Zyad BENTAHAR : Tour d’horizon de la situation du Maroc, réalité et perspectives

Interview de Said SOUGTY, Coordinateur des Relations internationales de la Voie Démocratique en Europe (Maroc) Interview réalisée par Zyad BENTAHAR


1. Bonjour, tout d’abord est ce que tu peux te présenter pour celles et ceux qui ne te connaissent pas ?

Je m’appelle Saïd Sougty, je suis coordinateur aux relations internationales de la Voie Démocratique, et du secrétariat régional en Europe. Je suis membre de la section Paris Est de la Voie Démocratique. J’ai bénéficié de la conscience politique comme plusieurs de ma génération et de l’élan politique dans les collèges et lycées. Et en tant qu’étudiant j’ai milité au sein de l’UNEM (Union Nationale des Etudiants du Maroc), une grande école, où j’ai forgé là bas ma formation militante et politique, et idéologique. Juste après mes études, j’ai rejoint l’Association de défense des droits de l’Homme au Maroc (l’ASDHOM). Puis j’ai intégré, dès sa constitution, le mouvement des démocrates marocains à l’étranger jusqu’en 1998-1999, lorsqu’elle s’est beaucoup affaiblie pour relancer avec des camarades un appel à l’union des démocrates marocains, qui a abouti à la création de Convergence des Démocrates Marocains à l’Etranger, une sorte de mouvement des démocrates bis, et bien entendu ça n’a pas marché puisque lorsqu’il n’y a pas de ciment politique et idéologique fort et identifié, ce qui a limité les actions ne peuvent pas se faire dans sa durabilité.

 En 2003, j’adhère à la Voie Démocratique proche de mes idées inspirées de celles de la plateforme des étudiants progressistes et de mon histoire politique. Au fil du temps, j’y ai pris des responsabilités et j’ai été élu au 2ème et 3ème congrès à la Commission Nationale ; et je continue ce parcours dont je suis parfaitement convaincu.

2. Aujourd’hui où en est le Maroc ?

C’est un peu difficile de décortiquer la situation en si peu de temps : le mode de production dominant se confirme encore néocolonial, et la même alliance de classe qui est au pouvoir domine à tous les niveaux institutionnel, économique et politique, avec ce noyau dur qui est le Makhzen. Ce Makhzen propage une culture de la honte, une culture de la soumission, et une culture du clientélisme, de l’exploitation, chapotés par une économie de la rente et de la prédation. Le tout est masqué d’un habit religieux. Ce qui présage une vie cauchemardesque des classes populaires, indignes du 21ème siècle. Le Maroc est aujourd’hui 123ème au classement mondial de l’Indice de Développement Humain (IDH). La situation ne fait qu’empirer : Une étude sur la défaillance des entreprises TPME, qui sont le tissu le plus actif des entreprises marocaines, particulièrement à Casablanca (capitale économique du pays), rapporte que la défaillance des TPME a atteint en 2016 plus du tiers touchant les secteurs névralgiques tels que le commerce, l’immobilier et le BTP. Ce classement n’a pas changé depuis le début des années 2000, c’est-à-dire avec l’avènement de Mohamed 6. Ces trois secteurs ont alimenté 73% de la casse en 2016. Il y a une rotation de création et de défaillance d’entreprises qui est forte négative (-21%) de 2014 à 2016 (cf tableau). Donc la situation économique n’est pas terrible, l’agriculture est toujours dépendante du climat, et orientée vers le marché extérieur. On vit toujours des richesses pillées de la nature minières, halieutiques …où seule la classe au pouvoir, monarchie, avec les hauts gradés de l’armée et les grosses têtes de l’Etat qui s’accaparent cet espace. Au niveau des richesses minières, c’est la société royale qui s’en occupe.

Depuis un bon moment, les directives du FMI exigent en réalité des contre-réformes prônant l’abandon des services publics et aboutissant à destructions de l’enseignement, de la santé, de tous les services rendus aux citoyens en général qui est rendu au citoyen. L’économie est de plus en plus privatisée par son orientation libérale. L’Etat se prépare à privatiser plus de 210 entreprises, dans cette situation désastreuse où la dette du Maroc atteint 91,2% du PIB fin 2017. On est presque à la limite de la faillite de l’Etat qui n’est plus maître de ses orientations. Au niveau démocratique, c’est une démocratie de façade, on sait très bien que le régime face à sa crise use fortement de son appareil répressif contre les forces démocratiques, les journalistes, les acteurs des protestations sociales. On sait pertinemment aussi que tous les pouvoirs sont aux mains du roi. Il y a un gouvernement de l’ombre qui dirige le pays. Le gouvernement actuel est un ensemble de haut-fonctionnaires qui applique les directives du FMI et du palis royal.

