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Lwakale Mubengay BAFWA

Historien et politologue, patriote progressiste et mondialiste originaire du Congo-Kinshasa ; Agrégé de l'enseignement secondaire supérieur, vit à Genève (Suisse)

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Billet de blog 31 décembre 2025

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Uvira, par d’insolites révélations vers des perspectives plus affolantes que jamais…

Uvira est le premier test de l'ère Trump en Afrique. Qui, entre Tshilombo et Kagame, se trouverait le plus exposé à la chute en cas d’échec des efforts de Trump pour mettre un terme définitif à la crise congolaise ? Le maître de la Maison Blanche serait-il aussi imprévisible que d'habitude sur ce doddier ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

curseur géopolitique se déplace-t-il de Kigali à Kinshasa ? © Global Africa Telesud

💥 Au vu de l’ampleur des mécanismes politiques, militaires et diplomatiques sur lesquels les péripéties d’Uvira lèvent progressivement le voile, le minimum vers lequel l’offensive de l'Alliance fleuve Congo et le Mouvement du 23 mars (AFC/M23) tend à se dénouer est la balkanisation du Congo. Pour les plus perspicaces des observateurs avertis, le pire des scenarii, qui se dessinent, fait vivement  froid dans le dos et a de quoi affoler…

Illustration 2
Contexte et scénarios © Lwakale Mubengay BAFWA

🔥 Introduction

Il y a des villes, qui deviennent de grands symboles malgré elles. Uvira est de celles-là. À chaque annonce de retrait du M23, à chaque communiqué triomphal, la population retient son souffle, consciente que les replis tactiques ne sont souvent que des respirations dans une guerre qui s’étire depuis trois décennies. Dans ce contexte de suspens permanent, Uvira devient une étape particulièrement symbolique ; car, elle représente la capacité de la rébellion à paralyser les échanges régionaux, à humilier militairement le gouvernement congolais et à mobiliser la diplomatie multilatérale dans tous les sens indécis…

👉Uvira, ville symbolique et étape clé pour l’offensive de l'AFC/M23

Particulièrement en cette fin d'année 2025, Uvira est devenue un point de bascule majeur dans le conflit opposant le gouvernement congolais à la coalition AFC/M23. L'analyse des événements accompagnant la fin de l’année autour de la ville révèle une complexité où l’activité militaire et politique ainsi que la haute diplomatie s'entremêlent de façon inédite. La facilité avec laquelle la ville a été conquise, suivie des annonces à la fois du retrait sous conditions de l’AFC/M23 ou du repli tactique des  Forces Armées de la RDC (FARDC) ainsi que des manifestations massives affichant le soutien de la population à la rébellion, laissent entrevoir des intrigues où le régime de Kinshasa va perdre des plumes…

En effet, si cette ville d’Uvira est qualifiée de symbolique et d'étape clé, c'est pour diverses raisons aussi bien militaires, politiques qu’humanitaires :

1. Un verrou géostratégique et économique

Uvira n'est pas seulement une ville ; c'est un carrefour vital. Sa chute expéditive et facile, suivie des annonces triomphalistes de retrait unilatéral de l’AFC/M23 (sous pression) a illustré la fragilité de l'emprise de l'État dans le Sud-Kivu :

  • Contrôle des frontières : située à la pointe nord du lac Tanganyika, Uvira est à la frontière directe avec le Burundi sur qui la pression militaire est donc vive (à moins de 30 km de Bujumbura). Sa capture a forcé le Burundi à fermer sa frontière, asphyxiant une partie du commerce régional ;
  • Porte vers le Katanga : perçue comme un verrou permettant à l'AFC/M23 d'ouvrir un corridor vers le Grand Katanga, le poumon économique du pays, la prise d’Uvira a suscité à la fois des craintes du régime face à une extension des combats au-delà du Kivu que des espoirs de libération ;
  • Dernier bastion du Sud-Kivu : après la chute de Bukavu, Uvira était devenue la capitale provinciale provisoire et le dernier grand centre urbain de la province tenu par les FARDC, c’est désormais la débandade…

2. Le symbole d'une grosse "faillite" militaire

Le fait qu'Uvira soit tombée en décembre 2025 presque sans combat (certaines sources parlent d'un retrait des FARDC, apeurée et fuyant lâchement, avant même l'arrivée des rebelles) a eu un gros impact psychologique sur les troupes :

  • Crédibilité de l'État : ce qui a renforcé le récit de l'AFC de Corneille Nangaa sur l'incapacité de Kinshasa à protéger la population et le territoire ;
  • Changement de tactique : la rapidité de l'avance vers Uvira a montré que l’AFC/M23 n'était plus un mouvement circonscrit exclusivement au Kivu, mais une force capable de projeter sa puissance sur l'ensemble du pays...

3. La dimension identitaire et communautaire en exergue

Uvira est au cœur des tensions liées à la communauté Banyamulenge ; car :

  • L'AFC/M23 a souvent justifié son combat par l’urgence de venir au secours et protéger ces populations contre les milices Wazalendo et les FDLR ;
  • À l'inverse, pour Kinshasa, la prise d'Uvira est décriée comme une grave agression expansionniste rwandaise visant à déstabiliser davantage le Congo sous couvert de prétextes communautaires et ébranler la région...

