Alternance politique au Congo : pourquoi 8 mois de théâtralisation des banalités ?

C’est le moment d’un lobbying congolais inédit en lieu et place des débats cloîtrés et stériles sur YouTube et sur Facebook, en s’appuyant sur des lettres d’interpellation, sur des mémorandums, sur des pétitions à large diffusion publique, sur des conférences-débats d’initiative congolaise, sur le forcing pour intervenir dans des conférences ciblées organisées par d’autres ainsi de suite...

Alternance politique au Congo : pourquoi 8 mois de théâtralisation des banalités ?

Le faste avec lequel les néo-promus se mettent en scène - célébration des mariages de Kamerhéon et de Tshilombo, funérailles du « papa » du « Président » - pour faire pâlir de jalousie quiconque envierait leur ascension, contraste bien nettement avec l’image que les marionnettistes tiennent, eux, à matérialiser et à renvoyer sur les véritables rapports actuels de pouvoir au Congo, en dépit des apparences. Ainsi, bien que le pays soit confronté à une multitude d’urgences vitales, ceux, qui en détiennent le pouvoir réel, ne s’offusquent pas à le faire sentir insolemment et au prix des renforts médiatiques incongrus, en imposant, au calendrier officiel et à un rythme bien équivoque, la théâtralisation, également rebutante, des trivialités telles que cérémonie officielle d’allégeance à l’« autorité morale » de la majorité parlementaire, la mise en scène de désignation du Premier-ministre, de remise des listes des ministrables au Premier-ministre, de signature de l’accord de gouvernement entre coalisés, de rencontres de courtoisie entre « autorités morales » des alliés et j'en passe et des plus hallucinantes encore… Ces aberrations prennent des tournures farouchement plus inquiétantes, lorsqu’elles sont systématiquement ponctuées des reconnaissances officielles et des remerciements solennels à l’« autorité morale » de la majorité parlementaire. Le message subliminal ainsi puissamment entretenu et émis ne souffre d’aucune ambiguïté : qui est le metteur en scène et son retour aux affaires n’est qu’une question de formalité. L’insécurité, la misère populaire, la détérioration des infrastructures ne sont que des épiphénomènes ; la paralysie gouvernementale semble sciemment emménagée à cette fin. Ce ne sont pas ceux, qui ne rêvent que de piller le Congo, qui s’en plaindront. Alors, patriotes congolais avertis, quels scenarii pour sortir la Mère-patrie de cette anarchie ?

RDC :Coordonateurs FCC et CACH ont remis ce 11/08 les listes de leurs candidats ministrables au PM S © CONGO NEWS 26 TV

Nous appuyant sur Jean-Pierre Chrétieni, nous affirmerons, avec plus de conviction et de force aujourd’hui, que l’empire Hima Tutsi est, peut-être, un leurre historique ; mais c’est une représentation idéologiquement située et politiquement active. Pour ceux qui ne prennent toujours pas très au sérieux cette ambition impérialiste délibérément raciste sur le Congo, rappelons que cette appétence expansionniste des Tutsi s’affirme, par vagues répétitives sur le pays, dès le lendemain de l’Indépendance congolaise (années 1960). Initialement, par des visées plutôt locales, focalisées sur le Nord-Kivuii. Sous l’impulsion de l’influence acquise par des émigrés tutsi dans l’entourage de Mobutu, la question ressurgit avec encore plus d’acuité et des prétentions au niveau national vers la fin des années 70 et au début des années 80iii. Nul besoin de ressasser davantage, ici, cet aspect ; du reste déjà brillamment et abondamment étayé ailleurs.

Toutefois, le rappeler pour souligner la gravité de ce qui est en voie de se dénouer affreusement sur la scène politique congolaise et qui a déjà fait couler beaucoup de sang, dont celui des lucides et vaillants résistants, s’imposait en guise d’alerte et d’appel à l’éveil patriotique. Car, après tout ce qui a été dit sur les Accords de Lemera, sur les turpitudes des Congolais stupidement embrigadés dans des alliances « patricides » telles que l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL), le RCD, le CNDP, le M23 ou passant par des allégeances personnelles à des ethnocidaires avérés tels que James Kabarebe, Hippolyte Kanambe Kazemberembe, Laurent Nkundabatware, Jules Mutebusi, Bosco Ntaganda, Sultani Makenga et j’en passe, qui aurait pu s’imaginer que le propre fils d’Etienne Tshisekedi et deux des plus vieux partis représentatifs du nationalisme congolais signent encore des serments d'allégeance avec l’envahisseur attitré ? Lorsque d’aucuns estiment que la dernière allégeance en date, celle du deal entre Tshilombo et Kanambe, est la plus dangereuse de toutes, parce que le Tutsi-power peut enfin s’appuyer sur les limites patentes de discernement de Tshilombo pour accélérer l’épilogue de leur dessein, que présagent donc le dénouement des mises en scènes en cours ? Répondre à cette question, ainsi qu’à ses appendices et connexes, est la gageure majeure que se proposent de relever les lignes et pages qui suivent.

