Fayulu va-t-il emboîter le pas de l’inconstance à Kamerhéon ?

Le plus troublant est sans doute l'aisance avec laquelle celui, en qui le peuple repérait un rigoureux compétiteur, a précipitamment rejoint la position des dissidents de l’Accord de Genève, qu’il a jadis décriée. Qu’est-ce qui a pu influencer une telle transmutation ? S’agissant d’un point autrefois fondamental de dissension, quelles perspectives laisse entrevoir cette rétractation ?

Fayulu va-t-il emboîter le pas de l’inconstance à Kamerhéon ?

Dans son émission, « Actualité expliquée », du samedi 8 décembre 2018, Fabien Kusuanika a laissé entendre que le candidat commun de l’opposition congolaise aurait modifié son discours face au pan du peuple congolais venu en nombre à Kisangani pour l’encourager dans la quête de l’alternance politique au sommet du Congo. A l’instar du spécialiste avéré de la versatilité, Vital Kamerhéon, Martin Fayulu tournerait ouvertement le dos à l’exigence capitale - « aller aux élections sans la machine à voler ! » - qui a fait son propre prestige personnel ainsi que la spécificité, la crédibilité et l’attractivité du combat mené par « Lamuka ». Le plus troublant est sans doute l'aisance avec laquelle celui, en qui le peuple repérait un rigoureux compétiteur, a précipitamment et allègrement rejoint la position des dissidents de l’Accord de Genève, qu’il a jadis sévèrement décriée. Qu’est-ce qui a pu influencer une telle transmutation ? S’agissant d’un point autrefois fondamental de dissension au sein de l’opposition, quelles perspectives laisse entrevoir cette rétractation ? Le triomphe phénoménal des heures inaugurales de campagne font-elles déjà perdre au camp « Lamuka » son discernement sur les enjeux du moment ? Quels dividendes M. Fayulu escompte-t-il et quels effets seraient inhérents à cet abrupt reniement ? Les lignes, qui suivent, se veulent un survol réactif sur les suites plausibles de cette capitulation.

en-capotable

Une abdication qui enlève au « Soldat du peuple » son lustre et hypothèque la suite de sa campagne !

Sa rigueur et sa constance dans le combat pour le changement, son intransigeance vis-à-vis des conditionnalités d’un processus électoral transparent, crédible et démocratique ainsi que sa propension au consensus dans l’intérêt patriotique avait fait émerger chez Martin Fayulu cette rare stature de l’homme de la situation dans plus de trois scenarii de l’avant et de l’après 23 décembre 2018. En effet, par la vitalité de sa campagne contre la « machine à voler » et en faveur du nettoyage du fichier électoral corrompu, il était déjà à même de provoquer, bien avant l’heure de vérité, que constitue l’échéance du 23 décembre 2018, le soulèvement populaire que la majorité de Congolais appellent de tous leurs vœux. Par la constance d’un discours constamment corsé sur les mêmes exigences, il était en train d’inoculer dans l’imaginaire collectif l’inflexibilité intraitable sur les conditions d’un scrutin crédible ; faisant d’emblée, le jour de l’élection, de la moindre présence de « machine à voler » dans le bureau de vote, un casus belli ou cause objective d’un farouche soulèvement populaire sur l’ensemble du territoire congolais. Et, enfin, exhibée avec abattage médiatique comme le seul moyen d’assurer à la Kabilie une issue crapuleusement favorable, la « machine à voler » garantit un soulèvement populaire indomptable si l’issue officielle du processus débouchait sur des résultats non conformes aux réalités et attentes du moment ou à la vérité des urnes.

Une abdication qui implique un rabattage des stratégies

dansant

Par son intransigeance inflexible sur le rejet de la « machine à voler », le « Soldat du peuple » et sa plate-forme « Lamuka » émergeaient comme les incontournables de toute réorganisation politique du Congo dans tous les cas de figure de l’après 23 décembre 2018. Car, de par leurs exigences en faveur d’un processus électoral crédible, ils avaient déjà mobilisé sous leur férule toutes les principales forces politiques qui comptent face aux enjeux du moment et dans des proportions à faire pâlir les plus flegmatiques de leurs adversaires. On avance notamment :

- qu’à plus de 90%, la société civile congolaise s’alignait sur les positions de « Lamuka » et considère le « Soldat du peuple » porteur du même projet politique du moment qu’elle-même : la Transition sans la Kabilie ;

- qu’à plus de 80%, la diaspora congolaise soutient et promeut les positions de « Lamuka » et considère le « Soldat du peuple » porteur du même projet politique du moment qu’elle-même : la Transition citoyenne ;

- qu’à plus de 60% déjà, le peuple congolais se reconnaît dans les positions de « Lamuka » et apprécie la détermination visible du « Soldat du peuple » à qui il réserve le piédestal, en guise de son légitime porte-étendard dans cette campagne.

Avec cette désertion inattendue, on aurait tort de ne pas s’inquiéter, de ne pas se préoccuper de l’évolution des opinions dans la masse, de réduire allègrement les autres candidats encore en lice aux simples lampions ou de se moquer de ceux qui, comme Gabriel Mokia, s’exerce déjà à passer les troupes en revue. Contrairement à ce qu’on entend ici et là, les élections ont été inventées pour aérer séquentiellement et régénérer alternativement la démocratie. Elles prennent donc la température du moment. C’est dans cette optique de l’implacable dynamique constamment en ébullition qu’il faut placer l’élection des inconnus d’hier tels que Donald Trump à la tête de la première puissance politique du monde ou d’Emmanuel Macron au sommet de la République française ou l’Etat, histoire de la Révolution française faisant foi, considéré comme fondateur de la République et de la démocratie modernes. Pour ne l’avoir pas compris à temps, ni suffisamment, Hillary Clinton, Alain Jupé ou encore Lionel Jospin firent, en leurs temps respectifs, amère expérience de la réalité démocratique. En Suisse, le parti fondateur de la Confédération actuelle, l’autrefois prestigieux et grand Parti Radical, a été progressivement laminé jusqu’à disparition totale le 1er janvier 2009. En France, le Rassemblement du Peuple Français (RPF), qui fit la pluie et le beau temps avec le célébrissime Général De Gaulle, n’existe plus que dans des archives de l’histoire. Qui donc se cristallise sur un poids politique imaginaire et s’invente des pirouettes pour ne mettre en exergue que le passé n’a rien compris à la démocratie.

Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa

 

 

 

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