Le Raïs Joseph Kabila Kabange gagne toujours !

Le voilà en passe de s’illustrer par une nouvelle manigance redonnant des béquilles au Raïs en déclin très avancé et lui permettant de surmonter la crise. Si ailleurs, comme le martelait de manière sentencielle Rossy Mukendi, le peuple gagne toujours, au Congo de Kamerhéon et de Félix Tshilombo, par médiocrité des acteurs en présence, c’est plutôt le Raïs Joseph Kabila Kabange qui gagne toujours

Le Raïs Joseph Kabila Kabange gagne toujours !

Entre les élections chahutées de 2011 et le Concordati de Nairobi, l’histoire politique de la République démocratique du Congo (RDC) est dominée par la quête d’un front patriotique à même de déloger du pouvoir un régime certifié d’occupation et reconnu comme génocidaire. Le processus électoral en cours et son corrélat - la recherche d’un candidat commun de l’opposition pour maximiser l’espoir de l’alternance - compulsent l’élan obligé vers l’union, la cohésion et le front patriotique auxquels le peuple congolais n’a cessé d’appeler de tous ses vœux. De manière exaltante, le Pacte de Genève est la résultante improbable d’une procédure séduisante de cohérence et de virtuosité. Aussi, beaucoup d’observateurs de la scène politique congolaise, ainsi que bon nombre de patriotes congolais eux-mêmes, s’accordent-ils à voir dans la scission et l’agonie de la coalition « Lamuka », réussie à Genève le 11 novembre 2018 sous l’habile égide de la Fondation Kofi Annan, la grande occasion manquée. Certes, occasion manquée, faut-il insister ; mais par la faute de qui ? En effet, du Pacte de Genève au Concordat de Nairobi, qui brise l’élan vers l’alternance au Congo ? En les recoupant, les déclarations et interprétations des énigmes, émaillant les coulisses des tractations de Genève, convergent à cristalliser le déclin de l’avancée de la Cité de Calvin sur la roublardise patentée des uns et la niaiserie avérée des autres. Les lignes, qui suivent, veulent démontrer aussi bien la teneur que l’ampleur de ce qui a torpillé cet acquis majeur conquis de haute lutte.

En quoi le Pacte de Genève a-t-il été une avancée et un atout majeurs ?

Du pacte et front patriotiques de Genève à la sournoise compromission de Nairobi, c’est l’alternance utile qui a été hypothéquée, voire définitivement compromise. En effet, avec toutes les institutions régaliennes du pays hors-mandat, entièrement rejetées et méprisées par le souverain primaire, les conditions sont réunies pour contester la Kabilie partout et à tous les niveaux. Le processus électoral en cours posant le décor des violences, voire de guerre civile en perspective, un front national commun, tel que celui esquissé à Genève, aurait émergé avec assez de légitimité pour parler au nom du peuple congolais à l’international. Il se serait appuyé sur le droit et la Charte onusienne pour exiger la protection du peuple de la merci des génocidaires dont il est otage. De même, une opposition unie aurait été potentiellement gagnante à ce scrutin à un tour. A présent, faute de plate-forme électorale commune, l’émiettement offre à la Kabilie, non seulement des raisons de prétendre à la victoire, mais également des arguments pour camoufler la tricherie en cas de besoin. Et, malheureusement, ces belles perspectives se sont brutalement estompées, voire pire encore.