 Le peuple est absent et sa parole est confisquée. Aux dernières élections, le taux de participation ne dépassait guerre les 20%. Pour les 80% restants, ils estiment que les élections ne vont rien ramener à leurs conditions de vies.

3. A quoi ressemble la jeunesse marocaine aujourd’hui ?

Elle est dans un grand désarroi, les universités sont devenues des grandes salles d’attentes du chômage. L’économie ne peut plus absorber leur savoir faire. Ils sont la proie de grands fléaux tels que la drogue, la criminalité, l’immigration aussi. Il y a une tendance à bousiller ce qui reste un peu d’une culture collective que le régime a fortement inculquée. Nous ne sommes pas dans un stade d’acculturation de la jeunesse, mais dans un stade d’injection de valeurs arrivistes, de consommation grande masse…Quant au niveau culturel, politique, associatif…c’est un grand champ de batailles contre l’opportunisme, la méritocratie, l’obscurantisme…pour faire valoir un mode de sociabilité d’équité qui oriente une jeunesse pour ses droits au travail, à l’épanouissement aux libertés publiques et individuelles. Son combat s’étale régulièrement dans les mouvements de contestation ; une prise de conscience qui s’agrandit pour changer les choses. Depuis le Mouvement du 20 février la jeunesse ne cesse d’acclamer ses droits. Les jeunes prennent aussi place dans des partis, y comprit le mien, ils se forment, luttent, et s’invitent dans leur combat pour les revendications de la jeunesse. Ils sont démunis des lieux d’épanouissement et d’expressions sportif, culturel, de recherches, de moins en moins de cinémas, de théâtres de bibliothèques répondant à leurs intérêts ; aggravés par manque d’aides financières et de tarifs préférentiels pour le peu de structures existantes.

Ça fait 2 ans que le mouvement social du Rif a commencé. Ce mouvement s’est propagé dans le reste du pays. Qu’est ce que cela dit sur le pays ?

Le Hirak a un programme très ambitieux. Les 2/3 de ses revendications se coupent avec celles du peuple marocain : c’est-à-dire, tout ce qu’on a énuméré : droit à se soigner, droit à l’école, droit au travail, droit à la vie dans la dignité, à une justice sociale, … Et l’autre part (1/3) qui est plus identitaire pour cette région amazighe marginalisée dans leur culture (Zayane, Souss…), pareillement pour la langue, le mode de sociabilité et des us, droit coutumier qui les a cimentés et protégés dans toute l’histoire. En 1958-1959, le général Oufkir, avec Hassan II qui était prince à l’époque, ont perpétrés un grand massacre dans le Rif, transpirant d’une haine inouïe à leur histoire, qui remontait à la résistance rifaine d’Abdelkrim el Khattabi (1921-1926. Donc cette non-reconnaissance et cette marginalisation a fait le lit après la mort broyé de Mohcine Fikri, au Hirak actuel. Ils ont donc senti après qu’il faut changer cette situation, exprimer ces revendications, et ils ont éblouies le monde par ce hirak pacifique, organisé et qui a duré dans le temps. Les revendications sont profondément des droits élémentaires que le pouvoir marocain est incapable de satisfaire face au pillage des caisses, de la corruption qui ronge le pays et de l’incompétence du gouvernement sans pouvoir. La seule réponse trouvée est la répression, la propagande et les arrestations. Toutes la force est jetée dans les médias, la télé, la récupération des élites…Bien entendu, tout cela ne peut arriver s’il n’y avait pas la protection de l’impérialisme, particulièrement français, qui a beaucoup d’intérêts, dont les entreprises françaises du CAC40 qui prospèrent bien et ne souhaitent pas voir le Maroc changer de cap.

 

4. Le Maroc est un pays appauvri, le taux de chômage (surtout chez les jeunes) est très fort, et pourtant les pouvoirs publics brillent par leur inaction. Qu’est ce que cela vous cause ? Quel est la réaction du pouvoir marocain ?

