certains tricheurs triomphalistes condescendants dévaluent cette préoccupation et poussent, par mépris, à la reléguer à un combat d’arrière-garde. Que l’on se rappelle que l’Accord de Genève a été l’épilogue d’un processus qui a mobilisé les énergies de tous les patriotes durant des décennies en vue d’une union de l’opposition et d’un front patriotique commun. On n’a pas vu venir son sabotage par des calculs égoïstes des uns et mêmes nos réactions postérieures n’ont été que très molles jusqu’à la surprise irréversible du chef : la funeste coalition UDPS-FCC.

Désormais, beaucoup estiment que la priorité consiste à remettre le pays en marche et lui reconnaissent une vitale urgence. Toutefois, comme toutes les unions, l’UDPS et le FCC ont conscience que leurs sorts respectifs sont désormais liés. Ils réussiront ensemble, ou ils courent le risque de partager conjointement l’amère expérience de l’échec de régner par défi. On imagine donc la Kanambie éviter le retour au souverain primaire pour prévenir une seconde humiliation électorale. La révision constitutionnelle s’apparente donc à une belle pirouette pour y échapper. Comment pouvons-nous y faire échec, si sa pléthorique majorité parlementaire opte d’y faire recours dans les circonstances actuelles de sa belle complicité objective avec l’UDPS ? L’une des meilleures méthodes pour, au moins le prévenir et décourager la démarche, consisterait à s’aligner sur la stratégie, FATSHI-METRE, que vient de lancer l’association la Lutte pour le Changement (LUCHA). On entend par là qu’il faut dès aujourd’hui se donner des critères pour évaluer, à séquences régulières, la gouvernance en cours. Si Fatshi réussit à répondre aux besoins prioritaires du peuple, il sera assuré de la reconduction de sa coalition et n’aura donc pas peur de se soumettre à la sanction censitaire et, corrélativement, il n’aura pas besoin de recourir à des acrobaties sulfureuses pour étouffer l’expression du souverain primaire.


Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa

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