« Lamuka » et perspective d’un soulèvement populaire

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Signe tangible d’une stratégie à moult faces et missions, la coalition « Lamuka » laissait entrevoir l’éventualité d’un soulèvement populaire massif, puissant et organisé en liant l’effectivité du vote à la légalité technique et à la crédibilité du scrutin en mobilisant et en ciblant notamment la machine à voler. Implacablement rejetée sur la défensive, la Kabilie devait alors choisir entre trouver un autre prétexte pour reporter les élections, dont les conditions techniques sont bien loin d’être réunies, ou s’entêter à brandir la machine à voler au risque de provoquer à coup sûr le soulèvement populaire ; qui a déjà fait couler tant d’encre et que d’aucuns appellent de tous leurs vœux. Face à un suffrage concocté pour assurer le statu quo, cette perspective d’un soulèvement spontané et généralisé est la pire hantise qui provoque des cauchemars et donne des insomnies aux stratèges de la Kabilie. Car, qui dit soulèvement populaire le jour même des élections, sous-entend une révolution d’échelle qu’aucune armée ne saurait stopper sans provoquer une onde incompressible de choc à travers le monde. On comprend dès lors aisément la détermination des kabilistes à casser l’élan de Genève. Ils ont alors mis le paquet pour un appât auquel il a été très difficile pour les cibles de résister.

Du faux au vrai complot

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Enrichi par des pressions collectives, l’abnégation des acteurs et les virtuosités des facilitateurs pour déboucher honorablement sur un exploit inespéré : voilà ce qui frappe dans l’épilogue de Genève ! Car, le passage des virtualités d’union au pacte effectif de coalition s’apparente plus à un processus, dont les principales bases ont été posées en amont, avec l’appui des divers médiateurs, pour rendre possible le dénouement opéré à Genève. Quelle force congolaise de changement n’a pas rêvé, voire milité, pour un front commun de l’opposition politique au Congo ? La synthèse réussie à Genève est d’autant plus une avancée majeure qu’elle a été attendue, suivie et commentée par les médias du monde entier. Le recoupage des rapports et commentaires filtrés des coulisses des négociations convergent à faire émerger le leadership de Félix Tshilombo Tshisekedi sur ces tractations et confirment que c’est également bien lui-même qui en a dicté aussi bien la trame que le tempo. Il est manifestement le premier à exprimer avec assurance, voire avec aussi un brin d’enthousiasme, sa satisfaction face au dénouement. Curieusement, c’est également lui-même le premier à faire volte-face, moins de 24 heures plus tard, en développant une thèse abracadabrantesque de complot.

Le malaise manifeste avec lequel Félix Tshilombo Tshisekedi annonce le reniement de sa signature et de son serment dans l’intervalle d’une dizaines d’heures à peine se conjugue aux concordances accompagnant la rétractation corolaire de Vital Kamerhéon pour démontrer à suffisance que le vrai complot est bien celui qui vient, dans la tradition bien assise et quasi congénitale congolaise, semer le schisme d’un pacte hautement fiable ; parce qu’il a été conclu à l’issue d’un processus solennel et dans une transparence renforcée par sa médiatisation planétaire. On se plaint du désintéressement croissant des Congolais de la vie politique ; comment s’en étonner lorsque les auteurs ostensibles des anti-valeurs, des magouilles, des parjures et des trahisons sont célébrés comme des héros par des liesses grossières des pans de foules complètement hystériques. Et l’absence d’intellectuels assez courageux pour s’en offusquer va, à coup sûr, accroître le dégoût pour la scène politique congolaise.

Leurres, stratagèmes et guêpiers du Concordat de Nairobi

Saluer la transparence caractérisant le processus, dont l’épilogue se dénoue dans la coalition réussie à Genève, c’est relever et mettre en exergue toute l’épaisse nébulosité qui enveloppe la naissance du Concordat de Nairobi. Virtuose de la manipulation et du machiavélisme, anticipant avec habileté les scenarii qu’il est parmi les privilégiés à prévoir, Kamerhéon ne pouvait, et cela va de soi, que viser son conciliabule avec Félix Tshilombo Tshisekedi dans l’opacité en misant d’arracher à ses naïfs interlocuteurs le maximum possible de concessions en sa faveur. Quiconque a une claire conscience du fonctionnement institutionnel d’un Etat et qui a lu le Concordat de Nairobi de manière attentive, se rendra compte de la supercherie et du marché de dupes que le perfide stratège a su imposer avec brio. S’attendre à autre chose c’est démontrer une méconnaissance des acteurs en présence. Toutefois, pour ceux qui ont une claire vision sur les enjeux politiques de l’heure, Kamerhéon n’a remporté qu’une bataille. La guerre continue et les véritables enjeux du moment sont ailleurs…