Le Maroc est appauvri, il y a toute une poignée qui le gouverne, qui pille toute ses richesses. Le taux de chômage est fort, le gouvernement ne dirige presque pas. A titre d’exemple, lors du Hirak l’an dernier, la loi de finances 2017 a été voté et il a suffit juste que le roi fasse un discours pour que tout le volet économique de la loi de finance soit réorienté !  Le parlement, si ce n’est pour animer des futilités politiques, il n’est jamais associé aux décisions majeures du pays sauf pour valider les directives du FMI ou du palais. Des fois pour éloigner les révoltes de jeunes, ils projettent des mesures néfastes telles que le service militaire obligatoire durant 1 an et demi. L’université est pur la plupart une salle d’attente vers le chômage ; et ça serait autour de la caserne pour jouer ce rôle. C’est aussi une façon de manipuler, de laver le cerveau des jeunes pour sortir de cette impasse révoltant. Mais cela ne peut plus durer tant que l’Etat considère le secteur public comme un fardeau alors que ça doit être conçu comme un investissement, que ce soit dans la santé, l’enseignement, … Mais la bande qui gouverne vit dans l’immédiateté puisqu’elle sait que cette situation ne peut pas durer. Du coup son souci est d’opérer le maximum de pillage, de prédation en vue d’expatrier le maximum de la rente.

5. Le Maroc est une société traditionaliste, conservatrice. Est-ce que pour autant on ne perçoit pas une évolution des mœurs ?

Le Maroc dans l’écrit est un pays musulman, mais dans la pratique il vend 131 millions de litres de vins par an. C’est un comportement vis-à-vis de la religion très hypocrite. On peut voler, mentir, tricher …mais le vendredi et le mois de ramadan la mosquée est bien remplie (rires), même en faisant fi dans la vie courante les valeurs humaines, sociales… etc. Si l’Etat utilise beaucoup la religion, c’est pour permettre à la population d’accepter la situation telle quel est. C’est une vieille recette adoptée même par l’impérialisme américain qui, lorsqu’il a attaqué de front les talibans, il s’est enlisé dans la guerre. Alors que maintenant qu’il a compris que ! L’islam, telle qu’elle est faite aujourd’hui, n’est pas contraire au capitalisme, du coup il a domestiqué les courants islamistes (Wahhabite et frères musulmans) pour permettre au grand capital de mieux circuler, et, s’il faut courir à la guerre l’impérialisme crée à partir de ses courants des outils de violence et de frappe, tel que le Daech. Voilà comment comprendre la participation des islamistes en Jordanie aux élections. Au Maroc le fait que le palais a réussi à domestiquer le PJD (parti de la justice et du développement), cela fait partie de cette stratégie, en scindant la mouvance islamiste en deux (l’autre tendance islamiste est plus radicale et conservatrice, qui elle est représentée par Al Adl Wa Ihsane -Justice et Bienfaisance-). Donc cette stratégie a marché pendant un moment. En Egypte c’est pareil, les Frères Musulmans ont éclaté en deux tendances : celle de Morsi et celle mené par le parti Al Nour. Après ce que pense la Voie Démocratique de l’islam, c’est qu’il faut respecter l’islam tant que c’est une pratique qui se veut entre le Dieu et son fidèle, on n’est pas anti religion, mais par contre il faut combattre toute législation réactionnaire qui soumet la femme, qui instaure des inégalités dès l’enfance, qui ne reconnait pas l’être humain dans sa citoyenneté, dans son droit de constitutionnaliser... Tu peux avoir quelqu’un de la Voie Démocratique qui croit en Dieu, qui fait même sa prière en tant que pratique personnelle, mais elle (il) est militant(e) farouche pour défendre le programme de notre organisation.

6. Le Roi et sa famille sont très présents dans la société, l’économie, etc. Comment on peut évoluer avec un esprit critique dans ses conditions-là ?

