9 tribunes pour explorer des pistes à emprunter pour briser le joug sous lequel le Congo ploie depuis des lustres, déconstruire le mythe du sauveur providentiel surgissant notamment de l’étranger, (Trump), renforcer la résilience collective interne et la souveraineté nationale…
3ème tribune, autonomie économique est une question profonde et majeure ; parce qu’elle touche au cœur des défis majeurs que la République Démocratique du Congo (RDC) se doit de relever. Loin d'un simple concept financier, c'est le socle même de la souveraineté réelle…
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Introduction
Depuis des décennies, la RDC fait face à d’innombrables défis : agression et invasion militaires, pillage systémique et externe de ses ressources, instabilité politique et dépendance économique, précarité généralisée, atteignant le seuil inédit de la dèche. Bien que l’un des pays sûrement les plus riches du monde, le Congo pointe désormais, paradoxalement, en tête des pays où l'extrême misère est la plus aiguë au monde. Face à un tel cruel constat, promouvoir l’autonomie économique du pays apparaît comme une stratégie fondamentale pour libérer le pays du joug qui l’entrave, lui redonner sa dignité et sa souveraineté, rétablir la respiration collective et renforcer la résilience du peuple. Concrètement :
- il faut briser la logique de dépendance ;
- il faut reconquérir le pouvoir politique réel ;
- il faut transformer les ressources du pays en prospérité locale ;
- il faut créer une classe moyenne forte, dynamique et conquérante ;
- il faut libérer, raffermir et mobiliser l’imaginaire créatif collectif…
Dès lors, promouvoir l’autonomie économique du Congo, ce n’est pas parler de chiffres ou évoquer superficiellement des états financiers de la nation. C’est, plutôt, inciter le peuple congolais à se prendre effectivement en charge, à reprendre son souffle, non pour succomber dans une stupeur incongrue ; mais pour méditer sur quoi entreprendre pour recouvrer sa dignité, sa souveraineté.
✨ Briser la logique de dépendance
Comme les autres ex-colonies, le Congo est pris dans un modèle d’extraversion ; où sa richesse profite d’abord à l’étranger. Tant que son économie repose sur :
- des exportations brutes ;
- des financements extérieurs ;
- des chaînes de valeur contrôlées ailleurs ;
le pays reste vulnérable, manipulable à souhait, à la merci des pressions extérieures, sous l’ingérence des puissances tutélaires et inapte à décider par lui-même de ses options stratégiques existentielles de sa politique économique. L’autonomie économique mettrait un terme salvateur à cette tutelle invisible.
💡 Reconquérir le pouvoir politique réel
Tout État dépendant économiquement des autres est un État politiquement fragile et exposé aux aléas. Pour être économiquement souverain, le pays doit :
- pouvoir négocier d’égal à égal avec ses partenaires ;
- pouvoir protéger ses intérêts, surtout les plus essentiels à sa survie ;
- pouvoir faire face (résister) aux pressions d’où qu’elles viennent ;
- pouvoir construire, par lui-même, des politiques publiques cohérentes…
Promouvoir la souveraineté économique du Congo est ainsi un appel vital à la réappropriation du destin économique de la nation. Cette stratégie suggère de réduire la dépendance vis-à-vis de l'extérieur pour des besoins vitaux (énergie, alimentation, santé, technologies), pour permettre au pays de gérer lui-même son essor, ses emplois et sa capacité à répondre aux crises (pandémies, conflits) sans subir les pressions étrangères. L’Etat reste ainsi en capacité de choisir, tout seul, ses modalités de participer au commerce mondial de manière stratégique. L’autonomie économique est donc une modalité fondamentale pour assurer la résilience collective, la sécurité des ravitaillements et l’impulsion nationale, en équilibrant l’ouverture à l’extérieur et l’isolation. La souveraineté politique sans souveraineté économique, c’est comme un chef d’Etat sans impérium…
💖 Transformer les ressources en prospérité locale
Le Congo est effectivement très riche et, malencontreusement, ses dirigeants véreux en profitent bien maladroitement ; car, aux dépens du pays lui-même dont ils hypothèquent gravement l’avenir, voire la survie. Le fait que le peuple patauge dans la misère expose le pays aux séditions. La prolifération constante des rébellions armées en est une illustration. Changer cette donne implique :
- industrialisation et son extension sur tout le territoire national ;
- transformation des produits naturels sur place ;
- montée en compétences et viser la compétition internationale ;
- performer en innovations et faire proliférer des emplois qualifiés ;
- ajouter de la valeur nouvelle aux biens et services grâce au processus de l’intervention entrepreneuriale ou la captation de la valeur ajoutée…
La différence entre vendre du cacao ou du chocolat est parlante à cet égard...
🌿 Créer une classe moyenne forte et conquérante
C’est toute la divergence si manifeste entre le Congo et le Rwanda : dépendant, l’un produit des élites fragiles et des masses précarisées ; alors que l’autre excelle bien et depuis des lustres en autonomie économique en générant à flot :
- des entrepreneurs audacieux et conquérants ;
- des ingénieurs dynamiques, continûment assoiffés et compétitifs ;
- des artisans avides, inassouvis, innovateurs et inextinguibles ;
- des travailleurs qualifiés et inlassablement performants ;
- des citoyens remuants, audacieux, entreprenants, exigeants…
La classe moyenne est le moteur de la vigueur, de la stabilité et de la démocratie.