Au pays d’énormes paradoxes !

A la suite des résultats électoraux fabriqués et contestés, c’est dans la dramaturgie que ce sont opérés les choix des animateurs des plus hautes institutions politiques du pays : l’Assemblée nationale, le Sénat, le Gouvernement ; avant l’homologation de ces choix incongrus par vote constitutionnellement prévu, mais drôlement relégué au rang de simple formalité. Et ce n’était ni le premier, ni le dernier, ni le moindre des paradoxes ! En effet, prévue en décembre 2016, l'élection présidentielle congolaise a été reportée à plusieurs reprises. Il a fallu les pressions conjuguées et incisives des chancelleries étrangères, celles un peu plus menaçantes des Etats-Unis notamment, pour finir par forcer la main discrétionnaire au maître de céans.

Ainsi, ce n’est donc que le 30 décembre 2018 que les Congolais ont pu se rendre aux urnes et pour un scrutin combiné : présidentiel, certes, mais également législatif et provincial. Ensuite, il a fallu attendre jusqu’au 10 janvier 2019, bien tard dans la nuit, pour connaître le nom du successeur au chef d’Etat sortant, Hippolyte Kanambe, alias Joseph Kabila (Le Raïs). Celui-ci était à la tête de la République à démocratiser du Congo depuis janvier 2001. Le folklore est depuis lors plus abracadabrantesque que jamais. Alors que des priorités vitales, nécessitant une gouvernance en bonne et due forme sont légion dans le pays, les Congolais ont dû attendre plus de quatre mois pour connaître le nom du Premier-ministre chargé de former le gouvernement. Au moment où nous couchons ces lignes, soit plus de huit mois après les élections, l’annonce de la nouvelle équipe gouvernementale fait encore objet des tractations et d’une procédure inédite, déconcertante. La préoccupation des détenteurs du pouvoir semble se focaliser sur l’image de la nature de ce pouvoir, qu’ils veulent donner à la population et à leurs rivaux. D’où, la multiplication des apparitions solennelles, l’orchestration et la théâtralisation des futilités, la mise en scène insolite des révérences indues aux acteurs censés opérer dans l'ombre. Anarchie organisée !

Au Congo, les générateurs de la mort surgissent de manière exponentielle !

Ailleurs, le terrorisme fait peur et il mobilise toutes les synergies pour le combattre avec l’extrême énergie. Au Congo, seule l'épidémie d'Ebola, après que l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en ait décrété l'état d'urgence mondiale, semble avoir provoqué un frémissement du même acabit. Et, concrètement, la bienveillante décision de l'OMS n'a eu aucun impact sur le terrain ; où l'heure reste plutôt au statu quo. C’est que la mort s’est incorporée au quotidien du Congolais à un degré si élevé et sous tellement des formes qu’il n’y a plus qu’un pas à sa banalisation. En effet, on y compte parmi les agents multiplicateurs de la mort, le virus Ebola, certes ; mais également le terrorisme, l’invasion impérialiste des voisins, les rébellions internes, le banditisme primaire, la répression policière, le mercenariat entretenu par des gratifications mirifiques, les hostilités inter-ethniques d’autant plus complexes qu’elles sont généralement instrumentalisées par les autorités elles-mêmes… Dans un tel imbroglio, comment deviner d’où peut venir le coup fatal ? On a plutôt l’impression de vivre avec la mort de manière permanente à ses trousses. Et pour tout un chacun, les facteurs générateurs de la mort semblent corrélativement surgir de manière exponentielle autour de soi. Dès lors, l’attente de l’action gouvernementale, pour sortir le pays de cette situation terrorisante depuis des lustres, est énorme. Loin d’être un lux, le changement politique s’impose donc urgemment. Mais l’anarchie est orchestrée et entretenue à des fins politiques évidentes : conserver le pouvoir et piller les ressources du pays.

Placebo et ventriote, Tshilombo peut-il néanmoins provoquer le changement ?

Placebo selon son brillant rival à la présidentielle du 30 décembre 2018, marionnette pour les médias internationaux, étiquette pour les chancelleries occidentales, collabo ventriote selon l’opposition radicale congolaise, le successeur présumé du Raïs se doit de convaincre qu’il incarne une réelle mutation, à laquelle le peuple congolais aspire de tous ses vœux par de véritables preuves ostentatoires. A ce jour, Tshilombo a bien été investi du statut de chef de l’Etat ; mais il n’en dispose pas d’attributs, ni de prérogatives et beaucoup moins encore d’impérium. N’est-ce pas affligeant de le voir confiné dans un gîte diffus en guise de logement de fonction ? Ses multiples déplacements, notamment ses voyages à l’étranger, occultent mal ses avilissantes humiliations quant au transport de fonction. Comment celui, qui n’est pas capable de faire respecter les dotations basiques de son propre statut, peut-il requérir des conquêtes majeures pour les autres ? En attendant, relevons que, à l'inverse des us et coutumes, le calendrier politique lui est imposé et que ses décisions, pourtant notoirement solennelles, font objet de blocage même par des ministres démissionnaires. Au-delà du précieux service, qu’il rendrait à la Nation, le minable placebo, maintenant qu’il a suffisamment assouvi ses irrésistibles appétits de ventriote, s’il peut enfin avoir un peu de considération pour lui-même, serait bien inspiré de démissionner. Il remettrait alors la crise politique congolaise dans le débat public international.

