Les gauches et les milieux populaires

Sur le débat entre Elsa Faucillon et Eric Coquerel: le PC et la FI ne parviennent pas à penser le renversement de la société actuelle sans s’imposer comme leaders, individuellement ou ensemble. Mais aucun d’eux ne dit que le mouvement social actuel (celui des Gilets Jaunes), qui est bien celui des classes populaires, les a dépassés et qu’il serait temps de lui emboîter le pas.

Débat très intéressant où l’on perçoit que le PC et la FI ne parviennent pas à penser le renversement de la société actuelle sans s’imposer comme leaders, individuellement ou ensemble. Mais aucun d’eux ne dit que le mouvement social actuel (celui des Gilets Jaunes), qui est bien celui des classes populaires, les a dépassés et qu’il serait temps de lui emboîter le pas, en prenant le risque d’une issue inconnue. C’est pourtant, à mon sens, ce qu’il est urgent de faire : suivre le mouvement social !

Voilà ce que je viens de mettre sur facebook en divulguant l'entretien...

Je me suis coltinée pendant toute la période, préélectorale de 2019 (les européennes), d'un côté le PC et de l'autre la FI (dont je fais partie). Mais les attaques des uns envers les autres étaient similaires. Rien à en tirer. Alors je pense qu'il est grand temps que tous ceux qui souhaitent lutter contre le capitalisme et surtout, en France, contre le Macronisme, s'allient et cessent leurs querelles de clochers. Ni le PC, ni la FI (et donc encore moins le PG) n'auront les rênes du mouvement social en cours. Les uns et les autres devront suivre, s'adapter, et auront peut-être une influence positive s'ils savent faire preuve de diplomatie : lâcher les rênes... Les programmes existent (celui de la FI en tout cas), mais les modes d'action sont totalement périmés... Seuls les rencontres et échanges en direct, débouchant sur des actions concrètes, partout où c'est possible et notamment dans les assemblées de Gilets Jaunes, à la condition de ne parler qu'en son propre nom et de ne pas faire de prosélytisme, rien ne marchera.

Je suis aussi Gilet Jaune dès l'origine du mouvement (même avant le 17 novembre), mais à l'époque, au sein de la FI locale, nous n'étions que 3 femmes à se mobiliser et à défendre ce mouvement. Après la réunion, une quinzaine d'autres ont été convaincus... mais ce n'était pas donné. Je pense qu'au sein du PC, c'était du même ordre.

Les structures actuelles des partis et même des mouvements ne correspondent plus au besoin d'expression et d'action des populations qui en ont marre de la société dans laquelle nous vivons. Il faut avoir une sacrée histoire politique et un optimisme à tout crin, pour croire encore que nous pouvons changer les choses par des discours et des analyses. La conscience politique, en revanche, je crois que nous l'avons perdue : PC ou FI, nous ne sommes plus conscients, vu notre attitude lors des élections de tout ordre qui ont eu lieu et qui vont encore venir, du fait que notre république (la 5ème du nom) n'est plus du tout démocratique et que nous nous laissons faire comme des bleus, à chaque nouvelle loi, à chaque nouvelle échéance. Le drame est là et c'est bien ce drame que vivent les Gilets Jaunes (dont, je le répète je fais partie et que je soutiens pleinement) : plus aucune institution intermédiaire (partis, mouvements ou syndicats) n'est capable de faire face au rouleau compresseur de la Macronie (marionnette au service des oligarchies financières).

Partant de ce constat, plutôt que de délibérer sur ce qui nous a fait échouer à tel ou tel moment et d'accuser l'ami (car PC et FI sont fondamentalement sur la même voie, la même lutte et devraient parler d'une même voix, mais j'y ajouterais volontiers le NPA, LO et les anars, voire, Hamon et une bonne partie des vrais VERTS), il serait plus efficace de déterminer les points d'accord et de nous battre tous ensemble sur ces points, en laissant l'Histoire future se construire plutôt que de vouloir la cadrer.

Il serait intéressant de nous poser tous ensemble quelques questions que posent les Gilets Jaunes sur la constitution, sur les institutions, sur la parole donnée au peuple, sur la manière dont peuvent être respectés les souhaits du plus grand nombre. Il me semble personnellement très clair que les élections telles que nous les pratiquons n'ont plus aucun sens, à part, peut-être, les municipales... Il me semble aussi que notre parlement avec ses deux chambres, ne peut en aucun cas jouer le rôle qui lui est imparti (il est noyauté). Les diverses Cours et Conseils, idem. Tout cela est à revoir par conséquent.

L'intérêt fondamental comme le mouvement des Gilets Jaunes, c'est que les gens qui s'y impliquent n'ont pas nécessairement de formation particulière, mais qu'ils ont envie de savoir comment changer les choses qui ne leur conviennent plus du tout. Avant de les initier au marxisme et à la lutte des classes (pour l'instant, la seule qui lutte c'est celle qui est au pouvoir et elle est en train de gagner), il faut les écouter et agir pour que les luttes aboutissent. Le seul au sein de la FI qui a compris ça, c'est Ruffin, parce que c'est un homme de terrain. L'urgence n'est pas de former, mais bien d'être en mesure d'agir... et cette mesure existe aujourd'hui. Il suffit de saisir le moment et d'être capable de faire face ensuite, avec les programmes et tout le reste.

Chacun de nous peut constater, à l'heure actuelle, que tout dysfonctionne... que tout le monde en a marre de la pression fiscale sur tous, des lois iniques qui tombent (chômage, retraite), de la destruction des services publiques, de la manière aberrante dont sont gérer les hôpitaux, les écoles, les universités, de la vente de tous les biens publics au privé (après les autoroutes, les aéroports et quelques nationales en perspective) mais aussi des grandes entreprises essentielles à l'économie du pays... Tout est bradé au nom de la sacro-sainte concurrence non faussée... Ça va, non ?

Avons-nous encore besoin de discours pour savoir que la Justice n'est plus autonome et juge comme on le lui demande ? Que l'État ne défend plus les citoyens et n'œuvre plus à leur bien-être ? Que la police, sensée défendre les citoyens est devenue une milice au service d'un gouvernement autoritaire et donc, sauf exception (mais il y en a, heureusement), prête à intervenir violemment contre quiconque manifeste et revendique ? Il me semble que nous n'avons plus besoin de discours, mais d'action.

En cet été caniculaire, il me semble qu'Elsa Faucillon et Éric Coquerel, devraient débattre des actions à mettre en œuvre fin août/début septembre pour aider le mouvement des Gilets Jaunes à prendre de l'ampleur... Car pour l'instant, il n'y a que sur eux que nous pouvons compter pour perturber la marche de l'HISTOIRE et rompre avec le leitmotiv des "prochaines élections". Si le PC et la FI ne bougent pas davantage, ils vont rater la marche, et ce sera probablement définitif.

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