Harlem Désir : Un Premier Secrétaire « Placébo »
"On ne me verra pas danser au bal des ego", déclarait Harlem Désir à la veille de l'ouverture de l'université du PS à La Rochelle, en défendant son bilan à la tête du parti dans un entretien au Monde.
Drôle de slogan pour un premier secrétaire qui oublie le sens même de sa mission :
- Un premier secrétaire qui s'occupe de la gestion du parti (idéologiquement, gestion, évolution, les motions, les courants.)
- Un premier secrétaire utile au président et au gouvernement et qui assure une courroie de transmission entre le gouvernement et le président de la république d'une part l'appareil du parti pour servir d'appui au pouvoir en place d’autre part,
- Un premier secrétaire relais vis à vis des forces politiques qui sert de digue entre les instances du pouvoir et ces forces politiques en dehors du pouvoir (opposition de droite, la gauche hors du cercle d'influence du PS....)
- Un premier secrétaire animateur de la vie politique national avec un charisme qui lui permet d'être le centre de la confrontation quand le gouvernement agit, notamment en période de crise, avec une stratégie de serrer les vis...
Après presque un an d’action, Harlem Désir tonne la prépondérance des égos au Parti Socialiste. Il a fait de son mandat un congrès du Parti Socialiste permanent.
1. Un premier secrétaire qui s'occupe de la gestion du parti
Au sein d’un parti, majoritaire, Harlem désir, doit impulser la discussion, essayer de trouver des compromis. Il doit être en mesure de comprendre qu’il a besoin de tout le monde. Qu’il accepte que François Hollande s’appuyer sur tout le PS et l’ensemble de la gauche qui l’a élu.
Dans les faits, que s’est il passé ?
- Convention Europe :
Harlem Désir se bloque. Il adopte un comportement autiste sur le rapport des forces entre les motions (non prise en compte des amendements.)
Il se contente d’expliquer que le PS ne peut prendre une position différente du président de la République qui est obligé juridiquement d’accepter les négociations... Avec l’intention certes de ne pas déstabiliser François Hollande.
Or les socialistes avec les socialistes européens savent que outre la menace du droit de veto sur la culture brandie par le Premier ministre que tout le monde soutient le PS t estime que si d’autres champs menacent notre modèle social, les députés européens ne ratifierons pas ce traité et appellerons à un référendum.
- La Rochelle
« Maintenant la gauche», les «reconstructeurs », «Un monde d’avance», Manuel Valls, et les autres ont exprimé leur hostilité à Harlem Désir et il y’a comme un air de défiance de la direction qu’il représente.
Les hollandais, interdis par le Président de se structurer en courant, font semblant de constituer un ensemble homogène avec un soutien en surface de l’action d’Harlem Désir.
Quel rôle a Harlem Désir dans tout cela ?
Il a en charge de transformer cette dispersion en rassemblement.
Sur le plan politique, Harlem Désir devait affronter cet éparpillement et servir de digue aux guerres entre courants qui pourraient être déclenchées à l’Assemblée Nationale.
Harlem Désir devrait éloigner l’état de dispersion de la ligne rouge.
Or il n’a pas fait preuve de vigilance. Sa déclaration à la rochelle «Ça ne me dérange pas que différentes sensibilités se réunissent tant qu’elles n’entrent pas en opposition au gouvernement», prouve qu’il n’a pas pris la mesure de la gravité de la situation au sein de la majorité avant les grandes réformes (retraite, budget...)
2. Un premier secrétaire utile au président et au gouvernement
- La promesse 50 du candidat François Hollande :
Avec les espoirs qu'avait suscitée l'élection de François Hollande, le Parti socialiste était attendu au tournant.
Le 11 février 2013, Harlem Désir, recevait un groupe d'associations antiracistes. L'occasion de faire un point sur les engagements de campagne de François Hollande.
Les associations étaient décidées à « bousculer cette léthargie ambiante.
Ces associations présentaient ce que sont devenues certaines attentes : le contrôle au faciès, les réparations liées à l'esclavage dont Harlem Désir n'était pas au courant...
Pas au courant d'un dossier qui pourtant a fait couler beaucoup d'encre, pas plus tard qu'en octobre 2012, Matignon se disait ouvert à une forme de « réparation » liée à l'esclavage. Deux jours plus tard Najat Vallaud-Belkacem corrigeait le tir sur Canal+ : « C'est de réparation morale que l'on parle, et c'est de la capacité de notre pays à reconstruire l'avenir ». Louis-Georges Tin, président du Conseil représentatif des associations noires de France, ne se s'est d'ailleurs pas privé de rappeler cet épisode à M. Désir.
- Affaire Léonarda
Harlem Désir, en réclamant le retour de la mère de Léonarda après l’intervention du Président de la république annonçant le retour de la lycéenne seule, a accomplit le geste le disqualifiant au yeux du gouvernement et du Président de la République.
Il a incarné le fiasco de la gestion de cette affaire.
Choisi par François Hollande pour tenir le parti, il a aggravé son cas par sa déclaration, en contredisant publiquement le Président. A peine l’allocution de François Hollande était-elle terminée qu’il réclamait le retour de la mère et des frères et sœurs de Léonarda, alors que le Président avait ouvert la porte pour cette dernière « seule ».
Quand on est premier secrétaire d’un parti au pouvoir et que le chef de l’Etat est en difficulté, on essaie de lui trouver des solutions, de ne pas le mettre en difficulté, d’avoir des réflexes.
Au lieu de quoi Harlem Désir, a continué, comme il le faisait depuis quelques jours, à réclamer le retour de la famille Dibrani, à l’exception du père. Estimant manifestement qu’il ne pouvait pas se déjuger.
Il s’est mit tout seul en dehors de l’axe Parti-Président-Gouvernement.
