Algérie : Boutef le répliquant quand le Peuple Veut

Bouteflika essaye-il juste de gagner du temps pour sauver son clan de la reddition des comptes ?

En quelques semaines une histoire 3.0 s'est déroulée devant nos yeux. Un cas unique dans le monde arabe par le niveau de conquête atteint. 

L'algérienne et l'algérien, ont réhabilité un état de nature de ce qu'est le peuple souverain. 

Certes, beaucoup reste à faire mais faire renoncer un système, car dans ce recul c'est un système qui recule, à se perpétuer par les candidatures infinies est un exploit génial quand on est entouré d'une monarchie de droit divin à l'ouest, des tyrans au sud et des lumpenpouvoirs que même leurs mentors occidentaux ont abandonné. 

Un peuple génial nous est exposé 

Diderot écrivit  « En général, plus un peuple est civilisé, poli, moins ses mœurs sont poétiques ». 

C'est tout le contraire, concernant le peuple algérien nous enseigne : sa capacité à être civilisé, poli, aux mœurs poétiques. 

Civilisé par la qualité de réponse au désordre du droit et des libertés par la liberté et le respect du droit de manifester. 

Poli, et il suffit de lire les slogans : pas d'injures, pas de racisme, pas d'invectives. Parfois même par la drôlerie. 

Et au mœurs poétiques, et la Mouradia aux airs de l'USMA est un hymne à la poésie du peuple, celui qui veut ! 

L'Algérie est sortie de  « la production barbare d’un temps non encore dégrossi », avec une force expressive et non affaiblie par la discursivité mafiosée et une historicité des peuples modernes ancrés dans leur histoire. 

Car l'Algérie n'est pas un pays comme les autres et son peuple est unique. 

Une issue historique revigorante par les temps défaitistes qui nous étouffent, qui n'a besoin d'un tel peuple comme auteur, et pas de seulement un public, casuistique mortelle des printemps arabes. 

Une originalité collective de la nation, incarnée par le peuple. Finalement, dans une triade synchrone : Poétique, Intellegente, et Populaire. Bref Nationale. 

Oui mais, ne serait-il pas dangereux de s'arrêter à la fin de cette séquence historique ? 

Ce peuple expérimenté et au million de martyres ne prendrait il pas le risque de se faire enfumer pour être trivial? 

Car "les justes éloges n'ont-ils pas un parfum que l'on réserve pour embaumer les morts." écrivit Voltaire. 

Bouteflika œuvre par réplication successives ! 

Tout un chacun ayant regardé Blade Runner, tel un scénariste du film, aurait relevé que le pouvoir algérien personnifié s'accroche, œuvre par un processus de reproduction des justifications clonées pour ne rien lâcher. 

Bouteflika ne rend pas la main tel que la démocratie le stipule. Il perpétue son mandat en promettant des réformes institutionnelles. Autant confier les clés du coffre à braquer. 

Il agit certes, par équilibrismr interposé, car Bouteflika est un équilibriste, et répondu aux caractéristiques du contexte de la guerre civile en opérant l'équilibre entre le peuple, l'armée et la démocratie face à une décennie de guerre contre le GIA. 

Mais cette légitimité a atteint sa date de péremption depuis un moment. 

L'heure de la retraite a sonné. Mais son clan a peur. 

Un spectre hante l'Algérie : le spectre de la démocratie. 

Mais Il a peur de la réddition des comptes. 

Tout n' est pas propres et des têtes devraient sûrement tomber y compris parmi les cercles les plus proches. C'est probablement ce qui hante ce magma de corrompus et de pilleurs de la richesse du pays : des milliards de rentrées d'argent des hydrocarbures et d'autres se volatilisent chaque jour. L'armée, premier soutien du président, est corrompue. 

Durant le premier mandat, la continuité l’emporte peu à peu sur le changement. Le retour à la paix civile se fait tant bien que mal sur la ligne d’apaisement déjà bien engagée par son prédécesseur le général Lamine Zeroual ; les choix de l’économie de marché et de l’ouverture sur l’extérieur imposés en 1994 par le Fonds monétaire international (FMI) sont confirmés. L’équipe présidentielle consacre le libéralisme en donnant les clés du camion aux  institutions internationales et européennes qui  prennent la main activement pour la définition de la politique économique ultra libérale  (privatisations, débudgétisation, dépréciation du dinar) et à la mise en place de réformes d'ajustements sectoriels (eau, télécoms, transports, logement). 

Le traité d’association avec l’Union européenne est signé et Alger se prépare à rejoindre l’Organisation mondiale du commerce (OMC). 

Au plan politique, tente infructueusement de réformer de l’État. Moderniser les pouvoirs publics, la justice et L'enseignement est un fiasco. Des personnalités aux âmes douteuses en indépendantes choisies pour leur technicité. Le pouvoir civil s’affirme davantage, sans que pour autant les généraux « influents » s’effacent. 
Au plan extérieur, Bouteflika tente de redynamiser l’Afrique politique en réunissant le triumvirat des États les plus puissants du continent : l’Algérie, l’Afrique du Sud et le Nigeria. L’initiative n’ira pas très loin. 

Crise en Kabylie

L’aggiornamento à pas comptés ne dure pas. Les rapports des  commissions ad-hoc sont enterrés, on ne change rien au « système ». Au contraire, le nouveau pouvoir va se raidir dès 2000 à l’occasion de la crise kabyle. À la suite du meurtre par un gendarme d’un jeune lycéen, les deux wilayat (départements) kabyles de Tizi Ouzou et de Béjaïa s’embrasent. La réaction d’Alger exclut le dialogue : les brigades de gendarmerie sont fermées et l’anarchie encouragée pour empêcher les deux partis influents dans la région, le Front des forces socialistes (FFS) d’Hocine Aït Ahmed et le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) de Saïd Saadi de tirer parti de l’affrontement. La politique du pire réussit, la confusion et l’insécurité s’installent pour longtemps, avant qu’au milieu de la décennie un semblant d’ordre, sinon de calme, revienne. 
En avril 2004, Bouteflika est réélu contre un adversaire ringardisé à souhait. 


L’argent et la maladie vont changer le cours des événements. D’abord, l’envolée du prix des hydrocarbures qui représentent 98 % des exportations algériennes. Quand Bouteflika arrive au pouvoir, le baril est à 15,30 dollars et l’Algérie a besoin de l’extérieur pour financer ses importations et rembourser sa lourde dette (25 milliards de dollars). 

L'Algérie est surtout le peuple algérien en souffrent. 

Alors la question qui se pose à tous les régimes est la suivante : comment promettre et réussir là où nous avons échoué partiellement ou totalement pendant 20 ans ? 

Ce que l'on peut dire à ce moment historique, c'est que le peuple algérien a montré est un esprit génial. Ce Volksgeist Durera-t-il ? 

Bouteflika essaye-il juste de gagner du temps pour sauver son clan de la reddition des comptes ? 

Mais ne faudrait-il pas cesser de jouer le chrono ? Car le temps lorsqu'il est employé dans ses moindres détails devient le pire ennemi, dit l'adage. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.