« C'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser (...) Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir »

Montesquieu (l’esprit des lois – 1748)


Montesquieu a crée une théorie constitutionnelle universellement valable pour garantir les libertés politiques.

Selon lui, pour y parvenir il faut limiter le pouvoir  car « c’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser».

Pour ce faire, il faut reconnaitre l’existence de trois pouvoirs distincts. Montesquieu préconise une certaine séparation des pouvoirs entre des organes indépendants et spécialisés; ainsi le pouvoir LEGISLATIF élabore les lois; le pouvoir EXECUTIF est chargé de leur exécution et le pouvoir JUDICIAIRE veille à la bonne application de celles-ci.

Toutefois, il faut permettre aux autres pouvoirs de parer aux éventuelles déviances de l’un d’entre eux, c’est-à-dire ménager des freins et des contrepoids (checks and balances)

Le roi s'est délesté des pouvoirs exécutif et législatif, conserve des charges régaliennes par excellence et Commandant suprême de l'armée. Surement, au sens de Montesquieu, l’Etat marocain n’en est pas un:

La faiblesse des institutions politiques constitue une des représentations les plus apparentes de l’Etat marocain.  Car il y’a bel et bien un État, mais il est  faible, sinon « en situation d’échec», marqué par une nette disjonction entre le caractère formel des institutions démocratiques et la conduite de la politique.

La conséquence, est le retard matériel : un manque de développement. Le problème fondamental vient de l’État et de son rapport à la société : c’est la faiblesse de l’État, et la vacuité des institutions démocratiques, qui produisent le sous-développement.

Il faut ajouter à cela les obstacles structurels au développement de type libéral. La raison pour laquelle le Maroc a des institutions politiques faibles est le sous- développement et la faiblesse du développement économique en particulier.

Le développement économique facilite la construction d’États forts en même temps qu’il produit la seule classe sociale capable d’engendrer la démocratie universelle, même dans les contraintes historiques et religieuse de l’Etat marocain.

A partir de ces hypothèses, Le Maroc est face à deux choix :

  • Première possibilité, les élites gouvernantes choisissent la route du développement de type capitaliste, ce qui entraîne des transformations sociales de grande ampleur, et appelle la mise en place d’un programme vigoureux d’accumulation primitive. En toute probabilité, cette voie est complètement opposée aux intérêts des défavorisés, aussi, provoque-t-elle inévitablement une marée de contestations populaires.

En fait, et jusqu’à présent, seuls les États autoritaires comme la Corée du Sud, Singapour et Taiwan, qui peuvent ignorer les pressions populaires, ont réussi à promouvoir la transformation libérale. Par ailleurs, on voit également des États autoritaires, comme l’Indonésie, qui se sont servi du discours sur le développement afin de légitimer la répression et la corruption. On peut donc se méfier de tels efforts.

 

  • La deuxième possibilité pour les élites gouvernantes est l’abandon de l’objectif du développement de type libéral parce qu’il représente une utopie impossible en raison des obstacles structurels  et de la place ténue que le Maroc occupe dans la structure du capitalisme mondial. Au lieu de cela, se focaliser alors sur une politique plus autonome et créative en se servant des conditions actuelles.

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