“Le pessimisme ouvre la voie à tous les renoncements.” Jacques Chirac

On liant le pessimisme au renoncement, Jacques chirac établit une des équations des plus complexes pour une démocratie : la relation/rupture entre le peuple et ses représentants dans le modèle politique des lumières.

Depuis le siècle des lumières, le modèle démocratique repose sur un système représentatif puisque le peuple est représenté par des personnes élues ; le consentement populaire se trouve donc à la base de ce système (par le suffrage universel).

Or nous constatons d'élection en élection (1) , le renoncement du peuple à donner ce consentement à une classe politique qui ne répond plus aux exigences de la représentation efficace.

Ce renoncement n'est pas celui de la masse populaire qui inquiétait Platon dans la République ou Aristote dans la Politique (2), masse inculte, influençable et indisciplinée qui se retient de devenir maîtresse de la cité.

Ce renoncement a tout d'une expression d'attentes et d'exigences qui ne trouvent pas de réponses dans le temps.

Le renoncement s'est installé et a acquis une certaine légitimité en tant que réponse politique à part entière.

L'électeur d'aujourd'hui est d'abord un électeur intermittent, qui fait un usage alterné du vote et de l'abstention, qui ajuste son comportement électoral en fonction de l'offre politique ou de la façon dont il perçoit l'importance des enjeux du scrutin. (3)

Alors à force d'attendre, le peuple devient Alceste (4). Alceste dénonçant l'hypocrisie d'une classe devenue méprisante, la couardise dans la gestion de la chose publique et la compromission d'une partie des élites. Alceste le pessimiste. Le peuple est pessimiste quand à l'avenir.

Les réponses sont-elles à la hauteur ? Répondre à ce pessimisme c"est répondre à la persistance de la crise sociale et économique, à un chômage de plus en plus structurel qu'on n'arrive pas à juguler. L'insécurité sociale, l'anxiété, la peur, le mécontentement sont autant de signes qui éloignent les Français de leurs représentants politiques et qui peuvent les amener à opter pour des mobilisations plus directes comme des manifestations ou des mouvements de rue qu'à s'exprimer électoralement.

L'Union de la gauche pour quoi faire ?

Gérard Grumberg, historien du Parti socialiste, politologue du CNRS, interrogé sur France TV Infos, à la suite du premier tour des départementales du 22 mars 2015, a eu cette analyse : « La gauche paie, comme on pouvait s'y attendre, ses divisions. Mais si la gauche est divisée, c'est parce qu'elle n'existe plus. On ne peut plus désigner sous la même appellation des partis qui s'affrontent aux élections et ne souhaitent plus gouverner ensemble ».

Cette thèse est loin d'être absurde. Et il faut revenir sur ce qui la fonde : la volonté de gouverner ensemble dans l’histoire politique des XIXe et XXe siècles pour terminer sur les objectifs d’une « gauche » du XXIe siècle.(5)

Les élections régionales en sont la preuve : la division à gauche est très visible. La où les gauches réformistes, les écologistes très divisés, la ou les gauches de la gauche, les extrêmes gauches...

Le référendum du 16, 17 et 18 octobre 2015, voulu par Jean-Christophe Cambadélis, même s'il se nourrit d'une volonté d'endiguer la spirale des défaites électorales et changer la donne en matière de renoncement électoral par la faible confiance en une gauche en échec et divisée, est confronté à deux grands handicaps: l'abstention et la division.

D'autant plus que les troupes de gauche sont dans un état de démobilisation avancé quand elles n'ont pas quitté le navire (-42000 au PS et la moitié d'EELV partis).

Ce référendum mesurera sa réussite ou son échec en fonction de la perspective qu'il donne. Il n'aura de résultats convaincants que s'il ouvre la voie à des choix d'une société plus égalitaire (logement, emploi, transport, éducation...), plus responsable pour l’écologie, basée sur des droits sociaux préservés, pour donner plus de capacités d’agir à toutes et à tous. Démocratie d’initiative citoyenne, Responsabilité écologique, Solidarités, Autonomie de toutes et de tous doivent être les valeurs à mettre en avant dans la construction de l'Union et dans le débat démocratique.

La menace du FN ne suffira pas.

Dans ces conditions, la stratégie référendaire risque de virer à l'échec. Elle est très marquée "opportunisme électoral". Elle peut se transformer en fabrique du renoncement citoyen. La constitution des listes (le règne des promotions et des copinages ), la dégradation du dialogue à gauche (hégémonie socialiste latente) ainsi que le mépris des quartiers populaires et réinvention frauduleuse des concepts de société civile et de diversité sont autant des facteurs d'échec.

De plus,. le Parti Socialiste, qui éprouve les pires difficultés à rassembler en son propre sein, ne parvient plus à convaincre les autres partis à gauche de se réunir autour de lui. Des partis qui ont chacun des raisons à faire valoir pour justifier leur refus notamment sur l'exigence d'une politique de gauche par le gouvernement socialiste.

Ce point est d'ailleurs au coeur du "contre - référendum" souhaité par des transfuges du courant écologique.

Pour une politique de gauche, un référendum "coup de gueule"

Les porteurs du projet de contre - référendum, Caroline de Haas et Julien Bayou (6) stigmatisent la mauvaise foi des socialistes caractérisant leur référendum d'union de la gauche, en considerant le scrutin du PS comme un "chantage" sur le risque de victoire du FN: "La responsabilité principale dans la montée du Front national, c'est d'abord celle de ceux qui tiennent pas leurs engagements de campagne" déclare Caroline de Haas.

Quand à Julien Bayou, l'autonomie vis-à-vis du PS, il la revendique : pas question de tomber dans les "combines" de Jean-Christophe Cambadélis. "S'il avait voulu le succès de cette alliance, il nous en aurait parlé auparavant, souligne-t-il. Le rôle du Parti socialiste ce n'est pas de fracturer ses partenaires."

Mais dans le contexte actuel, si le référendum du PS, a des chances limitées de mener à la victoire ou plutôt à limiter la défaite, le coup de gueule ne mènera les écologistes et leurs soutiens qu'à plus d'isolement vu l'ampleur de leurs divisions internes.

Conclusion

Dans un cas comme dans l'autre, les deux initiatives ne proposent et ne préparent rien qui puisse motiver les citoyens à aller aux urnes et encore moins les faire voter à gauche. Le pessimisme règne ! Cette fabrique du renoncement continuera à se nourrir des engagements non tenus et des divisions. Jusqu'à quand ? Peut être que le choc FN au premier tour des régionales réveillera des consciences et définira les responsabilités. Ça ne semble pas la tendance .

(1) Anne MUXEL, "L’abstention : déficit démocratique ou vitalité politique ?", Pouvoirs, revue française d’études constitutionnelles et politiques, n°120, 120 -p.43-55. http://www.revue-pouvoirs.fr/L-abstention-deficit-democratique.html

(2) Sur quel modèle se fonde notre démocratie ? – Par Claude MOSSÉ

(3):http://mobile.francetvinfo.fr/elections/sondages/l-abstention-est-devenue-une-reponse-politique-a-part-entiere_558205.html#xtref=https://www.google.fr/

(4) Le Misanthrope - Molière

(5) http://blogs.mediapart.fr/blog/jacques-milan/230315/pourquoi-la-gauche-nexiste-plus-en-france

(6) Caroline de Haas féministe, anciennement encartée au PS Julien Bayou, conseiller régional et porte-parole d'Europe écologie les Verts.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.