Concomitante avec la chute de Mobutu, l’après-Mobutu révèle une société prise dans une toile d’influences où se croisent acteurs internes et puissances extérieures dans des rôles rigoureusement prédéfinis pour asseoir et entretenir un cruel joug funeste sur la patrie de Patrice-Emery Lumumba. Multinationales, ONG et pègre locale cooptée participent à une mise au pas systémique du pays ; qui rappelle les mécanismes de la Gleichschaltung dans l’Allemagne hitlérienne (1933-1934)[i] : uniformisation des récits, neutralisation des résistances, et captation des ressources.
Sous des apparences de pluralisme politique, les figures congolaises actuelles de proue, à l’instar d’Antoine Tshilombo, alias Joseph Kabila, Moïse Katumbi ou, autre Corneille Nangaa semblent jouer une partition préétablie, orchestrée par des parrains marionnettistes opérant depuis l’étranger : des puissances tutélaires anglo-saxonnes (Etats-Unis de Clinton et de Trump, Grande-Bretagne de Tony Blair), leurs sous-traitants régionaux (Rwanda de Kagame, Ouganda de Museveni) ainsi que de perverses multinationales et ONG leur servant d’adjuvants catalyseurs.
L’illusion d’une sortie de crise par l’intervention généreuse ou opportuniste de puissances étrangères, qu’elles soient américaines, britanniques ou européennes, ne fait que prolonger la dépendance et retarder la solution ; celle qui nécessite et passe par l’émergence d’une authentique élite congolaise à même, à l’image de Lumumba en son temps, de se mobiliser patriotiquement à la reconquête de la souveraineté réelle et durable du Congo, en cassant les chaînes d’assujettissement et le carcan du joug, en bloquant l’accès abusif aux ressources et le pillage mafieux.
🍂 Thèse d'un complot international pour piller les richesses du Congo
La République Démocratique du Congo (RDC) est sans doute le pays le plus "expertisé" au monde (Rapports de l’ONU, ceux des ONG, travaux académiques des universitaires, expertises des enquêteurs, reportages des journalistes de terrain...) et pourtant, le pays reste le théâtre le plus atroce de pires cruautés, le pillage de ses richesses se poursuit de plus bel, les guerres s’y intensifient de la manière la plus affreuse, la balkanisation s’installe et l’implosion totale ne semble plus qu’une question d’agendas... Quand on sait comment ce pays a conquis son indépendance, la vaillance exemplaire étalée par son peuple à l’époque, lorsqu’on évalue l’étendue de ses potentialités, force est de reconnaître que le paradoxe congolais est probablement, sous divers aspects, l’énigme la plus redoutable à résoudre. Dans ces conditions, l’afflux des thèses mettant en exergue la théorie d’un complot international scrupuleusement ourdi pour perpétuer un joug là où Lumumba s’est illustré et entretenir l’accès abject à ses scandaleuses ressources ne saurait être banalisée comme une simple vue d’esprit… Voilà pourquoi nous nous préoccupons de lui consacrer une réflexion fouillée.
❄️ Mécanique du joug institué sur le Congo
Un complot international d'asservissement orchestré par des puissances étrangères, avec l’affligeante complicité d'une coterie nationale des égoïstes véreux, voilà l’idée centrale de la thèse ! Cependant, pour se maintenir, se perfectionner aussi admirablement et se perpétuer au fil de si longues décennies, le système bénéficie d’une mécanique d’efficacité diabolique et de très haute fiabilité. Pour passer de la simple accusation à l'analyse géopolitique, l’identification des différents acteurs externes, régionaux et la pègre congolaise s’impose. Il s’avère aussi impérieux de fouiner les subtils liens qui les allient dans leur respective collaboration.
En attendant les tribunes annoncées pour développer les chaînes de complicité entre ces instigateurs du joug sur le Congo ainsi qu’aussi bien la teneur que l’ampleur de leurs interactions, rappelons surtout que ce joug est une véritable pieuvre tentaculaire, étendant son emprise sur divers aspects et ne semble prête à lâcher sa proie. Sa mécanique repose sur l’architecture d’une redoutable sainte trinité tutélaire comprenant : les mandants marionnettistes opérant à bonne distance, les multinationales agissant souvent directement en jouissant de l’appui des super puissances américaines et européennes, les sous-traitants régionaux assurant la déstructuration de l’Etat congolais, l’insécurité et l'instabilité pour permettre l’accès abusif aux ressources, les ONG et experts servant d’adjuvants catalyseurs pour distiller, à doses efficientes, l’anesthésie sociale paralysatrice de toute révolte et, in fine, la traîtresse et stipendiaire coterie congolaise porteuse de l’onction de la légalité au pillage.
🌸 Comment sortir de cette emprise tutélaire d’asservissement ?
Sans sursaut de conscience patriotique profondément et clairement discernée, sans auto-reconnaissance et affirmation d’une véritable élite authentiquement congolaise – bien éveillée, vivement perspicace, au clair avec ses leviers d’action, légitime dans son rôle, et capable de guider la communauté - le Congo restera à jamais prisonnier de cette sainte trinité tutélaire vouée à l’assujettir, l’exploiter, le balkaniser et l’imploser à terme.
Telle est la matrice d’une réflexion que nous nous proposons d’exposer en nous appuyant sur une série de six tribunes chronologiquement publiées. Chacune, de ces tribunes, viendra ainsi éclairer un pan de l’architecture invisible qui maintient le Congo sous tutelle. L’objectif n’est pas seulement de dénoncer ; mais aussi de tracer des voies qu’une élite consciente et auto-reconnaissante, à même de réinventer la souveraineté congolaise, pourrait emprunter pour briser ces chaînes d’assujettissement, abolir enfin ce joug.
📚 Série de tribunes annoncées
- Tribune 1 – Les racines historiques de l’asservissement De la sécession du Katanga à l’AFDL : comment les dépendances structurelles se sont installées.
- Tribune 2 – Les multinationales et ONG comme instruments de contrôle Entre bienfaisance affichée et anesthésie sociale : cartographie des acteurs et de leurs effets.
- Tribune 3 – Les élites cooptées et la fabrique de la soumission Clientélisme, prestige social et rente politique : anatomie d’une complicité.
- Tribune 4 – Les parrains régionaux et les mandants anglo-saxons Kagame, Museveni, Washington et Londres : une orchestration géopolitique.
- Tribune 5 – L’illusion des sauveurs étrangers Pourquoi l’attente d’un Trump ou d’un autre “messie” extérieur est une impasse.
- Tribune 6 – L’auto-reconnaissance des élites congolaises Définition, processus et responsabilités : vers une souveraineté incarnée.
Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa
[i]. La Gleichschaltung est le processus mis en œuvre par Adolf Hitler et le parti nazi de février 1933 à août 1934 pour imposer leur pouvoir total sur l'Allemagne et mettre la société au pas, afin de concrétiser le mythe de la « communauté populaire ».