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🔥 Introduction
Les frémissements récents dans la coopération entre Washington et Kinshasa marquent un tournant que l'on pourrait qualifier de « pragmatisme musclé ». En effet, le 22 janvier, la visite d’AFRICOM aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) indique une nouvelle orientation et initie un changement de cap dans les relations militaires et sécuritaires entre la République démocratique du Congo (RDC) et les États-Unis de l’inopiné Trump. Les visites répétées de l’AFRICOM et le mémorandum de défense ostensiblement signé donnent à penser que Washington explore une présence militaire mieux structurée dans un espace longtemps dominé par d’autres influences régionales.
Et ce d’autant que ce rapprochement s’inscrit dans le contexte plus large d’accords bilatéraux et multilatéraux économiques et de paix publiquement signés à Washington, accompagnés d’un grand renfort médiatique délibérément orchestré par l’administration-Trump en quête de respectabilité, sinon de faire peur, au reste du monde entier. C’est dans cette optique que cette évolution soulève de nombreuses interrogations quant à ses motivations profondes, ses conséquences pour la région des Grands-Lacs et la place réelle du Rwanda dans le nouvel échiquier géostratégique régional. Lignes et pages suivantes proposent aussi bien une analyse contextuelle de ce rapprochement militaire et stratégique entre Kinshasa et Washington qu’une interprétation circonstanciée des enjeux et implications possibles du renforcement de ce rapprochement stratégique.
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🌷 Ce que révèle à première vue ce rapprochement stratégique
La visite d’AFRICOM au Congo et les discussions sur la formation et l’équipement des FARDC traduisent la volonté de Washington d’accompagner Kinshasa dans la modernisation de son appareil sécuritaire. Cette dynamique s’inscrit dans une logique de partenariat stratégique visant à renforcer les capacités de la RDC à faire face aux moult défis sécuritaires internes et régionaux, notamment la lutte contre les groupes armés dans le pays. Une évolution majeure qui ouvre divers et multiples angles d’interprétation et de changements géostratégiques régionaux :
- Un prolongement logique des accords économiques de Washington: les accords bilatéraux économiques signés à Washington ont créé un besoin et un terrain favorables à une coopération sécuritaire accrue entre le Congo et les États-Unis. Ces derniers cherchent dorénavant à sécuriser leurs énormes investissements en perspectives sur le territoire congolais et les chaînes d’approvisionnement stratégiques (infrastructures, minerais critiques). La sécurité devient donc un levier de garantie économique ;
- Sécurisation des intérêts économiques américains : ce rapprochement est ainsi indissociable des Accords économiques signés à Washington en décembre 2025. En renforçant l'équipement et la formation des FARDC, Washington vise à donner au Congo les moyens de sa défense, à stopper les guerres et à créer un climat serein et stable en faveur de la prospérité de ses futurs investissements, notamment dans le secteur des minerais critiques et les infrastructures connexes nécessaires à leur exploitation, stockage et leur transport. Le corridor de Lobito devient ainsi la priorité régionale ;
- Un cadre juridique d’alliance: signé à l’occasion de cette dernière visite de l'AFRICOM, le mémorandum d’entente sur la défense RDC–États-Unis fournit la base légale pour une montée en puissance de cette coopération ;
- Transition vers une autonomie sécuritaire : l'implication de l'AFRICOM suggère une volonté de professionnaliser l'armée congolaise pour qu'elle puisse, à terme, assurer seule la défense de son territoire, de son respect dans la région et de ses ressources. Ce qui revêt le passage d'une diplomatie d'influence à une coopération militaire opérationnelle plus rigoureuse ;
- Un changement d’échelle dans la coopération militaire: jusqu’ici, l’appui américain au Congo se limitait surtout à la formation, à l’équipement policier et à des projets d’infrastructures via l’ambassade. Les discussions actuelles évoquent une coopération plus étendue et agissante, incluant :
- renforcement des capacités des FARDC ;
- protection des infrastructures critiques ;
- soutien à la stabilisation de la situation sécuritaire globale…
- Changement d'options géostratégiques à Washington: certains relèvent un basculement de paradigme. Washington semble passer d'une politique de confinement des crises à une politique de stabilisation par le business :
- l'approche Peace through Prosperity : pour l'actuelle administration américaine sous Trump, la paix n'est plus une fin en soi, mais une condition nécessaire au contexte idéal à l'extraction des ressources ;
- le rôle de pivot de la RDC : pour le précieux apport économique qu’il représente, le Congo n'est plus perçu seulement comme un problème à gérer, mais promu au rang de trésor à protéger et devient, de ce fait, la clef de voûte du dispositif stratégique américain dans la région ;
- Une mise en difficulté corrélative du Rwanda et du mégalomane Kagame: tournure ardue pour Kigali ! Depuis le génocide de 1994, le Rwanda a été le partenaire sécuritaire régional privilégié des USA. Son statut change :
- Isolement diplomatique : les Accords de Washington de décembre 2025, présidés par Trump, ont clairement requis le retrait des forces étrangères et la fin du soutien aux groupes armés tel que le M23 ;
- Perte du monopole sécuritaire : si les FARDC montent en puissance grâce à l'AFRICOM, le Rwanda perd son argument principal : celui d'être la seule force capable de stabiliser (ou de déstabiliser) la zone ;
- Toutefois, la prudence reste de mise. Washington joue souvent sur les deux tableaux. Parallèlement à l'appui à Kinshasa, un autre accord de prospérité économique a aussi été signé avec le Rwanda. Kagame n'est pas encore hors-jeu; néanmoins, il doit composer avec la RDC dont la sécurité tend à être désormais activement parrainée par l'oncle Sam…
Toutefois, cette consolidation de la coopération militaire avec l’apport de l'AFRICOM sur le sol congolais est une lame à double tranchant : elle offre à Kinshasa les moyens de sa défense, mais lie étroitement sa sécurité aux intérêts économiques de Washington. Pour Paul Kagame, c'est un signal clair que la carte blanche sécuritaire, dont il a longtemps bénéficié, est donc en train de s'expirer.
🛡️Visées et implications géopolitiques dans la région des Grands Lacs
L’amélioration de la sécurité et de la défense sur le sol congolais répond à la fois à des intérêts économiques et à la nécessité de stabiliser une région riche en ressources naturelles convoitées sur le plan international où Washington, sous l’impulsion de l’exalté Trump, semble résolu à rattraper son retard sur la Chine. Les signaux convergent plus vers un rééquilibrage que vers un revirement total :
- Changement des options géostratégiques de Washington: les États-Unis semblent vouloir diversifier leurs leviers d’influence dans la région, longtemps marquée par un soutien occidental ambigu à l’Ouganda et au Rwanda. La RDC, par sa taille territoriale, ses ressources et son poids démographique devient, selon l’appréciation de Trump, un authentique partenaire stratégique incontournable. L’implication militaire plus étroite et plus directe de l’AFRICOM pourrait indiquer que Washington souhaite :
- stabiliser un espace clé pour les minerais stratégiques ;
- réduire l’instabilité chronique qui gênerait les intérêts américains ;
- limiter l’influence croissante d’autres puissances (Chine, surtout)…
- Approche intégrée « Sécurité-Développement» : à la manière de leur soutien au décollage économique des monarchies du Golfe, l’appui volontariste que les États-Unis de Trump réservent désormais à la RDC est généré par des raisons et motivé par des ambitions tant économiques que politiques :
- Sécurité d’approvisionnement en minerais et stabilité mondiale: l'objectif central est de garantir un approvisionnement régulier en terres rares à un coût optimal pour les industries américaines ;
- Endiguer l’expansion des puissances émergentes: la Chine, la Russie, la Turquie sont à la conquête de l’Afrique depuis une belle lurette. Elles contrôlent dorénavant de larges pans des économies subsahariennes ; notamment les minerais critiques dont dépend l’avenir industriel. La Nouvelle Guerre froide consiste à les contenir ;
- Recyclage du dollar américain: ressentant la menace financière déployée par des BRICS+ contre la monnaie américaine pour lui ôter son statut de valeur de refuge, Trump cherche à entretenir le statu quo en poussant ses alliés africains, le Congo en tête, à réinvestir leurs excédents de revenus (issus de la vente de leurs richesses) en dollars dans l'économie américaine, notamment via des bons du Trésor et des actifs financiers. Ce mécanisme permet de maintenir la demande mondiale pour le dollar et de financer ainsi les déficits américains ;
- Partenariat technologique et industriel comme débouchés lucratifs: les pays riches, à l’image des monarchies du Golfe, sont d’excellents débouchés pour le secteur privé des États-Unis. L’administration de Trump escompte de développer la même situation en Afrique noire et a opté de faire du Congo le modèle initiateur et leader de cette option.
