Georges Alula s’est résolu à sortir lui-même RDC du gouffre, en a-t-il les atouts ?

Co-fondateur de la 1ère institution de la diaspora structurée, G. Alula peut nourrir de légitimes prétentions sur son leadership. A l’instar de Bilolo sous Mobutu de manière générale, il a ouvert la brèche de l’ambition présidentielle au sein de la diaspora. A-t-il lui-même le profil d’un présidentiable pour le grand Congo de Lumumba et les atouts de conquête de pouvoir politique dans ce pays ?

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CCE - Débat Présidentiables_(2) Politique intérieure du Congo © Kerwin Mayizo

Pionnier de la construction de la diaspora, Georges Alula désormais à la conquête de son leadership, voire plus encore !

Souvent cité et pressenti à de hauts postes de responsabilité en République à démocratiser du Congo (RDC), Georges Alula Makita est co-initiateur des premiers grands colloques fédérateurs des Congolais de l’étranger et co-fondateur de la première structure faîtière de la diaspora congolaise, la « Coordination de la Diaspora Congolaise », créée à Blankenberg (Belgique), à la suite du Symposium du même nom, du 31 octobre au 3 novembre 1996, sous sa présidence conjointe avec Monsieur l’Abbé Constantin Panu-Mbendele. Cette institution diasporique eut pour premier et unique président, le Professeur Elikia M’Bokolo. Les Actes du Symposium furent consignés et publiés, comme livre, sous l’éloquent intitulé de « La reconstruction du Congo démocratique - Esquisse d’un nouveau projet de société »i. Dans cette perspicace prospection en quête des voies et moyens pour sortir le Congo du grand gouffre, dans lequel l’avait plongé la longue dictature de Mobutu, pour le conduire vers le renouveau et le progrès, le natif de « Stanleyville » (Kisangani aujourd’hui) se contenta d’une attitude et d’un rôle effacés devant l’ampleur de la crème intellectuelle, militaire et politique venue des divers coins du monde pour exposer, débattre et proposer aux Congolais du nouveau, de l’inédit.

Le Symposium de Blankenberg n’est pas seulement l’inaugurateur de la vague, désormais bien vivace dans la communauté, de rassemblement et de structuration diasporiques aujourd’hui un peu partout en vogue ; il est également le précurseur de la conscience et de la mobilisation patriotiques, dorénavant généralisées auprès de toutes les filles et de tous les fils du Congo, en vue de relever le défi de la reconstruction multiforme du pays par l’originalité d’un nouveau projet de société. Estampillé pionnier d’un mouvement dégagiste a posteriori, et novateur, qui dure néanmoins depuis un peu plus de deux décennies, sans dénouement, ni résultats escomptés, Georges Alula semble s’être résolu à ne plus servir que de tremplin à d’autres, à prendre lui-même le taureau par les cornes. On n’est jamais mieux servi que par soi-même, affirme l’adage ! L’heure a-t-elle sonné pour ce grand patriote volontariste d’endosser à son tour ses responsabilités devant l’Histoire et de construire son envol politique ? Les lignes et pages, qui suivent, se veulent un dessein destiné à mettre en perspective volonté, projets, aptitudes, dispositions et parcours d’une ambition politique dévorante dans un contexte où le flair, la persévérance et la chance sont encore plus déterminants que n’importe quel autre atout de succès. Car, si fascinant et convaincant dans des manœuvres pour servir d'intermédiaire à l’ascension des autres, Alula le sera-t-il aussi dans l'action pour une grande cause commune et pour lui-même ? « Qui veut la gloire passionnément, finit par l'obtenir, ou du moins en approche de bien près. Mais il faut vouloir, et non pas une fois ; il faut vouloir à tous les instants »ii, martelait Marie-Jean Hérault de Séchelles dans une sorte d’apologie à l’ambition politique. Par un parcours des plus constamment passionnés, Georges Alula Makita illustre déjà à suffisance cette devise ; mais, est-il à même de le confirmer par une ascension probante à la tête du Congo ?

Militant et infatigable bâtisseur de l’union organisée de la diaspora !

C’est avec un volontarisme exemplaire et le zèle d’un patriotisme profond, exubérant, communicatif et contagieux que Georges Alula se révèle sur la scène des pionniers de la construction d’une diaspora institutionnalisée pour agir plus efficacement. Promptement, et cela va de soi, il se voit progressivement parmi les meneurs des résolutions en chantier. Il inspire enthousiasme et gagne la confiance de ses pairs pour prendre des responsabilités de plus en plus importantes dans les structures d’initiative et de pilotage, qui se mettent en place. Bien que parmi les plus jeunes du groupe, voire le plus jeune des personnes les plus en vue, il se pose en modèle dans les sacrifices. Il sollicite sa propre poche pour être de tous les grands rendez-vous. Il est notamment de la partie à tous les principaux rassemblements aussi bien en France, en Suisse, au Pays-Bas, en Allemagne qu’en Belgique, pour mettre en place les premiers organes embryonnaires d’une diaspora constituée. Infatigable bâtisseur de l’union de la diaspora, Alula s’est d’abord imparti la mission de médiateur entre des ambitions congolaises divergentes de ces débuts de lancement dans des hésitations et le tâtonnement. Voilà l’image, oh combien édifiante, que n’a cessé de nous renvoyer ce grand patriote tout au long des années « 90 » !

