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Lwakale Mubengay BAFWA

Historien et politologue, patriote progressiste et mondialiste originaire du Congo-Kinshasa ; Agrégé de l'enseignement secondaire supérieur, vit à Genève (Suisse)

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Billet de blog 30 novembre 2025

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Complot de joug sur Congo : Tribune n°1 Les racines historiques de l’asservissement

En opposant les Pères d’Indépendance, la Caisse noire de la décolonisation a d’abord neutralisé Lumumba, qu’Occidentaux considéraient comme obstacle à la poursuite de leur hégémonie sur le Congo, avant de créer le Groupe de Binza qui, autour de Mobutu (futur chef d’Etat), après l'assassinat de Lumumba, instaura l’oligarchie tyrannique qui a duré des décennies jusqu’à l’installation du joug tutsi

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

👉 Congo de Lumumba ploie depuis des lustres sous un cruel joug ourdi par un complot international : six tribunes qui posent le diagnostic, dévoilent les mécanismes d’asservissement, et esquissent les voies de sortie par l’auto-reconnaissance des élites.

🌍 Héritage d’une dépossession programmée

Le Congo n’a jamais eu à écrire son propre destin. Depuis la colonisation, chaque étape de son histoire a été marquée par une dépossession : des terres, des richesses, des voix, des rêves. L’indépendance de 1960, loin d’être une libération pleine et entière, fut une transition précipitée, piégée par des structures coloniales intactes et par des élites fragilisées, souvent cooptées et dont la majorité a facilement succombée à la corruption…

Mobutu, en consolidant son pouvoir, a certes donné l’illusion d’un rachat de souveraineté, mais il a plutôt institué la dépendance : dépendance aux bailleurs, aux multinationales, aux parrains étrangers. L’après-Mobutu n’a pas rompu cette logique ; il l’a même amplifiée. Les guerres, dites de libération, ont surtout ouvert la voie à une occupation tutsie, à la destruction de l’Etat et à une fragmentation du territoire, où chaque parcelle de richesse est devenue un enjeu de prédation partagée…

Illustration 1
Derrière le masque de la bienfaisance, l’asservissement avance ! © Lwakale Mubengay BAFWA

⚙️ Les mécanismes de l’asservissement

  • Les commettants anglo-saxons : l’administration Clinton (Etats-Unis) et le Royaume-Uni sous la houlette de Tony Blair sont à l’origine du joug sous lequel le Congo post-Mobutu ploie depuis 1997. Ils orchestrent une partition où les Congolais, qu’ils soient Tshisekedi, Kabila ou Nangaa sont des stipendiaires jouant des rôles prescrits.
  • Les multinationales : elles ont introduit des contrats iniques sous couvert desquels elles exploitent les richesses du Congo de manière abusive avec la complicité manifeste des gouvernants locaux. Ainsi, elles infligent une économie extravertie où le peuple reste spectateur.
  • Les mandataires régionaux : les génocidaires tutsis Kagame (Rwanda) et Museveni (Ouganda) sont les principaux sous-traitants régionaux au service du néo-impérialisme de Washington et Londres qui les instrumentent à distance pour instaurer l’insécurité et l’instabilité chroniques au Congo afin d’y faciliter l’accès abusif aux richesses. En échange, ces agresseurs jouissent d’une large et solide couverture tant politique que diplomatique au niveau international.
  • Les ONG et les experts internationaux : sous couvert d’humanisme, ils pullulent sur le territoire congolais avec mission occulte de distiller à dose homéopathique l’anesthésient sociale. Avec des aides diverses, des postes de travail et des substitutions à l’Etat failli, ils asphyxient la conscience citoyenne et patriotique, cassent les élans de révolte, détournent l’attention vers des frivolités et légitiment l’ingérence.
  • La coterie congolaise cooptée : elle est constituée de prévaricateurs et stipendiaires à la solde des occupants. Ils troquent alors la dignité et la souveraineté nationales contre des privilèges matériels, sociaux et financiers ; devenant ainsi les relais de la domination étrangère.