En effet, le Concordat de Nairobi n’inquiétera que dans la mesure où il y aura effectivement des élections et à la date actuellement fixée. Il permettrait alors à la kleptocratie régnante de trouver des prétextes pour s’arroger frauduleusement une nouvelle victoire électorale. Ceux des Congolais, qui espèrent changer leur état actuel d’esclavage par la voie démocratique et le processus électoral, se trompent lourdement de combat. La priorité du moment, consistant à sortir le Congo de l’emprise du sous-traitant rwandais, implique plutôt d’éviter à tout prix toute forme de suffrage qui, par fraude ou par méprise des Congolais eux-mêmes, remettrait en selle un régime échu. La fin de l’occupation et la libération du Congo invitent à saisir le contexte actuel d’illégitimité et de l’illégalité pour liquider la Kabilie. Aller à des élections supervisées par des militaires, dont on ignore aussi bien les identités que leur véritable mission auprès des bureaux de vote, c’est cautionner un coup d’Etat.

Il n’est jamais trop tard pour mieux faire !

Il y a parfois des métaphores qui coïncident de manière étrange avec les réalités auxquelles on les assimile. En politique, par exemple, le recours est souvent fait au caméléonisme pour invoquer le fait de changer d'opinion ou d’attitude au gré des circonstances ou de l'interlocuteur. Utilisant cette faculté à souhait, constamment avec doigté et souvent pour abuser de la confiance ou de la naïveté des autres, Vital Kamerhe a fini par se constituer une solide réputation caméléonesque. Depuis qu’il est apparu dans le système du pouvoir kabiliste, il n’a cessé, lorsque la survie ou l’essor de ce dernier l’exigeait, de lui amener l’apport nécessaire pour franchir des étapes. Parmi les illustrations les mieux connues, il y a sa langue de bois dans la campagne électorale de 2016, la division de l’opposition face à la présidentielle de 2011 ou encore la perturbation des stratégies de l’opposition au cours des différentes concertations nationales ; notamment lors du Dialogue inter-congolais de la Cité de l’Union Africaine, bouclé le 18 octobre 2016, à Kinshasa. Le voilà en passe de s’illustrer à nouveau par une nouvelle manigance de haut vol pour redonner des béquilles au « Raïs » en déclin très avancé et lui permettre de surmonter la crise. Si ailleurs, comme le martelait de manière sentencielle Rossy Mukendi, « le peuple gagne toujours », au Congo de Kamerhéon et de Félix Tshilombo, à cause de la médiocrité, de l’égoïsme, des trahisons, des insuffisances et de la complicité objective des acteurs en présence, c’est plutôt le « Raïs » Joseph Kabila Kabange qui gagne toujours !

Pourtant, si Kamerhéon a des raisons objectives et manifestes pour entretenir le statu quo ; tel ne saurait être le cas, loin s’en faut, de son coalisé, Félix Tshilombo Tshisekedi. Héritier d’une dynamique de succès et prétendant à un avenir de gloire politique dans un Congo souverain et démocratisé, Tshisekedi Junior doit se ressaisir et privilégier l’union du peuple congolais autour d’un seul front patriotique à même de canaliser les synergies pour la libération du Congo et vers la liquidation définitive de la Kabilie. Contrairement à ce qui se dit ici et là avec aveuglante passion, Félix Tshilombo Tshisekedi, à l’instar du chef réactionnaire d’une France humiliée par l’occupant allemand, le Maréchal Philippe Pétain de l’Eté 1940, a commis une grosse bourde en cassant le front patriotique issu de longue et haute lutte à un moment crucial de notre histoire commune. Il a tout intérêt à s’en repentir et reprendre le bon train. Autrement, c’est lui, comme Pétain pour la France et à l’opposé de Lumumba ou Rossy Mukendi, qui incarnera la honte que subit le Congo aujourd’hui.

Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa

iLe mot « concordat » est à prendre, ici, dans le sens juridique du terme ; sous-entendant une négociation en position de faiblesse et débouchant sur des concessions majeures.

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