⚡ Libérer l’imaginaire créatif collectif
La dépendance économique fabrique un imaginaire de résignation et la laisse s’installer : On ne peut pas ! On n’a pas les moyens ! On doit attendre l’aide !
En revanche, l’autonomie économique ouvre un imaginaire de puissance, de conquête, de détermination : Nous pouvons ! Nous créons ! Nous décidons !
C’est une allure mentale révolutionnaire génitrice de révolution structurelle.
Pourquoi l’autonomie économique est un atout de libération ?
Parce que l’autonomie économique d’un pays est bien loin de n’être qu’un luxe. C’est l’une des conditions de sa survie, de sa dignité et de sa renaissance. Pour la RDC, c’est la voie pour transformer enfin la richesse du sol en richesse des vies :
- Rupture avec la dépendance extérieure : le Congo dispose d’immenses richesses naturelles (minerais, forêts, terres agricoles, énormes potentiels énergétiques). Cependant, jusqu’à ce jour, leur exploitation profite quasi exclusivement à des intérêts étrangers. L’autonomie économique vise à redonner aux Congolais la maîtrise de leurs ressources, réduisant ainsi la dépendance vis-à-vis des puissances extérieures et des multinationales ;
- Renforcement de la souveraineté nationale : une économie autonome permet au pays de décider de ses propres politiques de développement, sans subir les diktats des institutions financières internationales, des omnipotentes multinationales ou des puissants partenaires étrangers ;
- Amélioration des conditions de vie : gérer sa politique de développement permet de favoriser la transformation des matières premières sur place ; donc, la création d’emplois locaux et la gestion d’exploits. L’autonomie économique améliore ainsi le niveau de vie et lutte contre la pauvreté ;
- Construction de la résilience populaire : un peuple économiquement autonome est un peuple mieux préparé à affronter les crises, qu’elles soient politiques, sanitaires ou environnementales. Car, dynamique, il développe ses capacités d’adaptation et d’innovation face aux aléas…
Comment promouvoir concrètement l’autonomie économique au Congo ?
L'énergie et les nouvelles technologies sont parmi les principaux leviers qui transforment une « économie de survie » en une « économie de puissance, de conquête, d’expansion ». Pour le Congo, il faut d’abord convertir ses énormes potentialités en facteurs économiques effectifs. C’est cette mutation qui assure le passage d'une autonomie théorique à une souveraineté opérationnelle. Cette opérationnalité des virtualités énergétiques et nouvelles technologies est un catalyseur suffisamment puissant pour briser réellement les chaînes de la dépendance. Dès lors, les factuels de conquête d’autonomie réelle sont variés :
- Investir dans l’éducation et la formation professionnelle ;
- Former une main-d’œuvre qualifiée dans les secteurs clés (agriculture, industrie, technologies, infrastructures, recherche et développement) incite à valoriser les ressources locales et à initier des projets porteurs ;
- Encourager l’entrepreneuriat local et aiguillonner l’émulation sociale ;
- Favoriser la création de petites et moyennes entreprises congolaises, soutenir l’innovation et faciliter l’accès au financement sont décisifs pour dynamiser le tissu économique national et aviver l’émulation interne ;
- Développer les infrastructures c’est consolider le socle de l’envol ;
- Routes, énergie, télécommunications, accès à l’eau… Ces investissements permettent de connecter les régions, d’impulser le déplacement, d’attirer des capitaux et des investissements et de faciliter le commerce intérieur ;
- Valoriser les chaînes locales de transformation c’est booster les échanges ;
- Captation de valeur : plutôt que d’exporter les matières premières brutes, encourager leur transformation sur place (minerais, produits agricoles) afin de créer plus de valeur ajoutée et d’emplois pour la population ;
- Performer la gestion, renforcer la gouvernance par la transparence ;
- Déclarer une guerre totale à la corruption, en instaurant des mécanismes de contrôle et de reddition des comptes pour garantir que les richesses du pays profitent à tous et non à une minorité ou à des intérêts étrangers ;
- Mobiliser la diaspora et les partenaires stratégiques à la cause nationale ;
- Promouvoir les investissements stratégiques en impliquant les Congolais de l’étranger et nouer des partenariats égalitaires avec d’autres pays africains ou émergents peut accélérer ce processus d’autonomisation…
🙏
Conclusion
Briser le joug et les illusions du sauveur providentiel n’est pas une chimère, un slogan sans fondement ; la stratégie pour y parvenir peut s’opérer sous diverses facettes. L’autonomisation économique en est un levier en tant qu’une stratégie concrète de transformation sociale et politique. Elle permettrait notamment au Congo de reprendre en main son destin, de construire une société plus juste et plus résiliente. Sa magie consiste à investir dans l’humain national, à valoriser les ressources locales et à développer des structures économiques solides pour que le peuple congolais, s’appuyant sur lui-même, se libère durablement du joug qui le plie depuis trop longtemps et s’offre un avenir prospère et souverain.
Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa