Maroc: l'industriel LafargeHolcim s'attaque au mythique arganier

Le combat de David contre Goliath: Les habitants d'une commune au sud du Maroc s'opposent au géant LafargeHolcim pour occupation abusive et non respect de l'environnement

En 2012, LafargeHolcim leader mondial des matériaux et des solutions de construction avec la complicité des autorités de la commune de Tidsi / Isendalen dans la province de Taroudant (Maroc) a essayé de créer une cimenterie sur le territoire appartenant à la commune. Ce projet a suscité beaucoup de protestations de la part des habitants, les Amazigh, peuple autochtone du Maroc, car il constitue une menace pour eux et pour l’environnement.

Les habitants déplorent le massacre de l’arbre de l’arganier par cette société. En effet, sur les nouveaux terrains acquis LafargeHolcim a procédé à l’arrachage des arganiers qui parsèment la parcelle acquise et dont certains ont plusieurs siècles d'âge. Pourtant l’arganier est une espèce endémique protégée par l’UNESCO et qui ne pousse que dans cette région du monde d’une manière naturelle et sauvage. Il est à noter que cet arbre nécessite plus de 70 ans pour pousser et qu'il constitue souvent la seule ressource de revenus pour la population de la région.

Les habitants dénoncent la dégradation écologique sur la faune et la flore et des dégâts matériels. Lors des extractions et du concassage, les poussières de particules et de ciments répandues sur toute la région provoquent des maladies et des gènes respiratoires pour les hommes et les bêtes et entravent l'évolution des cultures.  Les déminages fréquents au niveau de la carrière effrayent les habitants dont les habitations se fissurent et menacent de s'écrouler. 

En 2014, la société a persuadé 2 habitants de vendre leurs terres pour l'établissement de l'usine située dans la plaine de Souss à quelques kilomètres du village d’Amuslk situé sur la commune de Tidsi. Un nouveau tournant de l'affaire car la société envisageait de créer une carrière dans la montagne et de la relier à l’usine située à quelques kilomètres en aval via un tapis roulant servant de convoyeur.

La carrière se situe à la frontière entre la commune de Tidesi dépendant de la province de Taroudant et la commune de Taskdelt dépendant de la province de Chtouka Ait Baha. Et après avoir acquis la partie de la carrière située sur la province de Chtouka Ait Baha, d’une manière obscure dont on ignore les détails, la société LafargeHolcim a annexé l’autre partie dépendant de la province de Taroudant, malgré l’opposition des habitants. La société prétend que les terres appartenaient à l’Etat, sous l’égide du Haut-Commissariat des Eaux et Forêts et que les habitants, pourtant autochtones, ne sont que des ayants droits d'usage et ne sont pas les propriétaires des terrains.

L'acquisition du 3eme site pour la construction du tapis roulant servant de convoyeur, qui reliera la carrière à l’usine, pose également problème car il traverse des terrains collectifs appartenant au village d’Amuslk. Pour se procurer ces terrains, la société Lafarge avec la complicité des autorités locales a fait appel à une association fictive, prétendant représenter les habitants. Ladite association a cédé un terrain, de 1800 mètres en longueur sur 50 mètres en largeur, à la société Lafarge pour la modique somme de 540 000 dhs, soit l'équivalent de 50 000 €.

La population a rejeté cet accord et a déposé une plainte auprès du gouverneur de la province de Taroudant. Malheureusement cette requête a été classée sans suite.

Malgré de nombreuses menaces, la population continue à réclamer justice et à s’opposer à la spoliation forcée de ses terres. Les riverains et leurs familles participent régulièrement à des marches de protestation au niveau local et au niveau national, notamment dans les grandes villes du Maroc, à Casablanca, à Rabat et à Tiznit. Les dernières manifestations au niveau local ont conduit à l’arrestation de 4 personnes du village de Amuslk.

En l’absence de solidarités nationale et internationale, la population risque de céder aux pressions et d’accepter cette situation injuste. Elle serait notamment contrainte de troquer ses terres contre l’abandon des poursuites en cours actuellement contre 4 personnes du village.

 Des projets de développement, notamment pour la mise en place d’un réseau d’eau potable et de l’énergie solaire, prévus initialement dans le cadre du programme gouvernemental « Initiative Nationale pour le Développement Humain » sont bloqués à ce jour par les autorités probablement suite au refus de la population de l’implantation de la société Lafarge dans la région.

Coordination AKAL Europe

coordinationakaleurope@gmail.com

Paris, le 20 juin 2019

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