Macron hyper médiatisé : vive la médiaklatura

Quand le journalisme prend fait et cause pour Emmanuel Macron par exemple et se fourvoie de la sorte, il n'y a que trois interprétations possibles : Il est aveugle, Il est manipulé, ou il en a pas !

« Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l’égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands ; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l’égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté. » Alexis de Tocqueville – De la Démocratie en Amérique

Les Français vivent en servitude médiatique.

Les médias ne sont pas un contre-pouvoir. Ils sont le pouvoir. Le pouvoir sur les esprits. Les plus grands médias imposent le politiquement correct. Ils disent aux Français ce qu'il convient de faire et de penser.
Une servitude organisée qui les concerne aussi. En servitude publicitaire. En servitude financière. Car ce sont les banques et les grands oligarques mondialisés qui sont aux commandes des médias français. C'est la Sainte-Alliance du capital et des serviles de salles de rédaction.

Notre société est de plus en plus exigeante en matière de transparence. Cette transparence doit aussi s'appliquer aux médias : leurs auditeurs et leurs lecteurs doivent savoir d'où ces médias parlent pour connaître leurs arrière-plans financiers, commerciaux, idéologiques ou communautaires ; des arrière-plans qui structurent leur prises de positions et qui expliquent la disparition de tout véritable esprit critique.

Depuis des mois, ils nous dictent des vérités sondagières et analytiquement puantes.

Or qu’attendons-nous des médias  dans notre modèle démocratique ?

Une éthique dans l’information en toute objectivité. La sphère médiatique fonctionne en principe, selon une logique symbolique qui est de s’inscrire dans une finalité démocratique en se mettant — idéalement — au service de l’opinion publique et de la citoyenneté en l’informant sur les événements qui se produisent dans l’espace public et en contribuant au débat social et politique par la mise en scène de la confrontation des idées.

Néanmoins, on constate que dans les sociétés démocratiques, les médias sont devenus le lieu de luttes féroces d’influence et de pouvoir dont certains des enjeux principaux sont l’emprise sur l’espace public, le contrôle des productions et, en définitive, la confiscation des libertés.

Ces enjeux sont le plus souvent masqués, c’est-à-dire que, paradoxalement, ils s’exercent au nom même de ce qu’ils détruisent.

La prise de possession privée se fait ainsi au nom de la défense du public ; l’homogénéisation des productions, au nom de la diversité et de la concurrence ; la négation des libertés, au nom de l’une des formes les plus fondamentales de celles-ci : la liberté d’expression. Recherche du profit, connivences politico-médiatiques, soumission au plus puissant, tels sont quelques-uns des ressorts qui animent l’autre côté du miroir médiatique, le côté non immédiatement visible des médias.

Le numéro des Dossiers du Grand Enchaîné qui a pour titre « Télés, le maillon fric : audience, pouvoir, paillettes, argent... » en donne de nouveaux exemples, avec l’ironie qu’on imagine.

Et malgré cela, les choses restent en l’état ou, pis, se dégradent de saison en saison, voire de jour en jour.

Macron ce héros politico-médiatique

Depuis des semaines, le message sur la fuite des cadres du Parti Socialiste choisissant Emmanuel Macron à la place de benoît Hamon, candidat de la primaire socialiste, inondent l’espace public et médiatique. Des élus en masse migrent vers l’ex-banquier devenu agent double : agent politique et agent économique face au vainqueur de la primaire, et par conséquent doté d’une légitimité que d’autres n’ont pas.

Or les faits sont têtus, écrivit Lénine dans sa lettre aux camarades le 17 octobre 1917.
Les chiffres aussi sont têtus.

2% d'élus socialistes soutiennent Macron, contre 3% écologistes EELV et 1% PCF/PG et les médias s'enflamment sur l'échec de Benoit Hamon à rassembler.

Pour qui roulent-ils ?

Marianne a résumé la situation ; Emmanuel Macron en Une de "L'Obs", Emmanuel Macron avec son épouse Brigitte dans "Paris Match", Emmanuel Macron sollicité sur tous les plateaux télé, Emmanuel Macron adoubé par une ex-journaliste, Laurence Haïm... Le candidat de "En marche" pour la présidentielle est-il le candidat des médias ? Oui, à en croire "Marianne" qui y consacre son dossier cette semaine : "Macron, tête de com. Ras le bol des médias fous qui l'adulent. Et si on parlait enfin des idées". Pour illustrer ce sujet, l'hebdo met en Une...

Macron, évidemment, encerclé de journalistes et photographes. Une curieuse façon de dénoncer le phénomène tout en surfant dessus...

Mais sont-ils obligés de servir  de la sorte ?

Tout journaliste a la droit de refuser toute pression, de refuser de divulguer ses sources et de refuser de signer un article, une émission, une partie d’émission ou une contribution dont la forme ou le contenu auraient été modifiés à son insu ou contre sa volonté’’.

 Voilà ce que l’on peut lire en parcourant le 1er article de la loi visant à renforcer la liberté, l’indépendance et le pluralisme des médias. Une loi définitivement adoptée le jeudi 6 octobre, dans une indifférence d’autant plus surprenante que plusieurs affaires récentes viennent interroger la réalité de cette indépendance et de ce pluralisme. Depuis que Vincent Bolloré en a repris les rênes, le groupe Canal Plus vit au rythme des intrusions de son PDG dans les contenus journalistiques : la grève reconduite à Itélé n’en est qu’une des illustrations.

Le service public est lui aussi atteint : l’enquête d’Envoyé spécial sur l’affaire Bygmalion a bien failli ne pas être diffusée, pour ne pas perturber la primaire à droite. Et puis il y a le livre que vient de publier l’ex numéro 2 de la rédaction de l’Obs. Licenciée selon elle pour avoir défendu un positionnement trop à gauche de l’hebdomadaire, elle décrit un milieu asservi au monde politico-financier, et une profession devenue complice par sa volonté de ne pas déplaire.

‘’Pour qui roule la presse ? Pouvons-nous nous poser en toute légitimité la question ?

Des médias convertis au « Poutinisme » en vogue dans certains milieux français ? Quel drôle de journalisme.

Quand le journalisme prend fait et cause pour Emmanuel Macron par exemple et se fourvoie de la sorte, il n'y a que trois interprétations possibles :

Il est aveugle, Il est manipulé, ou il en a pas

Si j'étais assez cynique, je dirais que ce journalisme est indigne de l'exemple de Charlie Hebdo où les journalistes ont payé de leurs vies pour n'être inféodés à aucune manipulation.

En tous les cas, j'ai bien peur que les médias œuvrant pour la présidentielle de 2017, à défaut d'être inféodés à des idéaux et à une éthique, choisissent les grosses ficelles à la Pravda dans un écrin pour la cérémonie de mort d’Albert Londres une seconde fois.

 La Médiaklatura: le nouveau pouvoir culturel - André Bercoff, Vincent Jauvert

 

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