Potentielle alliance Katumbi - Tshilombo augure-t-elle la dislocation de Lamuka ?

Y a-t-il une méthode pour évaluer la popularité des politiciens en lice au Congo ? Révolté par la teneur et l’ambiguïté du Communiqué des leaders auto-proclamés de Lamuka à l’issue de leur réunion d’évaluation post-électorale, un tweeter s’exclamait en des termes loquaces : LAMUKA est-il confronté à un problème de leadership ? Probablement, voire certainement, dans l'avenir. Car, actuellement...

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Katumbi & Fayulu, divergences politiques ou subtile stratégie commune d’assauts différenciés ?

Y a-t-il une méthode pour évaluer le niveau de popularité et de légitimité des acteurs politiques actuellement en lice au Congo de Lumumba ? Déçu et révolté par la teneur, le flou et l’ambiguïté du Communiqué de presse des leaders auto-proclamés de « Lamuka ! » à l’issue de leur première réunion d’évaluation post-électorale, à Bruxelles, un tweeter s’exclamait sur la toile en des termes un peu plus loquaces : « LAMUKA est-il confronté à un problème de leadership ? Probablement, voire certainement, dans l'avenir. Car, actuellement, l'émergence, la force et le rayonnement de LAMUKA coïncident avec l'irrésistible ascension et triomphe électoral du Commandant du Peuple. » Par un message captivant dans les forums des Congolais sur le web, José Yango W’Etshiko déclamait : « La vérité est têtue car elle n'a pas de date de péremption. Tôt ou tard, la vérité finit par rattraper et par confondre publiquement tous ceux qui voulaient, à un moment donné dans le passé, la travestir ou pire, l'enterrer ad vitam aeternam. Le Pétain Congolais et président nommé Félix Tshilombo Tshisekedi fait partie de ceux qui croient qu'à force de ressasser le mensonge à longueur de jours et des nuits, ils pourraient transformer - c'est selon - leur mensonge en vérité ou la vérité en mensonge. C'est cela la caractéristique principale et intrinsèque des talibans écervelés et effrontés ». Le très opportun passage du Président Elu à Kisangani vient illustrer toute l’ampleur, la teneur et la quintessence de ces pertinentes affirmations.

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BOYOKA POÈME YA UNE CONGOLAISE OYO ELELISI PDT MARTIN FAYULU N'ESENGO © PLUS CLAIRE TV

Dialogue politique et nouvelle transition ou vérité des urnes jusqu’au soulèvement populaire ?

Indéniablement, le moment est crucial, le Congo est bien à la croisée des chemins. Certes, on a usé et abusé de cette expression. Force est d’y refaire encore recours ; car, elle exprime le mieux la dure réalité du moment : sortir résolument de l’occupation et du génocide rwandais ou soutenir, à la manière Kyungu, les béquilles que Tshilombo a données au Tutsi-power pour asseoir - à l’instar d’Israël sur la Palestine - une colonisation durable. À l’exemple de la France sous Pétain, une frange de la population congolaise - malheureusement de plus en plus croissante - a franchi le Rubicon et choisi la mangeoire et la collaboration au détriment des sacrifices et stratégie commune de résistance gaulliste de résistance. L’apprêté du combat et l’imminence d’un nouveau cap irréversible imposent au dernier réduit des patriotes résistants démunis de rivaliser d’imagination pour trouver les artifices les plus à même de faire échec au dernier stade de la rouerie et de la perfidie rwandaises ; avant qu’il ne soit trop tard. C’est au sein de « Lamuka ! », en tant qu’état collectif d’esprit de résistance, du sommet à la base, que des réflexions, débouchant ici et là sur de subtiles et vives tractations, ont actuellement cours : dialogue politique et nouvelle transition ou vérité des urnes jusqu’au soulèvement populaire ? Les lignes et pages, qui suivent, ont l’ambition de tirer au clair ce qui, par-ci et par-là, se répète en convergeant avec forte assurance ou, parfois, en divergeant de manière plus vivace encore.

Le pari démesurément osé et démentiellement risqué de Katumbi Chapwe !

