Tirons de la marche-Lamuka du 24.04.2021 les enseignements, qui s’imposent

Avec le Commandant du Peuple, pas de « Sommeil de bébé » bis, plutôt une mobilisation constante, certes ; mais pour quels dividendes ? Il semble que, par ses initiatives inadaptées au contexte, Fayulu s’expose lui-même à une piteuse érosion de l’aura, du charisme et d’un leadership conquis de haute lutte et au prix d’énormes sacrifices ! Voici comment changer de cap et franchir des paliers…

Leçons à tirer de la marche-Lamuka du 24.04.2021 en solidarité avec les Congolais victimes du génocide ?

A deux reprises successives, Prince Epenge, Président du parti politique « Action pour la Démocratie et le Développement du Congo » (ADDCongo) et l’un de ces excellents et puissants communicateurs, dont la plate-forme LAMUKA peut s’enorgueillir, a été victime de brutalités et humiliations manifestement ciblées de la part de la soldatesque pseudo congolaise à la solde de l’Occupation au cours des manifestations publiques somme toute pacifiques et en faveur de l’amélioration des conditions générales de la vie nationale. A l’instar de ce qui est arrivé à Rossy Tshimanga Mukendii, il y a fort à parier qu’Epenge s’expose également au pire ; si, comme son alter ego, Me Nico Mayengele, il ne revient pas à la sagesse ; notamment en s’abstenant de participer encore en personne à ce genre d’expression de masse. Parce qu’il y est dorénavant visé et facilement exposé à la vendetta de ceux qui se sentent lésés par ses dénonciations et le combat politique où il s'illustre parmi les plus pugnaces et les plus acharnés. Le même risque est également encouru par leur primus inter pares, le Président élu Martin Fayulu. Si ce pire, redouté, leur arrivait, il créerait des vides déstabilisants et difficiles à combler ; spécialement en posant ipso facto le grand problème de l’émergence des nouveaux leaderships de la Résistance à l’Occupation auréolés de charisme et de pleine légitimité fédérateurs, qu’eux ont déjà si bien réussi à engranger. Parallèlement, les images des violences brutes, inouïes et cruelles, endurées par les manifestants ont déjà sensiblement découragé certaines velléités.

Face à ces risques majeurs et leurs inconvénients corrélatifs, la dissuasion et le découragement, les dividendes escomptés de ces manifestations publiques de protestation contre l’insécurité ou de solidarité avec les victimes, quotidiennes et massives du Génocide congolais, dans le contexte actuel, quelle qu’en soit la cause, semblent très discutables. En effet, au lendemain de la publication des résultats trafiqués des élections du 30 décembre 2018, chaque apparition publique du candidat plébiscité dans les urnes mobilisait des millions de personnes aussi bien dans les rues de toutes les villes de la République à démocratiser du Congo (RDC), où il se produisait, qu’à l’étranger. Massivement mobilisé, le peuple affichait ainsi son rejet du coup d’Etat électoral et apportait son soutien, très explicite et d’une ampleur fascinante, à celui qui incarnait alors, à ses yeux, aussi bien la légitimité que l’alternance vers la démocratie et l’authentique souveraineté nationale. A son comble au cours de cette phase de pleine effervescence en faveur du changement, la mobilisation populaire n’avait alors besoin que d’une petite étincelle pour mettre en péril le factice équilibre politique pour se muer en une puissante révolution populaire, dévastatrice et irréversible. Mais, personne ne sut saisir le contexte, s’engouffrer dans la fenêtre d’opportunités, que la Providence offrait, et profiter d’effet d’aubaine systémique. Aujourd’hui, au moment où les rangs des manifestants sont désormais considérablement clairsemés et la communauté nationale désagrégée en fractions antagonistes, qui se déchirent ouvertement et semblent au bord de la guerre civile, ces manifs spontanées deviennent clairement contre productives, voire dangereuses et hypothèques piégeant la « Résistance ». Parce qu’en cas d’affrontements intercommunautaires, c’est bien le système d’Occupation qui en sortirait plutôt renforcé.

Aussi, les lignes et pages, qui suivent, se veulent-elles aussi bien une volonté de s’opposer à la banalisation de ces manifestations, un souci de démontrer la dangerosité, l’inutilité et les inconvénients d’exposer le peuple, déjà amplement martyr, aux exactions des stipendiaires sans précaution préalable, ni soutien approprié, ni soubassement à même de l’accompagner en vue de dépasser le simple palier de témoignage symbolique au profit des perspectives et des conquêtes plus glorieuse grâce à des opérations plus efficaces, voire plus radicales et plus à même de mener la vie dure aux Occupants et à leurs mercenaires congolais avec, en filigrane, le dessein d’amorcer, enfin de manière réaliste et irréversible, le processus de Libération.