- Transition vers un rôle de leadership régional : les observateurs avisés de la situation politique au Congo se souviennent que c'est Trump, lors de son premier mandat et avec l’appui stratégique de l'Ambassadeur des USA au Congo (2018-20229), Mike Hammer, alias « Vié Nzita », qui avait aidé avec brio Tshilombo à s’émanciper de l’emprise tutélaire de son prédécesseur et, jadis, parrain : alias Joseph Kabila. Aujourd’hui, même avec des acteurs directs différents, le commandeur restant le même et avec plus d’atouts que naguère, Trump ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Son implication de l'AFRICOM laisse entendre qu’il veut hisser le Congo au cœur du remodelage des Grans-Lacs, où dominent les intérêts personnels de ses adversaires politiques, ainsi qu’à la tête de sa campagne de reconquête de l’Afrique De là à revoir la RDC dans le rôle dont le Zaïre sous Mobutu s’acquitta autrefois, il n’y a qu’un que Trump tend à franchir…
- Un signal politique dans la région des Grands-Lacs: la consolidation de la présence américaine, à travers AFRICOM, en RDC, peut s’interpréter aussi comme un message adressé aux puissances régionales, qui tournent en vautours autour du Congo, surtout à l’Ouganda et au Rwanda. Leurs chefs d’Etat sont responsables de l’instabilité du Congo jusqu’à ce jour et des massacres des millions de personnes avec une cruauté inouïe. Ils pourront désormais voir leur marge de manœuvre réduite face à l’implication accrue de Washington aux côtés de Kinshasa. Ce qui rééquilibrerait les rapports de force avec un basculement géostratégique en faveur du Congo.
Ce partenariat traduit donc une volonté américaine de stabiliser durablement la RDC pour en faire un hub économique et sécuritaire central en Afrique subsaharienne, quitte à redéfinir ses équilibres traditionnels dans la région.
☣️Changement de posture géostratégique de Washington ?
Historiquement, de Mobutu à Museveni et Kagame, les États-Unis ont entretenu des relations pragmatiques avec les pays de la région des Grands-Lacs. Toutefois, l’ascension des enjeux sécuritaires et économiques, ainsi que l’âpreté croissante de la compétition internationale, notamment avec la Chine, poussent désormais Washington à revoir ses priorités. Ce rapprochement avec Kinshasa s’inscrit donc clairement dans une stratégie plus large visant à consolider l’influence américaine dans cette région des Grands-Lacs, tout en favorisant la stabilité et la sécurité, conditions sine qua non et adjuvant au grand essor économique qu’à l’instar des monarchies du Golfe, Washington cherche y instiguer diligemment.
Ce rapprochement militaire, sécuritaire et politique s’inscrit ainsi dans une large logique stratégique cohérente de protection et de promotion des intérêts économiques et sécuritaires des États-Unis. Washington semble donc résolu à opérer des ajustements majeurs dans sa politique et diplomatie actives dans la région des Grands Lacs, en tenant compte des réalités géopolitiques du moment :
- soutien à une montée en puissance de la RDC dans la diplomatie américaine ;
- réduction du rôle régional du Rwanda, sans provoquer une rupture brutale…
💥Conclusion
Le renforcement de la coopération militaire entre la RDC et les États-Unis, incarné par l’engagement d’AFRICOM, traduit une révolution notable de leur partenariat bilatéral. Car, au-delà des aspects techniques et opérationnels, cette dynamique revêt une dimension hautement politique et géostratégique, susceptible de modifier les équilibres régionaux et de redistribuer les cartes dans la région des Grands-Lacs. Si cette association, de plus en plus étroite avec la puissance américaine se confirme, elle constituerait, en effet, un défi pour le Rwanda et marquerait un tournant majeur dans la politique de Washington, non seulement dans la région des Grands-Lacs, mais dans toute l’Afrique centrale.
Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa
🌅 Perspectives à élucider :
- Sur le plan national : un appui potentiel à la réforme des FARDC et à la sécurisation du territoire congolais.
- Sur le plan économique : la création d’un environnement plus sûr pour les investissements étrangers.
- Sur le plan régional : un rééquilibrage des relations de pouvoir, notamment face au Rwanda.
- Sur le plan international : une affirmation de la présence américaine dans une région stratégique, face aux ambitions d’autres puissances.