En langage diplomatique, il a reconnu TSHILOMBO, clairement, il veut travailler avec lui

A la conférence de presse, à l’issue de la réunion - dite de dernière - pour « Lamuka ! », le samedi 27 avril 2019, à Braine-l'Alleud - banlieue de Bruxelles - les six leaders de la toute jeune "plate-forme politique" n’avaient pas tous la même mine. Manifestement, signe d’âpres débats pour trouver des accords de circonstance, certains étaient plus tendus que d’autres. Est-ce sa position qui a été la principale pierre d'achoppement ? Toujours est-il que Moïse Katumbi – spécialement - semblait y avoir laissé sa voix. D’ailleurs, malgré l’unité de façade et mollement affichée, le communiqué de presse trahissait un certain malaise : trop concis dans sa formulation, trop flou dans ses résolutions, trop tiède dans ses ambitions ! Alors que le moment - si crucial - exigeait incontestablement l’inverse. Les questions pertinemment ciblées et incisives des journalistes levèrent un brin de voile sur les tribulations des négociations. Et, il a fallu attendre d’autres sorties médiatiques de l’ancien gouverneur du Katanga pour mieux saisir la portée de ses divergences plus que justifiées avec la dynamique de la « Vérité des urnes », d’une part et, d’autre part, avec le bel élan imprimé au réveil patriotique par Martin Fayulu Madidi (Mafa). En effet, avec une explicite et nette détermination, Katumbi semble décidé à privilégier la reconnaissance et l’allégeance à la nouvelle légalité issue des suffrages du 30 décembre 2018. Il compte aussi positionner Lamuka en une opposition, qu’il qualifie de républicaine, et invite déjà à préparer les élections futures. Comment un tel niveau d’antagonisme peut-il cohabiter ?

Fayulu toujours déterminé à exiger la vérité des urnes et à conduire le peuple congolais vers le vrai changement !

Président élu Fayulu incarne les valeurs morales, le patriotisme, la cohésion nationale et le changement démocratique © TOLO BELA CONGO OFFICIEL

Sans conteste, Mafa est l’incarnation séduisante et inédite du patriotisme depuis la disparition de Lumumba et porte-étendard des valeurs républicaines. Selon toute vraisemblance, la fin de la réunion de Braine-l'Alleud a dû être précipitée et la conférence de presse corrélative rognée pour permettre à Mafa de retrouver le combat de terrain. En effet, de cette conférence, il a été conduit à l'Aéroport de Bruxelles-Zaventem en vue d’un vol de nuit pour Kinshasa ; où il a été triomphalement accueilli. Ouvertement acclamé comme le Président élu, il a été escorté par une foule immense jusqu’à la place Sainte Thérèse de N’Djili - du jamais vu - pour un meeting ; qui a fait date ! Inspiré et incité par l’assistance, il a solennellement exigé la démission de l’usurpateur et, de partout et sous moult formes, le peuple congolais s’est appliqué à lui démontrer son adhésion et soutien à cette exigence. Avec autres formulations, il a relancé la même sommation à Kisangani en meeting et en conférence-débat avec les étudiants et intellectuels de la ville. Ici, plus qu’ailleurs et plus qu’avant, et le rejet des usurpateurs et la revendication de la « Vérité des urnes » se sont exprimés sans équivoque et de la manière la plus résolue qu’ils puissent prendre en pareilles circonstances. Dès lors, jusqu’où, celui que les Congolais appellent affectueusement Commandant du Peuple, peut-il logiquement aller avec ses légitimes exigences ? Qui pourrait encore le contrarier dans sa complicité désormais passionnelle avec un peuple, si bien mobilisé à ses côtés ? L’annonce du retour imminent de Katumbi et son projet d’un safari pour implanter un « Lamuka ! » de collabos, sonne comme l’approche d’un couperet de juge de paix pour trancher - une fois pour toute - de la question, pourtant limpide, de leadership et de légitimité.

Allons-nous vers la dislocation de « Lamuka ! » ?