Avec le Commandant du Peuple, pas de « Sommeil de bébé » bis ; mais, plutôt, une mobilisation constante, certes ; pour quels dividendes alors ?

Signe tangible d’une popularité, d’une considération et d’un charisme toujours immenses et sans frontières, malgré la privation de l’impérium, la présence du Président élu Martin Fayulu à la marche de Lamuka du 24 avril 2021, en solidarité avec les victimes du Génocide congolais, toujours en cours, est une valeur ajoutée, si majeure, qu’elle a permis que l’événement et ses images fassent, parfois la Une des certains médias, mais au moins le tour des rédactions de la presse du monde. Et, ici et là, la vaillance, avec laquelle, il a affronté, mains nues, la brute et rude soldatesque au service des Occupants génocidaires lourdement armée a été élogieusement saluée. Mais, dans ce contexte de vives tensions intercommunautaires, fallait-il vraiment exposer le peuple à ces brutalités policières prévisibles ? La question vaut autant la peine d’être posée que les dividendes effectifs à tirer de cette prise maximale de risque sont flous, sinon dérisoires. Certes, par leurs réactions, observations, commentaires et, notamment, réponses aux questions des journalistes à la conférence de presse de l’après-manif, le Coordonnateur en exercice de Lamuka, le Premier-ministre honoraire Adolphe Muzito et le Président élu, organisateurs de l’événement, tiraient, chacun de son côté, un bilan positif, en dépit de la répression, de leur initiative en mettant en exergue et en perspective quelques conquêtes brandies comme avancées acquises :

  • la répercussion de l’événement sur l’ensemble du territoire congolais lui assure, à n’en point douter, son premier succès escompté ;

  • les réactions de satisfecit des Congolais des zones touchées par les massacres dénoncés prouvent qu’ils ont ressenti la solidarité nationale, de leurs frères ;

  • les cris de solidarité émis par les Congolais de partout démontrent que l’initiative a réveillé une prise de conscience généralisée de la gravité de la situation, qui ne devrait plus rester sans réaction appropriée ;

  • en réhabilitant le sujet, explicitement reformulé en termes éloquents de massacres et génocide, dans le débat national, la marche a permis de dénoncer l’abjecte trahison des brebis galeuses ainsi que de rouvrir les yeux au peuple congolais sur l’incompétence axiale des usurpateurs à gouverner le pays ;

  • la répression des manifestants a reconfirmé la complicité des stipendiaires et démontré qu’ils sont placés pour exterminer le peuple et balkaniser le pays ;

  • le peuple est désormais conscientisé ; il s’est prêt à soutenir d’autres actions et à prendre ses responsabilités en vue de la Libération effective. « Conscientiser un peuple, c’est comme chauffer l’océan ; cela prend du temps », a conclu Muzito !

Quant au Président élu, Martin Fayulu, il s’est d’abord appesanti sur la pertinence de cette sortie publique de Lamuka dans le contexte du moment, avant d’en dresser un bilan pareillement positif et de l’articule autour des points saillants suivants :

  • la manière forte, réussie, de mobiliser tout le peuple congolais sur l’étendue du complot ourdi contre lui et d’en ouvrir le débat à tous les milieux sociaux ;

  • la conscientisation également réussie sur les complicités internes contre lesquelles il faut organiser des ripostes appropriées et urgemment ;

  • le satisfecit d’avoir réussi à faire comprendre et ressentir, par les Congolais des zones touchées par les massacres dénoncés, la solidarité nationale ;

  • le satisfecit de voir le peuple congolais toujours mobilisé derrière son Commandant pour défendre ses droits et en quête de sa souveraineté…

Sur la forme, on le voit, ces leaders autoproclamés de Lamuka s'illustrent à merveille par leur exquise habileté à manier à la perfection l’art de l’autosatisfecit. Cependant, dans le contenu, ces exaltantes autosatisfactions s’apparentent mal à un sérieux, lucide et rigoureux exercice d’évaluation. Car, nombreux, parmi ceux qui ont été victimes des violences policières au cours de cette manif, ne répondront pas au prochain appel à battre le pavé. De même, alors qu’ils n’ont pas participé à la marche, ils sont également plusieurs à avoir été traumatisés par les images télévisées de la répression et hésiteront désormais à rejoindre les rangs des manifestants. D’ailleurs, c’est depuis un moment que beaucoup s’abstiennent ou hésitent à le faire ; à force de constater qu’il n’y a ni justice, ni réelle reconnaissance pour les victimes. Par ailleurs, les humiliations publiques, imposées aux leaders en vue, corrélées aux moqueries de leurs adversaires politiques sur les plateaux des télévisions, leur font perdre ce précieux prestige ; dont ils ont fort besoin pour séduire la population en vue de la mobiliser quand il le faut...