Le roi est le porte-parole de l’alliance de classes qui gouverne le pays, et compte dans son sein la famille royale, l’establishment militaire et sécuritaire, les grands propriétaires fonciers, les grands patrons, puis il y a les multinationales fusionnant avec le capital national (détenteurs du capital compradore). La famille royale est la porte-parole de cette alliance à travers ce qu’on appelle le Makhzen - pouvoir central créé courant le 16ème siècle- qui obligeait les tribus marocaines, de verser une partie d e leurs récoltes, richesses… Il instaure des relations idéologiques d’allégeance, et de soumission de la part des tribus qui l’ont suivi. Cette structure makhzanienne œuvre à rendre la monarchie comme un pouvoir divin doté de la sacralité. Le roi est partout, il est le premier militaire, le premier sportif, le premier savant… etc. Tous les pouvoirs sont entre ses mains. Il cherche à se donner des fonctions d’arbitre, de père de tout les partis politiques. Et il n’est jamais jugé. Tout est fait dans la propagande pour imager la monarchie dans le mental du peuple. Certains partis politiques, qui se disent contestataires, disent « si tu veux du changement, touche pas au roi », et sans le savoir, contribuent à renforcer ce que je viens de dire.

7. La situation dans l’enseignement supérieur et de la recherche au Maroc est très critique. Il n’y a pas du tout ou peu de moyens pour les étudiant.es et le personnel. Comment percevez-vous cela ?

Aujourd’hui nous avons des syndicats de collaboration de classes, qui ont perdu toute crédibilité. Mais il y a d’autres où le combat est intense pour éviter aux directions syndicales de brader les intérêts moraux et matériels de leurs bases. Mais, il reste encore un syndicalisme de combat au sein du syndicat national de l’enseignement supérieur, et de l’UNEM. Ce dernier doit se saisir des appels unitaires pour retrouver son élan, son histoire de luttes. Par ses positions, la Voie Démocratique a connu une grande phase d’épuration via ses militants à l’UMT (Union Marocaine du Travail). 2 camarades à nous sur 15 membres de la direction ont été exclus, des exclusions qui ont touché aussi plusieurs sections, à part le syndicat de l’agriculture, des fonctionnaires communaux et territoriaux. Quant à l’enseignement 1et et 2ème degré, les camarades de la Voie Démocratique avec des camarades indépendants ont fondés la FNE (Fédération Nationale de l’Enseignement). Aux dernières élections professionnelles, alors qu’ils venaient d’arriver, ils se sont classé 4ème syndicat, et prend petit à petit son positionnement dans le tissu syndical marocain. Le régime encourage et développe la privatisation des écoles, des universités, et cela contribue fortement à affaiblir le secteur public et la qualité de l’enseignement rendu... La Voie Démocratique est dans un front pour un enseignement public qui s’est construit il y a un an avec des syndicats, des associations, des partis politiques, et entend stopper cette hémorragie. Voilà la situation, et c’est un combat de longue haleine et global. Nous prônons un système public, laïc, généralisé gratuit, qui intègre les spécificités régionales… et qui bénéficie au citoyen, tourné vers le savoir, le développement et la recherche.

8. Le Maroc est sollicité par l’UE sur les migrant.es. On voit comment l’Europe s’occupe de cette situation. Qu’est ce que cela évoque pour vous ?

L’immigration ce n’est pas dû à un ras le bol, il est la résultante d’un rapport inéquitable Nord/Sud. Toutes les multinationales du CAC 40 qui sont positionnées au Maroc, s’accaparent des richesses sans aucun retour sur investissement au peuple marocain.AU côtés de ce comportement néocolonial, s’ajoute la dette publique qui représente en 2017 91,2% du PIB C’est un handicap lourd au développement dans la mesure où l’Etat au Maroc accentue ses choix et son orientation sur le remboursement du service de la dette. Le facteur de la guerre rentre aussi en jeu pour le déplacement des populations fuyant la mort, sans négliger les raisons climatiques. On ne peut pas « stopper » l’immigration en donnant au Maroc un chèque pour qu’il soit le gendarme des frontières. Le régime marocain en profite sans solutionner le problème en se pliant aux conventions internationales. Il l’a déjà usé des aides pour arrêter la culture du cannabis, sans rien faire comme mesures de substitution agraire. Au contraire, la culture du cannabis (surtout dans le nord) a progressé et des barons, protégés par le régime, ont fait une emprise sur la région. L’immigration économique, pour la faire ralentir, il faut un régime démocratique, avec un projet fiable de justice sociale et de partage des richesses. On ne peut pas arrêter l’immigration avec des régimes despotiques.