Pour paraphraser Benjamin Constant, l'ambition est compatible avec mille qualités généreuses, dont la probité, le courage, le désintéressement, l'indépendance ; mais, l'ambition égoïste ne saurait co-exister avec aucune de ces qualitésiii. Ambitieux, Georges Alula semble l’être devenu avec le temps ; bien plus par amour et par devoir, que par quête des avantages personnels. Corrélativement, nous ne saurions écarter du leadership de la diaspora et de la présidence de la République congolaise les plus ambitieux d’entre nous ; surtout s’ils le sont par patriotisme. Avec discernement, préoccupons-nous d’identifier et d’en écarter du moins les égoïstes et les avides de gloriole. Alula a-t-il ce profil de grand insatiable, qui ne se passionnerait que pour porter son petit nom jusqu'aux nues ? Non ! Parce que force est de déceler, à la lumière de son riche parcours ci-dessus, qu’il y a dans son engagement patriotique, ce courant impétueux du Nil tendant à fertiliser toute sa vallée par ses alluvions. Plus qu’une simple invitation à lui donner une chance, c’est un véritable vibrant appel à lui reconnaître le leadership de la diaspora, voire plus, qui me hante en ce moment.

Du devoir par amour à l’ambition par devoir !

Passer de l'amour de la patrie, du patriotisme désintéressé, à l'ambition de gouverner, voilà qui s’avère le parcours à idéaliser pour quiconque veut conquérir le leadership d’une diaspora avisée et désormais aux aguets, telle que la nôtre ! On y décèlera alors volontiers l’ambition de gouverner, certes ; mais une ambition par devoir de redresser un pays dans les profondeurs du gouffre le plus angoissant qui soit est un atout. Nous sommes-là bien loin d'une banale ambition individuelle ; réductible à une passion enfantine et passagère. La preuve en est donnée par l’ampleur de sa mobilisation et du travail accompli pour se mettre à la hauteur de son ambition, de la tâche qu’il s’est assignée. Relevons, entre autres, son brillant projet de société devenu la référence inspiratrice et incontournable pour quiconque veut aussi proposer une alternative aux Congolais. Des contacts à tous les niveaux dans le concert des nations et dans la géopolitique internationale. Présence substantielle et bienveillance constructive auprès de tous ceux qui se mobilisent pour sortir le Congo de l’impasse.

CCE - Débat Présidentiables_(1) Programmes des Candidats © Kerwin Mayizo

A l’instar de Bilolo, générateur des ambitions présidentielles légitimes !

Tout au long de l’interminable règne du Maréchal Mobutu Sese Seko, tout observateur avisé et attentif de la scène politique congolaise aurait relevé que les ambitions de pouvoir les plus élevées parmi les Zaïrois s’arrêtaient, et pour tout le monde, au poste de premier-ministre. Deux voix divergentes émergèrent de manière tranchante au cours de cette lugubre période : celle, en 1970, du tout premier Sociologue africain, le Professeur émérite Ferdinand Ngoma Ngambu, que les étudiants appelaient affectueusement « Papa Ngoma » ; ainsi que celle de l’Egyptologue Mubabinge Bilolo dans les années 1990. Le premier, pour avoir osé défier le Maréchal-président, il subira les sévices et les humiliations du dictateur jusqu’à sa mort. Le second, exilé en Allemagne et à l’abri des affres du régime, jouait plutôt et surtout à la candidature de témoignage pour démystifier le dictateur et susciter de vraies ambitions qu’à construire un véritable dessein de conquête de pouvoir. Jusqu’à l’invasion rwando-ougando-burundaise, quasiment personne n’a, en effet, osé vraiment emboîter le pas à Mubabinge Bilolo. On devine pourquoi…

Mais, en fait, les ambitions sont pareilles à l'eau, qu'on chauffe dans une marmite. Quand elle bout trop longtemps, elle déborde ; c'est l’éclosion. Ainsi, à la chute de Mobutu, comme la pression à l’ouverture d’une marmite à vapeur après la cuisson, des ambitions présidentielles explosèrent au Congo. Dans la diaspora, par contre, on se contentait de soutenir ou conseiller les acteurs de terrain. Il a fallu attendre 2003 pour voir, à l’instar de Bilolo sous Mobutu, une voix discordante pour afficher ouvertement les ambitions de prendre les devants de la scène et briguer ouvertement, depuis la dynamique diaspora congolaise, le droit de gouverner autrement le Congo. C’est Georges Alula qui ouvrit cette brèche ambitieuse. Depuis, la boîte de Pandore s’est ainsi carrément renversée ; il fourmille désormais dans cette diaspora congolaise, jadis trop humble, une multitude de diverses volontés aspirant à prendre la gouvernance du Congo. Tant que, comme l’affirme le politologue Bernard Maniniv, l'élection vise à désigner le « meilleur » pour gouverner, on ne saurait se plaindre de cette pléthore d’ambitions que la diaspora vient élargir par la volonté de redresser le pays. Mais reconnaître et réhabiliter Georges Alula dans le statut de précurseur, qui lui revient, c’est lui rendre son mérite et faire preuve d’honnêteté.