Néanmoins, une magique innovation : cette opportune ceinture de sécurité autour du leader maximo pendant la manifestation !

Peut-être que cela se faisait-il déjà ! Mais, personnellement, c’est lors de la manif du 24 avril 2021 que j’ai pu observer ce système de sécurité spécialement et efficacement orchestré autour du leader maximo de Lamuka. En quoi a-t-il consisté ? Plan d'actions coordonnées sciemment, préalablement et explicitement élaboré en vue de cette finalité ou non, ce qui m’est apparu comme une brillante stratégie de Résistance a résidé en une sorte de ceinture de sécurité, constituée par les autres leaders de Lamuka, autour du Président élu. Manifestement, le dessein, quels qu’en soient les risques, d’empêcher, sinon de dissuader, la soldatesque, prétendument congolaise, mais au service de l’Occupation de manière tragiquement affligeante, de brutaliser le Président élu émergeait comme une ferme résolution. Au demeurant, la détermination visible et contagieuse de Trésor King, de Serge Welo, de l'honorable Ados Ndombasi ainsi que d’autres ténors de Lamuka autour de Fayulu a été si incisive et si intimidante qu’elle a fermement contraint la soldatesque à la retenue, voire plus encore…

Vigoureusement ragaillardi par cette intrépide fermeté autour de lui, on a pu voire Martin Fayulu lui-même, encore plus téméraire que jamais, se laisser pousser les ailes jusqu’à aller arracher, avec la seule force de son puissant regard et de ses muscles, des manifestants paralysés par l’étreinte des mercenaires armés. Ces touchantes illustrations d’héroïsme, qu’on ne se lassera plus jamais de revoir, démontrent que si ces manifestations publiques de Lamuka étaient bien conçues et rigoureusement mitonnées en amont, elles permettraient au peuple congolais, non seulement de retourner la violence policière d’où elle vient, mais, plus encore, d’ouvrir les perspectives d’une révolution irréversible, que la Résistance congolaise appelle de tous ses vœux depuis des lustres, et déboucher sur la Libération définitive de la Nation.

Par la stratégie léonine de chasse, regroupement, vers des possibilités de retourner effectivement la violence d’où elle vient et d’envisager la Libération de la Patrie !

Ici et là, on évoque souvent le soulèvement populaire, comme la voie royale pour libérer le Congo, qui proie sous le joug des Occupants génocidaires, et on le présente assez fréquemment, certains avec forte conviction, comme le moyen le plus efficace de Libération. Cependant, pour que le soulèvement populaire soit un atout idoine pour atteindre ce légitime objectif majeur, il doit d’abord faire l’objet d’un rigoureux assaisonnement de complexes ingrédients en amont. Parmi ces ingrédients à intégrer et à mijoter dans une recette à haute valeur ajoutée, la stratégie léonine de chasse occupe la place la plus prépondérante. Grossièrement, celle-ci consisterait en quatre règles opérationnelles de base à appliquer à l’ensemble du groupe de manifestants :

  • 1° faire toujours un front uni face à la soldatesque, dépêchée sur les lieux, en restant bien regroupé à tout prix, jamais fuir précipitamment, jamais disloquer le groupe, ni se disperser de manière désordonnée et donner inopportunément l’occasion à la soldatesque de s’attaquer à des individus isolés et fragilisés ;

  • 2° par une attitude de collaboration, voire de feinte soumission à la soldatesque, rechercher d’abord la proximité la plus étroite avec celle-ci, non seulement pour l’empêcher d’user des gaz lacrymogènes, dont elle subirait également les effets, mais aussi dans une perspective d’une opération commando destinée à lui ravir les armes grâce à des éléments spécialement apprêtés à cet exercice ;

  • 3° jamais répondre brusquement et isolement aux provocations et violences de la soldatesque avant le signal déclencheur de l’action de l’opération commando ;

  • 4° dans le noyau dur restreint et névralgique de l’organisation, choisir de façon concertée un signal déclencheur de la neutralisation de la soldatesque.