 9. Depuis quelques semaines le Maroc tire sur ses citoyens qui veulent aller en Europe. La communauté internationale brille par son silence. Qu’est ce que cela te fait ?

 Cela confirme ce qui précède, le régime est débordé dans son rôle de gendarme, et utilise des moyens inhumains comme tuer par des tirs sur la martyre Hayat Belkacem Les habitants de Tanger et Tétouan sont sorties manifester leur colère et il y a eu des arrestations et des condamnations se sont prononcées. Le régime empêche les jeunes de quitter le pays sans leur garantir une vie de dignité ; ce qui est conçu comme un « suicide » pour eux. Maintenant, il y a ces nouvelles formes de contestations dans lesquels les marocains demandent à ce qu’on leurs déchoie de leur nationalité. Les pays d’accueils se servent aussi des migrations comme main d’œuvre bon marché. Ils s’en servent comme moyen de pressions sur les salaires dans les pays d’accueils, ils ont tout intérêt à les laisser dans l’illégalité, parce que ça veut dire quoi légal ou illégal ? C’est juste à une majorité parlementaire tu fais passer une loi pourrie, et, si tu ne la respectes pas tu es dans l’illégal. Or ses pays d’accueil doivent respecter les valeurs des droits humains, et se réfère aux lois et conventions internationales en la matière. Hors les pays capitalistes ne les respectent pas du tout. Pire encore, ils manipulent l’opinion publique qui est de plus en plus sur le « surnuméraire » (« il y a trop d’immigrés, trop de noirs, trop d’arabes, trop de fraudes à la CAF, trop de profiteurs des allocations sociales… »). Les classes dirigeantes alimentent ainsi de l’xénophobie. Dans certains endroits, dès qu’on voit un seul étranger, on commence à crier « il y a trop d’immigrés », « ça y est c’est l’invasion » ! et on peut trouver même une majorité extrême-droite, alors que ses votants n’ont jamais côtoyé un étranger. Je montre du doigt encore une fois cette médiatisation du racisme et du rejet par la culture du « surnuméraire » Par contre pour les profits expatriés des entreprises du CAC40, on n’en parle pas !!

 10. Le pouvoir marocain tient une position ferme sur le Sahara Occidental mais « soutient » le peuple palestinien. Qu’est ce que cette incohérence te fait ?

Le régime marocain à de grandes relations avec les sionistes. Les armées qui ont perdues lors de la guerre de 1967, c’était à cause de la complicité d’Hassan II qui a livré au Mossad tous les enregistrements du congrès de Casablanca qui traçaient la stratégie politique et militaire arabes. Pourquoi ? Parce que la résistance palestinienne est un défi aux régimes arabes, c’est une oasis démocratique. Sur la question du Sahara, le régime est en pleine contradiction : en 1975, selon les accords de Madrid, il a demandé que la moitié, l’autre moitié pour la Mauritanie. Après lorsque la Mauritanie s’est retirée devant les victoires du front Polisario, Hassan II a annexé l’autre moitié en 1978. En 1981, il déclare l’autodétermination du peuple sahraouie et en 1987, il commence déjà à parler de l’autonomie élargie déclarant dans un discours « laissez moi la monnaie et le timbre, et prenez ce que vous voulez ». Il est en pleine contradiction là-dessus, et maintenant Mohamed VI a repris le même refrain de l’autonomie. Aujourd’hui, nous sommes dans un statu quo sur la situation du Sahara Occidental. Le régime marocain a rejoint en 2017, l’Union Africaine qu’il avait quitté en 1984, où il siège aux côtés de la RASD, membre fondateur de l’UA.

Le régime oriente ses investissements vers le marché africain cherchant à enjoliver son image. Mais cette opération s’avère inefficace puisque le rapport de fonces au sein de l’UA est toujours en faveur de la RASD.

Le peuple ne gagne rien dans cette manœuvre. La Voie Démocratique exprime sa position pour l’autodétermination du peuple sahraoui car c’est la seule solution qui peut régler le problème et quitte même à mettre les 3 questions comme choix pour les urnes du référendum. Les Sahraouis doivent voter s’ils veulent continuer dans la marocanité du Sahara, ou pour l’autodétermination ou pour l’autonomie. Notre position s’allie à celle de l’ONU et surtout celle de la 4ème commission de l’ONU sur la décolonisation, qui considère le Sahara Occidental comme un territoire à décoloniser.  Nous sommes à la Voie Démocratique sur une position de droit international.

