Tupamaros, de la guerilla urbaine au pouvoir de José Mojica en Uruguay

La déclaration-emblème du mouvement est : « changer les gens par des actions révolutionnaires, plutôt que par des discours révolutionnaires » Texte proposé par Aymane AOUIDI Amendé par M. BENTAHAR

La légende Tupamaros, raconte que le nom de Tupamaros provient de Túpac Amaru, le chef indien qui conduisit l'une des révoltes les plus importantes contre les Espagnols, en 1572, dans la vice-royauté du Pérou. Après son écartèlement à Cuzco, en 1572, le nom de Tupamaros devint une appellation péjorative pour les rebelles de l'empire colonial espagnol. Il fut aussi utilisé en Uruguay pour désigner les gauchos ayant suivi le Libertador José Artigas dans la lutte pour la réforme agraire, la justice sociale et l'indépendance.

La Création du mouvement guérillero Tupamaros

Contrairement à ce qu’affirment la plupart des discours officiels et les médias occidentaux, le Mouvement de libération nationale-Tupamaros, en tant qu’organisation, c’est seulement en janvier 1966, à l’issue d’une première convention qui réunit une quarantaine de personnes, que le MLN-T émerge comme organisation politique. Et il faut attendre juin 1967 pour qu’il élabore un premier document définissant de façon relativement claire ses activités.

La base idéologique était déjà affirmée dans un contexte régional qui a connu l'émergence des forces révolutionnaire de gauche du Fond Sandiniste appartenant au Front Sandiniste de Libération National au Nicaragua (FSLN) et du Front Farabundo Marti para la Libération Nationale au Salvador (FMLN)

Après l’apparition du premier document public du MLN-T en décembre 1967 qui présente la voie idéologique et politique du groupe et ses objectifs pour un nouvel Uruguay démocratique et social, il s'en est suivi un an après, une montée en puissance de la contestation étudiante et un accroissement de l'autoritarisme de l’État qui ne visait pas que lle mouvement étudiant.
Une vision politique répressive qui a eu comme premières victimes la mort de trois étudiants, et conduisant nombre de leaders estudiantins à intégrer les rangs du MLN-T? 

Partant d’une déclaration-emblème du mouvement dont le principe est de « changer les gens par des actions révolutionnaires, plutôt que par des discours révolutionnaires », l’action armée des Ttupamaros, au-delà de la stricte logique militaire, est que « malgré la violence des actions armées, la lutte tupamara peut être considérée, d’un point de vue symbolique, comme l’une des stratégies les plus élaborées de l’histoire uruguayenne.

Revenant à l'emprunte idéologique originale, on y trouve trois courants palpables au sain de la pensée critique du groupe. Certes la question central était autour du marxisme mais quel marxisme comme le confirme Nato un des responsable du groupe, au sens d’une critique du développement du capitalisme et de la formulation indéfinie d’un projet socialiste.
Et puis, à l’origine, le léninisme ne constitue pas une composante centrale, mais les leaders en assument progressivement certaines idées concernant la formation du parti.
Il faut attendre le début de 1973 pour que cette question soit résolu par la appropriation du marxisme-léninisme comme ligne officielle

De la torture ou l'exil vers la conquête du pouvoir

Il convient, à la lumière des éléments exposés précédemment, d’analyser les différentes interprétations du rôle du MLN-T dans le processus qui conduit à l’installation de la démocratie en Uruguay,

Le 14 mars 1985, la direction Tupamaros sort de prison. Le 17 mars 1985, un grand meeting a lieu au stade Le Platense, où Pepe Mujica prononce un grand discours qui le place désormais comme le dirigeant principal des Tupas. Une rude discussion politique va traverser le MLN-T jusqu’en 1994. Faut-il construire un mouvement de masse ou une avant-garde ? A partir de 1986, le MNL-T demande son adhésion au Frente Amplio. Elle sera acceptée le 20 mai 1989. Le MNL-T devient au sein du FA le Mouvement de Participation Populaire (MPP).