A la lumière de ce qui précède, le soulèvement populaire, loin d’être une action spontanée, s’apparente davantage à une opération complexe qui, préalablement, non seulement se mijote minutieusement en groupe forcément circonscrit, mais qui doit également s’appuyer sur des acteurs spécifiquement préparés à des opérations commando destinées à neutraliser courageusement la soldatesque au moment le plus opportun possible ; notamment en la désarmant. C’est pourquoi, dans la perspective de la Libération, les principaux mouvements historiques de « Résistance » ont d’abord constitué et mis en place des « Comités de Résistance populaires » locaux ; au sein desquels se concevaient et se préparaient, dans la clandestinité, des opérations à même de provoquer et d’accompagner la révolution populaire.

Aussi, instruite et réconfortée par ces expériences historiques, qui ont réussi, la « Résistante » congolaise, qui n’a que trop vivoté dans le tâtonnement et dans l’atermoiement, devrait aujourd’hui s’en inspirer pour franchir pareillement de nouveaux caps en préparant, en apprêtant et en accompagnant enfin le peuple congolais à la révolution populaire. De la manière la plus basique, elle devrait commencer par créer des « Comités de Résistance populaires » locaux à travers l’ensemble du pays ainsi que dans la diaspora. C’est sous couvert de ces derniers que seraient érigés et apprêtés les incontournables sous-groupes de commandos. Toutefois, le terme « Résistance » s’étant galvaudé dans l’imaginaire congolais à cause de la longue atonie du mouvement et de l’absence criante de résultats tangibles de référence, l’heure semble avoir sonné pour changer de paradigme. Aussi, à dessein, des voix s’élèvent-elles pour préconiser désormais l’aphorisme « Comités populaires de Libération » en lieu et place de l’expression, aujourd’hui dévoyée, de « Résistance ».

BOSOLO NA POLITIK OFFICIELLE | MARCHE LAMUKA POUR LA PAIX A L'EST DU PAYS © BOSOLO NA POLITIK OFFICIELLE

Attention ! Ces initiatives inadaptées au contexte entraînent une piteuse érosion de l’aura et du charisme d’un leadership conquis au prix d’énormes sacrifices !

Depuis un bon moment, en effet, la représentation de la « Résistance » sur le terrain des opérations directes semble malencontreusement en panne conjoncturelle et persistante d’inspiration. En décrétant de manière spontanée la marche du 24 avril 2021, sans autre soubassement ou assaisonnement accompagnateur, à quels dividendes Lamuka et ses leaders s’attendaient-ils ? Peut-on se cantonner dans de mêmes recettes et s’attendre à des menus différents ? S’il y a aujourd’hui une évidence, la plus banale à observer sur la scène politique congolaise, c’est bien celle d’un pays croupissant tragiquement sous le joug de l’Occupation, qui proie cruellement son peuple, et subissant parallèlement, dans des proportions ahurissantes et toujours exponentiellement extensibles, la trahison de ses propres fils ; facilement et à vil prix stipendiés par l’Occupant, pourtant reconnu génocidaire du peuple congolais.

Comment, dans un contexte aussi souillé et épidémique, imaginer que le système peut s’auto-réformer ou s’amender par une impulsion interne ? Aussi, se focaliser sur les réformes institutionnelles et faire recours à des marches publiques de protestation, dans la perspective d’espérer changer le régime en l’améliorant, relèvent-ils donc tout simple de la plus affligeantes des utopies et ne peuvent que, tout le monde en convient volontiers, vidanger piteusement la crédibilité de ceux qui les préconisent.

Pourtant, affectueusement surnommé « Aigle », le Président élu Martin Fayulu, semble néanmoins complètement empêtré dans ces travers. En s’obstinant dans des initiatives, qui ne reflètent pas seulement la sécheresse d’inspiration intellectuelle et stratégique, mais traduisent également des choix politiques douteux, il s’expose surtout à vidanger lui-même la précieuse et très haute valeur ajoutée, qu’il représente politiquement, à éroder sa caution politique, son aura et son charisme conquis de haute lutte et au prix d’énormes sacrifices. A-t-il lui-même une claire conscience de ce que le peuple congolais serait contraint à entreprendre pour faire émerger un nouveau leadership à même de porter l’âpreté actuelle du combat de Libération ! Est-ce le signe d’un destin déjà tracé que ce pays doit disparaître inéluctablement et que ce peuple doit souffrir sempiternellement ? Car, chaque fois que les conditions sont réunies pour qu’il change de cap, il y a toujours des facteurs internes, qui se conjuguent malencontreusement pour imprimer de néfastes orientations. Etant donné qu’il n’est pas possible d’échapper à son destin ; il faut peut-être s’y faire et l’accepter avec fatalité !

Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa

i. Rossy Tshimanga Mukendi, abattu par la police lors de la manifestation pacifique de revendication de la démocratie et de l’alternance politique en République à démocratiser du Congo (RDC), à Kinshasa, le 25 février 2018.

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