Inspirateur des programmes idoines à la reconstruction du Congo !

En proposant unprogramme d’industrialisation accélérée de tous les secteurs de la vie économique du Congo, Georges Alula donne une vision globale audacieuse du développement escompté du pays. En termes de financement, il chiffre son programme en centaines de milliards de dollars américains et explique, détails à l’appui, comment réunir ces fabuleuses sommes. La crédibilité de son projet de société auprès des partenaires classiques et potentiels du Congo a déclenché l’effet domino ; dans lequel plusieurs présidentiables, et pas les moindres, lors du scrutin présidentiel congolais de décembre 2018 se sont engouffrés. Parfois, ce sont des surenchères, vivement émulatives, qui ont séduit et convaincu davantage.Moïse Katumbi, par exemple, s’engagea à mobiliser cent (100) milliards de dollars sur les cinq ans. L’étalant sur 15 ans et le chiffrant à quelques 800 milliards de dollars américains, Noël Tshiani semble s’être abreuvé à la même source pour élaborer son « Plan Marshall pour sauver le Congo ». Aux grands maux, les grands remèdes, martèle inlassablement l’ex-fonctionnaire de la Banque mondiale depuis avril 2016.

Quand on sait que c’est autour de ce projet que s’articula le programme triomphant de la plate-forme Lamuka à la présidentielle de 2018, on doit admettre qu’Alula est l’inspirateur des programmes les plus idoines à la reconstruction du Congo ! Il est donc sur la bonne voie et gagne la confiance des pans de plus en plus larges dans et hors des frontières congolaises. Il mérite notre de la considération. L’écrivain, moraliste et aphoriste français Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues, martelait : « On ne méprise les grands desseins que lorsqu'on ne se sent pas capable des grands succès »v. Mais, pour le renouveau du grand Congo des rêves de Lumumba, ce sont bien de grandes victoires dont nous avons besoin. Il faut des ambitieux pour nous y conduire. Georges Alula a démontré qu’il peut en être un et en détient des aptitudes.

Forces et faiblesses d’une légitime ambition !

Au faîte d’un parcours scolaire complet et patriote combattant de première heure, nourrir des prétentions à la présidence de la RDC, pour un natif de la ville à maintes reprises martyre de la barbarie des convoitants et envahisseurs du Congo de Lumumba, n’est qu’une ambition légitime, dont il faut se donner et s'approprier les moyens. Georges Alula en prend-il le chemin ? Détenteur d'un programme de redressement du Congo, accueilli avec intérêt par les institutions aussi bien européennes qu’américaines et, également, au bénéfice d’alléchantes expériences de management dans de grandes multinationales, telles que Renault ou Alcatel, Alula peut en outre se prévaloir de pouvoir s’appuyer sur un parti politique d’assise nationale, Unité Nationale et Intégrité du Congo (UNIC), ainsi que sur ses aptitudes de leadership démontrées par son brillant parcours dans la structuration de la diaspora congolaise instituée. Toutefois, l’aspirant chef d’Etat devrait encore prouver de l’effectivité d’assise de son parti sur le territoire congolais et de son leadership sur la diaspora congolaise. L’ancrage de son action et de sa propagande sur les élections dans un pays sous-occupation ainsi que sur des soutiens extravertis connote une certaine méconnaissance de la situation politique réelle du pays et, implicitement donc, des erreurs d’approche pour y remédier. A lui de prouver le contraire !

Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa

Avis et considérations exprimés sous cette rubrique n’épousent pas nécessairement les positions officielles de la Convention des Congolais de l'Etranger (CCE) ; dont l’auteur ci-dessus n’est d’ailleurs plus membre.

 

i Œuvre collective, sous la direction de M. l’Abbé Constantin Panu-Mbendele et de Lwakale Mubengay Bafwa, Editions Société ouverte, Bruxelles, 2001, 306 pages.

ii Dans « Voyage à Montbard, Visite à Buffon », Réédition par François-Alphonse Aulard, Paris, Librairie des Bibliophiles, 1890 ; réédition chez Le Promeneur, collection « Le cabinet des lettrés », 2007.

iii B. Constant, Principes de politique,1815, p. 52.

iv Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif, Calmann-Lévy, 1re éd. 1995, p. 190

v Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues, dans Œuvres complètes de Vauvenargues, Volume 1, page 15, citation 88, Paris, Archives Karéline, 2008, 342 pages.

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