11. Est-ce que le pouvoir marocain ne serait pas en train de mener le pays sur la bonne voie ?

Quand les pouvoirs sont face à des crises, ils tentent d’autres recettes. Mais où sont les résultats de ces recettes ?  Lors du discours d’inauguration du parlement, le roi a recommandé plus de privatisation dans le domaine de la santé publique. Que ce soit dans le domaine de l’enseignement, de la santé, etc.les résultats sont catastrophiques… le pouvoir s’enfonce encore plus dans sa crise qu’il croit régler par la dette et les privatisations. En témoigne cette poussée montante des contestations à travers le pays. Il ne gagne parce qu’il est très répressif, il a encore un rapport de forces en sa faveur. A chaque fois, il tente des recettes répressives, mais elles ne peuvent pas durer. Vendredi, dans la ville de Safi, des jeunes sont montés sur le toit d’un arrondissement (sorte de caïdat) et ont criés des slogans contre la vie chère, le chômage, pour une vie de dignité... Le peuple innove dans la contestation. Les Marocains n’ont plus peur. Maintenant il va y avoir une accumulation des ras-le bol qui peuvent conduire à l’explosion sociale. La répression ne peut pas toujours contenir la révolte du peuple, malgré la manipulation, la désinformation dans les médias, et la récupération de certains intellectuels.

 12. Ta définition du militantisme ?

 

Etre à l’écoute des gens avec convictions. Faire toujours le maximum dans la modestie, simplicité et modestie dans la lutte. Ne jamais chercher le leadership. Avoir la clarté des principes et des valeurs qu’on cherche à défendre. Un militant doit toujours avoir un sens d’orientation, ne pas perdre de vue ses objectifs

 13. Un mot pour la jeunesse de la méditerranée ?

 Il y a des grands défis qui l’attendent :

  • Connaissance & unité autour des valeurs d’émancipation des peuples ;
  • Travailler pour les valeurs de la paix, à commencer par exiger les fermetures de toutes les bases militaires de la région ;
  • Développer la solidarité internationale ;
  • Encourager les universités d’été des jeunes ;
  • Échanger les expériences ;
  • Croquer la vie à pleine dent.

 14.Votre programme en 10 points ?

  • Un éégime démocratique ;
  • La Libération du peuple et son émancipation nationale dans des perspectives socialistes ;
  • Une Economie orientée vers le marché intérieur ;
  • Un Enseignement au service du savoir, de la recherche et du développement ;
  • Un Système fiscal équitable ;
  • Une Distribution équitable des richesses ;
  • Une Relecture du passé et faire le point sur tout les crimes de l’histoire ;
  • Contre l’impunité et pour la vérité sur tous les crimes politiques et économiques ;
  • Pour un parti de la classe ouvrière, des paysans pauvres et de tous les démunis et qui prône une alternative sociétale ;
  • Le Respect et application de toutes les valeurs des droits humains.

 15. J’ai entendu parler d’une déclaration pour un parti de la classe ouvrière. Tu peux m’en dire plus ?

On pense que la seule classe qui ne peut pas se trahir c’est la classe ouvrière, car c’est elle qui produit les richesses. Ce n’est pas les petits bourgeois qui ont un capital intellectuel qui peuvent conduire cette mission. C’est la classe ouvrière qui peut faire les changements et qui peut les diriger jusqu’au bout. Fondamentalement c’est la classe qui s’oppose à la bourgeoisie dans ce mode de production capitaliste, et qui peut la destituer.

16.Un dernier mot ?

Aujourd’hui on est dans une phase au Maroc où la gauche doit s’intéresser un peu plus aux mouvements de contestations populaires, elle doit créer des outils organisationnels, pour les orienter vers les revendications du peuple.

 

Défaillance de TPME au Maroc Défaillance de TPME au Maroc

 

 

 

 

 

 

 

Défaillance d’entreprises TPME marocaines

https://leconomiste.com/article/1007431-defaillances-d-entreprises-fin-d-annee-meurtriere-pour-les-tpme

 

 

 

Said Sougty & Zyad BENTAHAR © MB Said Sougty & Zyad BENTAHAR © MB

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