3. Un premier secrétaire relais vis à vis des forces politiques
- Relation avec EELV
Je ne citerai que les deux exemples les plus médiatisés : Villeneuve sur Lot et Brignoles
Le moins qu’on puisse dire quand à la relation du PS avec EELV, c’est qu’elle s’est beaucoup dégradée depuis un an.
A Villeneuve sur Lot, Harlem Désir déclare que les écologistes n’auraient pas dû présenter de candidat lors de la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot et qu’ainsi le candidat PS serait qualifié pour le second tour.
Il s’agit là d’un raccourci inexact et politiquement dangereux.
En juin 2012, c’était il y a juste une année – un candidat écologiste était déjà présent au premier tour dans cette circonscription et cela n’avait nullement empêché le candidat socialiste d’être élu. La seule chose qui a été modifiée, c’est le score du candidat socialiste qui recule de plus de 20 points et perd les 2/3 de son électorat. La cause de son élimination se trouve là et nulle part ailleurs.
Une liste commune aurait pu être présentée si le premier secrétaire avait prie les initiatives nécessaires à temps, tenant compte de la complexité de la situation et du contexte lié à l’affaire Cahuzac.
Il n’en était rien !
A Brignoles, la gauche est partie divisée. Harlem Désir, en appelant à soutenir le candidat PCF alors que, le PS local soutenait la candidate EELV faisant partie de la majorité présidentielle, commet une grave erreur, car il n'est pas au courant du problème de Brignoles qui est la montée du Front national.
Cette situation est représentative de ce qui s’est passé aux municipales. D’ailleurs beaucoup de responsables socialistes et de têtes de listes avaient exprimé leur souhait de ne pas le voir dans leurs campagnes
- Relation avec le Front de gauche (FDG)
Fiasco de la communication d’Harlem Désir, non dépourvu de mépris vis à vis du FDG.
Avec sa sortie sur "l'esprit munichois", il s'est mis à dos l'opposition, et aussi une partie de la majorité, à un moment ou il fallait l’union nationale derrière le Président.
S’attaquant à Jean-Luc Mélenchon, il déclare "Quand je l'ai entendu, je me suis demandé s'il n'avait pas mâché trop de feuilles de coca pendant son séjour en Amérique latine."
N’a-t-il pas cédé à l’excès pour exister et de peser dans le débat public ?
"Tout ce qui est excessif est insignifiant", disait Talleyrand.
Cette posture s’est accentuée ces dernières semaines. Car Harlem Désir sait qu'il ne convainc pas. Il a déçu tout le monde au PS. Manque de leadership, d'autorité, Parti socialiste atone…
4. Un premier secrétaire animateur de la vie politique
Son initiative sur le droit de vote des étrangers aux élections locales a été ignorée et par le Président de la République.
Même chose pour le non-cumul des mandats.
Quant à sa proposition de référendum sur la transparence de la vie politique, pas plus que "haussements d'épaules", comme le rapportait le Monde.
Et malgré les critiques, il dit ne pas vouloir "danser au bal des ego et des aigris" à, la Rochelle, et assumer "être un homme du collectif".
5. Harlem Désir est il viable à la tête du PS ?
Au vu de l’évolution des choses et du niveau de contestation des français de la politique gouvernementale, le maintien d’Harlem Désir semble suicidaire pour le Parti Socialiste.
Son action est critiquée, sa légitimité est remise en question !
Comment peut-il encore espérer l'union de la gauche aux municipales au premier tour, qui sera décisif. ?
Comment arrivera-t-il à convaincre EELV et FDG partout en ayant une posture hégémoniste vis à vis des uns et de mépris vis à vis des autres.
Pour les échéances électorales à venir, Harlem Désir veut rassembler la gauche dès le premier tour de 2014. Un objectif qu’il fixe « aussi bien dans les villes où nous avons des objectifs de conquête, comme Marseille, Avignon, Montauban », que dans « les villes où nous avons géré ensemble .
La constitution des listes un peu partout ne traduit pas une adhésion à cet objectif. Certes il n’est pas le seul responsable des désaffections des partenaires, mais il a sa part de responsabilité dans la création des dynamiques locales. Les municipales, même s’ils se jouent sur des questions d’ordre local, elles mettent en évidence certains échecs des politiques du gouvernement quand aux collectivités territoriales.
L’heure d’Harlem Désir a sonné et les critiques pleuvent, même de ceux qui ont contribué à son accession à la tête du PS : Désir "ne fait pas l'affaire".
6. Paye-t-il la défaite des municipales ?
Harlem Désir, "il faut le changer. Il porte une responsabilité dans la défaite aux municipales", aurait conclu François Hollande après la déroute des dernières élections, selon les informations du Canard Enchaîné. Nommer Harlem Désir secrétaire d’Etat constituerait donc une "sortie par le haut", selon un proche du chef de.
Après deux ans sous la direction d'un premier secrétaire souvent jugé trop "langue de bois", le PS vit anesthésié, et inaudible. Sa stratégie est illisible. De la gauche du Parti, aux hollandais, les socialistes demandent ouvertement à Harlem Désir de démissionner.
Pourtant, "quand des socialistes aussi divers qu'Henri Emmanuelli ou Frédéric Cuvillier disent ce que tout le monde pense, la dignité, c'est de les écouter et partir." Ces mots sont ceux de l'ex-directeur de cabinet de Harlem Désir, Mehdi Ouraoui sur son compte Twitter. Contacté par L'Express, celui qui murmurait à l'oreille du premier secrétaire du PS, avant d'être évincé en janvier dernier, reconnaît que "Harlem Désir n'est pas responsable de tout mais il n'est pas à la hauteur de sa fonction".
Quoi de mieux alors de lui offrir cette sortie par le haut ?