Face aux affligeantes élucubrations, voire même carrément aux incriminations infondées que, de-ci et de-là, l’on a pu entendre, une prime mise au point s’impose. En effet, à l’instar du prestigieux Front Communi des Pères de l’Indépendance congolaise - le 22 janvier 1960 -, à Bruxelles, l’Accord du 11 novembre 2018, à Genève, en opérant l'unité des forces vives de l'Opposition, s’illustre incommensurablement comme une révolution inespérée, une avancée majeure, dans le macrocosme politique congolais ; la seule à même de faire échec aux desseins funestes des occupants tutsi et aux autres potentiels envahisseurs. Plus que quiconque d’autre, le peuple lui-même l’a assez compris et fait dorénavant de « Lamuka ! » son acquis. A l’image de Tshilombo, lors de la présidentielle du 30 décembre 2018, la sanction populaire ne peut être que sévère et irréversible. Susciter de nouveaux remous dans « Lamuka ! » est donc une gageure périlleuse ; susceptible d’emporter ses géniteurs dans les dédales de l’ostracisme populaire.

Au niveau du Præsidium, institué à la tête de « Lamuka ! », y a-t-il de réels antagonismes de positionnement politique vis-à-vis de la nouvelle architecture de pouvoir ingénieusement et machiavéliquement imposée aux Congolais ou, plutôt, y déploie-t-on une stratégie commune adroitement et délibérément poursuivie pour mieux assiéger les ignobles usurpateurs de la souveraineté congolaise en espérant les coincer dans leurs derniers retranchements ?

Dans un article récent, brillant et complet chez « Ba Sango ya Congo Kinshasa »ii, Patrick Mbeko estime, entre autres, que « Maniant l’art de l’esquive et le double langage sans convaincre, Moise Katumbi a fini tout de même par jeter le masque… en disant se conformer au verdict controversé de la Cour constitutionnelle de Joseph Kabila. Celle-là même qui n’a jamais cessé de se prononcer contre la volonté populaire, en cautionnant les fraudes électorales de 2006 et 2011 »iii. Le politologue et écrivain canadien d'origine congolaise va même plus dans ses idoines déductions en considérant « Lamuka ! » comme une structure fragile, vouée à une imminente disparition. Car, selon lui, cette « alliance de circonstance…, constituée par ceux qui …se mettent ensemble non pas par conviction, mais par calculs politiciens, délaissant les idéaux pour privilégier le court-termisme de la mangeoire afin de satisfaire leurs ambitions personnelles et leurs intérêts égoïstes, ne saurait survivre à la fourberie de certains de ses leaders »iv.

Jusqu’à certains points, nous sommes plusieurs à partager cette lumineuse, mais aussi pessimiste, analyse de Mbeko. Notre divergence résulte d’une vision délibérément optimiste de l’impulsion, jusqu’à ce jour constamment impétueuse, que l’ex Soldat devenu Commandant du Peuple, a su inoculer au réveil patriotique congolais. Encore, tout récemment à Kisangani, l’affluence et la liesse de la population, la ferveur et la détermination des étudiants et intellectuels boyomais, ont, à suffisance, démontré à quel point la quête du changement, de l’alternance politique au Congo, ne sont plus seulement inflexibles ; mais également indissociables du charisme de Mafa et de l’effervescence incompressible de « Lamuka ! ». Malgré sa puissance financière - qui ne saurait dépasser celle du Raïs lui-même - Katumbi ne saurait imposer une autre dynamique, encore moins avec des appels à de nouveaux torves deals, dans ce nouveau Congo désormais patriotiquement et passionnément rameuté. Pragmatique, comme il se décrit lui-même, rusé, expérimenté, avisé et finement conseillé par un bataillon d’experts politiques, on imagine mal l’ex-gouverneur du Katanga s’engager dans un combat perdu d’avance. C’est pourquoi, nous estimons que l’apparent antagonisme au Præsidium de « Lamuka ! » cache une stratégie commune adroitement et délibérément poursuivie pour mieux assiéger les ignobles usurpateurs de la souveraineté congolaise ; en espérant les coincer dans leurs derniers retranchements.

Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa

i A la Conférence de la Table-Ronde belgo-congolaise (20 janvier - 20 février 1960)

ii Site indépendant d'information sur le web, il est l'un des rares « tout en ligne » grand public non-payant du microcosme congolais de l'information.

iii « Moise Katumbi, l’avenir compromis de LAMUKA... mais aussi de CACH », in Ba Sango ya Congo Kinshasa, rubrique Politique, le jeudi 16 mai 2019.

iv Ibidem

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