4. Un test pour la diplomatie internationale

Cette actualité en cours a transformé Uvira en un "laboratoire" diplomatique :

  • Pression américaine : c'est sous la pression directe de Washington que l'AFC/M23 a annoncé un retrait unilatéral d'Uvira à la mi-décembre 2025 ;
  • Accord de Washington : la gestion de la crise d'Uvira est devenue le test grandeur nature de viabilité et vitalité des accords de paix signés en octobre 2025. Si le retrait n'est pas effectif ou s'il est suivi d'un vide sécuritaire, cela prouverait l'impuissance des médiateurs internationaux.

❄️Perspectives de l’après-chute d’Uvira

Le retrait d'Uvira conditionné par l'arrivée d'une "force neutre" est le point de friction actuel. Puisque la MONUSCO est contestée, la question de savoir qui occupera ce vide sécuritaire déterminera si 2026 inaugurera la fin du conflit, l'ère d'une trêve durable ou d'un embrasement généralisé, embrassant d’abord le Katanga voisin et Kinshasa en point de mire. Toutefois, malgré l’impact de l’Accord de Washington, trois axes stratégiques majeurs se dessinent déjà :

1. La stratégie de l'AFC/M23 : "le chantage à la légitimité"

Sur le plan stratégiquement politique, l'AFCM23 de Corneille Nangaa ne cherche plus seulement à conquérir des terres et à y faire la démonstration de la bonne gouvernance ; mais elle requiert déjà la reconnaissance politique :

  • De la rébellion au "gouvernement de fait" : avant même la prise d’Uvira, la coalition AFC/M23 s’était d’abord rigoureusement appliquée à démontrer qu'elle pouvait administrer, beaucoup mieux que Kinshasa, des centres urbains majeurs : Goma, Bukavu. Le retrait notifié d’Uvira le 16 décembre 2025 n'est pas un aveu de faiblesse, mais une manœuvre pour apparaître en partenaire responsable avant les négociations décisives de Doha ;
  • Le verrouillage régional : l’attaque d’Uvira et surtout le choix du moment où elle a été opérée relèvent d’une stratégie scrupuleusement mûrie. En tenant (ou en menaçant) Uvira, l'AFC/M23 contrôle l'accès au Burundi et au Lac Tanganyika, agitant la ville en monnaie d'échange diplomatique…

2. La stratégie de Kinshasa : réarmement et "Union Sacrée Patriotique"

Perdant de plus en plus de popularité et de crédit en interne et affichant aussi une pâle image d’un Etat failli à l’international, pour le gouvernement de Félix Tshisekedi, la situation à Uvira est dorénavant une crise existentielle :

  • Contestations internes : la chute d'Uvira après celle de Bukavu en février 2025 a affaibli la crédibilité de l'état-major. La perspective est désormais une réorganisation profonde et totale des FARDC avec un recours accru aux technologies (drones), aux forces partenaires, voire aux mercenaires ;
  • L'impasse du dialogue : Kinshasa reste officiellement opposé à un dialogue direct avec l'AFC/M23, qualifiant le retrait d'Uvira de mise en scène tant que les troupes rwandaises estimées les soutenir sont encore là.

3. Les orientations diplomatiques prévisibles (Horizon 2026)

Avec l’implication spectaculaire des Etats-Unis et le grand renfort médiatique que celle-ci occasionne, le crise congolaise a prend désormais une intensité et une dimension internationale qui dépasse dorénavant le cadre régional :

  • Le "Pacte de Washington" sous pression : les accords signés sous l'égide des États-Unis début décembre 2025 sont le dernier rempart avant une guerre régionale totale. Washington utilise le levier des sanctions financières pour contenir les élans et vœux de l’AFC/M23, la forçant même au retrait ;
  • L'émergence de Doha : le Qatar s'impose comme le nouveau médiateur de l'ombre. Les perspectives réelles se situent dans une possible intégration politique de certains membres de l'AFC, calquée sur les modèles de paix précédents (CNDP) ; cependant, Kinshasa s'y oppose pour l'instant ;
  • L'isolement du Burundi : le Burundi, très impliqué militairement aux côtés des FARDC, se retrouve dans une position précaire, gérant un flux massif de réfugiés (plus de 60 000 en dix jours) tout en subissant le blocage de ses frontières commerciales. Il redoute aussi le front direct avec le Rwanda…

Un tournant majeur pour le destin du Congo

L'analyse de la situation à Uvira en cette fin d'année 2025 révèle un tournant majeur dans le conflit, démontrant que le destin du Congo se joue désormais dans un triangle complexe entre Kinshasa, Kigali et une administration américaine (Donald Trump) qui impose un style radicalement nouveau. Quels sont les stratégies de fond perceptible et scénarios redoutés par les Congolais :