Au plus fort de la lutte, on compte moins de 10 000 Tupamaros. Le gros des troupes est issu des milieux ouvriers, étudiants, des gauchistes et des bourgeois, des fonctionnaires : la classe moyenne. Même le fils d’un responsable de la police, Raul Bidegain Creissig. Les paysans du début ne sont pas assez nombreux, la population de l’Uruguay étant profondément urbaine, près de la moitié de ses habitants résident à Montevideo. Les Tupamaros inaugurent la guérilla urbaine, s’éloignant des autres révoltes d’Amérique Latine, rurales comme au Nicaragua.

Les représailles sont sans pitié. La torture devient courante. La CIA et Nixon soutiennent et envoient des « formateurs » qui enseignent aux policiers locaux la torture et l’oppression. L’un d’eux, Dan Mitrione, issu du FBI, est enlevé par les Tupamaros qui réclament en échange la libération de 100 des leurs. Refus. Mitrione est exécuté, les médias reçoivent peu après la liste des précédentes exactions de Mitrione. Costa-Gavras en a fait un film, Etat de Siège, avec Yves Montand.

S’ensuivit une fuite en avant, de part et d’autre. L’enlèvement de Geoffrey Jackson, l’ambassadeur britannique. L’évasion spectaculaire de cent prisonniers de la prison de Punta Carretas. En 1971, se crée le Frente Amplio, une alliance de gauche, légale, et certains Tupamaros s’en rapprochent.

En 1972, Juan Bordaberry, du parti Colorado, prend le pouvoir avec le soutien des militaires, avant le coup d’état formenté le 27 juin 1973. Les Tupamaros ne s’en remettront pas. Tous les partis et organisations de gauche deviennent illégaux, tout simplement. Raul Sendic est emprisonné l’année suivante, comme la plupart des autres chefs de la révolte, dont José Mujica. Emprisonnés… mais aussi torturés, privés de contacts extérieurs.

Libérés, en route pour le gouvernement

Tous sont libérés en 1985, à la fin de la dictature. Le MLN-T renonce à la lutte armée par la voix de Sendic et s’intègre au Frente Amplio, la fédération de centre-gauche qui arrive au pouvoir en 2004. José Mujica devient alors ministre de l’agriculture. Une autre Tupamaros, Nora Castro, devient présidente de l’une des deux chambres du congrès.

Raul Sendic, l’initiateur de la révolte, est décédé en 1989.

José Mujica, l’ancien rebelle de 74 ans sera opposé, le 25 octobre prochain lors d’un scrutin capital pour le pays, à Luis Alberto Lacalle, qui fut président de 1990 à 1995, représentant les conservateurs, le Parti Blanco. Le troisième candidat est Pedro Bordaberry. Le fils de Juan Bordaberry, l’ex dictateur toujours emprisonné en attendant son procès pour violations des droits de l’Homme.

Le programme social porté au sein du FA par le MLN/MPP est ambitieux : les « vieux » entendent notamment lutter contre la pauvreté par une augmentation de 30 % des salaires les plus bas qui sera financée par l'impôt sur le revenu. Cette décision suscite l'opposition farouche des partis traditionnels qui y voient une mesure populiste, ainsi que celle du FMI qui ne manque pas d'avertir d'une fuite prévisible des capitaux, préjudiciable pour le pays. Arrivée en tête au premier tour, la gauche perd au second, néanmoins que la crise économique qui a frappé l'Uruguay en juillet 2002 a renforcé la côte électorale du FA .

Le cas Jose Mujica, ex président d’Uruguay

Moustache grise, M. Mujica l’un des dirigeants du tupamaros et l’ex président du l’Uruguay commente aussi bien l’actualité internationale qu’il théorise sur l’amour ou «l’espèce» humaine et les risques qu’elle encourt, José Mojica, dit Pépé, aura marqué les esprits par un mode de vie très simple, le Président reverse 90% de son salaire à des œuvres caritatives et mène une politique libertaire, il a dépénalisé le cannabis et autorisé le mariage homosexuel.


«J’ai vécu comme ça la plupart de ma vie. Je peux vivre avec ce que j’ai.»

Jose Mujica

Tupamaros Tupamaros

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