🔍 Une constante historique

Chaque génération congolaise a été confrontée à la même vile équation :

  • Une « caisse noire de la décolonisation », à la Table-ronde belgo-congolaise, un mémo confidentiel et des fonds  occultes, formalisés comme « caisse noire de la décolonisation », ont circulé et permis de pérenniser l'influence belge au Congo par achat de conscience, notamment en montant, par ses rivaux, la cabale contre Lumumba.
  • Mise en place d’une oligarchie de fait, en divisant et opposant les Pères de l’Indépendance, la Caisse noire de la décolonisation a d’abord contribué à contrecarrer l'influence soviétique perçue et neutraliser Lumumba, que Belges et Américains considéraient comme proche du Bloc de l'Est et obstacle à la poursuite de l’hégémonie occidentale… Elle a ensuite favorisé la mise en place du Groupe de Binza[i] qui, autour de Joseph-Désiré Mobutu (futur chef d’Etat) et après l'assassinat de Lumumba, a confisqué tous les leviers de pouvoir pour instaurer une oligarchie discrétionnaire et tyrannique qui a duré des décennies.
  • Le joug tutsi par procuration sur le Congo, selon Bill Clinton, l'avenir de l'Afrique reposait sur le développement d'un leadership fort, démocratique et responsable - new African leaders[ii] - avec lequel les États-Unis devraient collaborer sur la base du commerce plutôt que de l'aide traditionnelle (Trade, not Aid). C’est au nom de cette doctrine que l’Administration Clinton, avec l’appui de Tony Blair (Royaume-Uni) a soutenu l’agression du Zaïre/Congo par une coalition de ses voisins tutsis, Première Guerre du Congo, qui a institué l’Occupation tutsie dont les stipendiaires émergent en nouveaux oligarques.

La fin du régime actuel de Tshilombo semble emprunter une voie de rupture ; mais, parallèlement, Tshilombo a facilité l’apparition d’une troisième vague d’oligarques par le clientélisme, le népotisme et l’ethnicisation de l’État qui maintient le Congo dans un chaos institutionnel accentuant sa fragilité vis-à-vis de ses envahisseurs.

Cette répétition n’est pas un hasard, elle est voulue et entretenue par une architecture tutélaire invisible, une mécanique rigoureuse et bien rodée d’asservissement qui se perpétue parce qu’elle n’a jamais été brisée…

L’appel à la conscience et à l’auto-reconnaissance

Le Congo ne sortira pas de cette emprise tutélaire par léthargie ou par miracle, encore moins par l’intervention d’un providentiel sauveur étranger. La clé de sauvetage et la voie royale pour casser ce pilori résident dans l’auto-reconnaissance et sursaut patriotique des élites congolaises :

  • Prendre conscience de leurs forces et de leur mission ;
  • Refuser la validation extérieure comme condition de légitimité ;
  • Se former et se discipliner pour combattre et perpétuer la lutte ;
  • Mobiliser ses talents au service du peuple, non d’égoïstes privilèges…

Sans l’émergence rapide de cette élite consciente, le Congo restera otage d’une tutelle qui l’exploite et prépare son imminente implosion.

📢 Mobilisation

Congolais, où que tu sois, il est temps de sortir de la léthargie. C’est l’heure de réaliser que l’histoire ne se répète pas par fatalité, mais par complicité et par abandon. L’asservissement n’est pas une malédiction congolaise : c’est une mécanique que l’on peut briser. Mais, pour cela, il faut des femmes et des hommes qui osent se reconnaître comme élites pour, enfin, assumer leur rôle, s’engager à guider la communauté vers une souveraineté réelle.

Le Congo ne sera sauvé ni par Washington, ni par Kigali, ni par Bruxelles. Il sera sauvé par les Congolais eux-mêmes, lorsqu’ils auront décidé de s’assumer.

Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa

💥 L’histoire ne se répète pas par fatalité, mais par complicité ! #MémoireCongolaise #ColonisationEtRésistance #HistoireDuJoug #DépossessionStructurée #SouverainetéVolée 

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[i]. Le « Groupe de Binza » fait référence à un cercle influent de personnalités politiques et militaires congolaises qui ont joué un rôle clé dans les événements entourant la crise congolaise et la chute de Patrice Lumumba, le premier Premier ministre de la République démocratique du Congo, au début des années 1960.

Ce groupe s'est formé autour de Joseph-Désiré Mobutu (le futur président Mobutu Sese Seko) et comprenait d'autres figures importantes telles que Justin Marie Bomboko (ministre des Affaires étrangères), Albert Ndele (ministre des Finances) et Victor Nendaka (chef de la Sûreté nationale). Le nom du groupe vient de la commune de Binza à Kinshasa (alors Léopoldville), où se tenaient souvent leurs réunions.

[ii].  Bill Clinton a prêché et prôné l’émergence des « nouveaux dirigeants africains » (ou new African leaders en anglais) comme nécessité d’une nouvelle génération de dirigeants réformistes censés incarner la « Renaissance africaine » à la fin des années 1990. Il a notamment salué ces dirigeants lors de sa tournée historique de six pays africains en mars 1998, la plus longue jamais effectuée par un président américain en exercice à l'époque. Cependant, avec le recul, certains de ces leaders ont depuis été critiqués pour avoir établi des régimes autoritaires et être restés au pouvoir pendant des décennies, remettant en question l'optimisme initial de l'administration Clinton.

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