Perspectives insoupçonnées qu'ouvrent attitude et Plan de Fayulu !

A l’instar de Sancho Panzaiv, dont la préoccupation principale consiste à se remplir la panse, le ventriote et placebo inventé par Le Raïs est bien le stéréotype de l'antihéros du patriotisme ; dont raffolent les patriotes congolais en quête ardente de Libération. Véritable antithèse du Soldat du peuple, du Commandant du peuple ou du Président élu, Tshilombo met, par ses lacunes et par ses turpitudes à répétition, encore mieux en exergue les vertus de son étincelant vainqueur des urnes et le fait émerger comme l’idéal homme de la situation. Certes, on déplorera le revirement de la France et des autres chancelleries occidentales, qui ont fini par fermer les yeux sur le respect des valeurs humanitaires et sur les principes élémentaires de la démocratie en ratifiant l’épilogue saugrenu des résultats électoraux grossièrement fabriqués. Et, comment comprendre l’indifférence prolongée depuis des lustres par la communauté internationale face à l’ampleur des atrocités infligées au peuple congolais, dont la diaspora est l’une des plus nombreuses au monde ? Peut-être est-ce parce que celle-ci est trop amorphe ! Voilà qui se conjuguerait à la situation d’occupation, où les mandataires gouvernementaux étouffent les aspirations populaires, pour expliquer la marginalisation de la cause congolaise dans le concert des nations. La personnalité de Fayulu et son Plan de sortie de crise permettent désormais de surmonter ce handicap ; pourvu que la diaspora congolaise sorte enfin de sa torpeur.

En effet, en termes quantitatifs, que représente ce Tutsi-power pour dominer littéralement et sempiternellement les Congolais partout où se discutent les intérêts et problèmes du Congo ? Si les Congolais de l’étranger se ressaisissent, se mobilisent et s’organisent de manière appropriée, ils prendraient efficacement à partie les fourbes représentants du Tutsi-power pour battre en brèche leur lobbying mensonger sur divers aspects de leur situation au Congo. Responsables de l’anarchie, de la destruction du pays et du génocide à des échelles effroyables, il est plus que temps que le monde, l’opinion publique, chancelleries et organisations internationales découvrent enfin, sous leur vrai visage, ces tueurs froids ; et non celle, fallacieuse, que le pantin Tshilombo est chargé de leur fabriquer, au détriment des Congolais et des intérêts de la Nation congolaise. Dans cette mission, la diaspora congolaise peut s’appuyer sur les ingénieuses inspirations du Président élu : son appel à défendre la vérité des urnes et, corrélativement, son plan de sortie de crise.

Ce dernier préconise notamment la mise en place d’un Haut Conseil National des Réformes Institutionnelles à même de recréer les conditions crédibles à la tenue des élections incontestables. Partant, ce Conseil se pencherait alors préalablement sur la réforme de la Commission électorale, celle de la Cour constitutionnelle, de l’Armée nationale, des forces de sécurité etc… C’est donc là un support pertinent pour un lobbying congolais inédit. En lieu et place des débats cloîtrés et stériles sur YouTube et sur Facebook, un tel lobbying s’appuierait plutôt sur des lettres pour interpeller les institutions et personnalités influentes de la communauté internationale, sur des mémorandums dans la même veine, sur des pétitions à large diffusion publique, sur des conférences-débats d’initiative congolaise, sur le forcing pour intervenir dans des conférences ciblées organisées par d’autres ainsi de suite… Et, à la manière du Tutsi-power, le Génocide congolais serait un thème supplémentaire de ce lobbying ; d’autant que le 9 décembre prochain, à l’occasion de la Journée internationale de commémoration des victimes du crime de génocide, l’idée d’organiser un grand moment de réflexion et de méditation, pour rappeler et jeter un éclairage nouveau sur le génocide à huis clos, d’ampleur ahurissante et en continu en république à démocratiser du Congo, séduit.

Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa


i Jean-Pierre Chrétien, Note à l'intention de la Mission d'information sur le Rwanda de l'Assemblée nationale française, lundi le 17 août 1998 ; citée en l’altérant légèrement.

ii D’où le débat et les pressions pour redéfinir de manière précise la nationalité dans la Constitution de 1964.

iii A l’Assemblée nationale, les débats débouchent sur la Loi sur la Nationalité de 1981.

iv Naïf paysan, écuyer de Don Quichotte, dans « l’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche », le célébrissime roman de Miguel de Cervantes, 1605.

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