1. Donald Trump et le "Miracle de Washington"

Le "jeu" de Donald Trump est purement transactionnel. Contrairement aux administrations précédentes, qui mettaient en avant les droits de l'homme, Trump aborde le conflit congolais sous l'angle du business et de la puissance :

  • L'Accord de Washington (4 décembre 2025) : signé en présence de Tshisekedi et Kagame, cet accord lie la paix à l'exploitation des minerais critiques (cobalt, lithium). Trump se présente comme le "faiseur de paix" (Peace Maker) et a même créé un "Institut Trump pour la paix" à cette occasion ;
  • La carotte et le bâton : Trump veut des résultats rapides pour sa propre image. Si le M23/AFC a annoncé son retrait d'Uvira le 16 décembre 2025, c'est suite à une menace directe de sanctions massives de la part de son secrétaire d'État, Marco Rubio. Trump ne tolère pas d'être contrarié. Or, attaquer Uvira et violer ostensiblement l'accord de paix, qu'il a lui-même parrainé sous les projecteurs médiatiques, s’apparente plus qu’à un échec, c’est l’humiliation...

2. Kagame est-il "lâché" ?

Les chroniqueurs de Global Africa Telesud, émission du 22 décembre 2025, l’affirment avec une affligeante conviction. Ils vont même  jusqu’à alléguer que le curseur géostratégique se déplace désormais de Kigali vers Kinshasa. Est-ce confirmé ?  Pas exactement ! Néanmoins, la nature de la relation a changé :

  • Une relation "résultats" : Paul Kagame entretient une bonne relation personnelle avec Trump, qui le loue pour son audace et son pragmatisme. Toutefois, l'administration Trump s’est volue claire : le soutien rwandais au M23 est désormais un obstacle aux intérêts miniers américains ;
  • Le test d'Uvira : la prise d'Uvira par le M23 juste après le sommet de Washington a été vue comme un affront par la Maison Blanche. Marco Rubio a qualifié l'action de "violation claire" de l'accord. Kagame n'est pour autant pas "lâché" par Trump ; cependant, le sous-traitant régional des Anglo-Saxons se voit désormais sommé de choisir entre la poursuite de ses gains territoriaux en RDC et son accès privilégié au marché et aux investissements américains ainsi que son rôle aussi privilégié de proxy américain dans une région où des candidats de substitution émergent…

3. Les scénarios que les Congolais peuvent redouter

Malgré les annonces de "Miracle de Washington", plusieurs zones d'ombre inquiètent la population congolaise et les observateurs les plus avisés :

  • La "Balkanisation économique" : l'accord de Washington prévoit des zones d'exploitation minière exclusives. Le risque est que la RDC échange sa souveraineté sur ses ressources contre une paix fragile, transformant l'Est du Congo en une zone franche sous influence étrangère permanente ;
  • Le retrait de façade : à ce jour (27 décembre 2025), les FARDC dénoncent un simulacre de retrait d'Uvira, parce qu’il n'est pas "réel ni effectif". Les rebelles se seraient contentés de se repositionner dans les hauteurs (Hauts Plateaux), gardant la ville sous leur feu, créant un sentiment de siège permanent pour les civils. Ils peuvent y revenir à tout moment ;
  • Le vide sécuritaire : le M23 conditionne son retrait total à l'arrivée d'une "force neutre". Avec une MONUSCO largement contestée et des forces régionales (SADC) sous-financées, les Congolais redoutent que le départ des rebelles n'ouvre la porte à un chaos entre milices locales (Wazalendo) et forces résiduelles ; rendant la ville insécure et totalement inhabitable...

4. Perspectives diplomatiques

L’orientation de la politique étrangère américaine est désormais celle du "Peace through Profit" (La paix par le profit). Au Congo, comme en Ukraine, Washington ne semble pas chercher forcément à résoudre les causes profondes des conflits. Soucieux d’éviter de faramineuses dépenses militaires et d’épargner la vie des troupes américaines, Trump se préoccupe plutôt de tenter de stabiliser la région le plus suffisamment possible pour que les entreprises américaines puissent concurrencer la Chine sur le terrain des minerais…

🎄 Conclusion

Uvira est le premier test de l'ère Trump en Afrique. Qui, entre Tshilombo et Kagame, se trouverait le plus exposé à la chute en cas d’échec des efforts pour mettre un terme définitif au conflit ? Tout porte à croire que les Etats-Unis, en vertu de l’Accord de Washington, ont homologué leur accès légal aux richesses du Congo. Que cet accès soit supervisé par le régime actuel à Kinshasa ou par son successeur, importe peu à l’approche très transactionnelle et pragmatique de Trump. Celui-ci serait même conseillé à faire plus confiance à Kagame et AFC/M23, dont son entourage salut la qualité et les performances déjà prouvées de gouvernance qu’à la kleptocratie et l’instabilité décriées de Tshilombo.

Si les deux ne remplissent pas ses conditions requises de paix, Trump n’enverra pas des troupes américaines (G.I.) au Congo ; il pourrait user d’une politique de sanctions très dures contre Kigali, voire à un soutien militaire direct, via l'AFRICOM pour crédibiliser et appliquer leur accord de Washington.

Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa

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