Jerada : la ville où le responsable n'est responsable de rien !

A Jerada, à la politique des promesses non tenues se rajoute la faute politique et la répression comme palliatif à l'échec dans la gestion de la demande publique.

Jerada, la ville où celui qui décide n'est responsable devant personne et ne rend compte à personne. Sa seule réponse est la matraque !

Ils demandent quoi Les jradaoui.e.s ? Qu’on se préoccupe d’eux !


Parce que la ville et la province de Jerada n’ont pas toujours été parmi les plus pauvres du Royaume. Dans les années 20, on découvre la richesse du sous-sol. Les Charbonnages du Maroc sont alors le deuxième plus grand recruteur du pays. La société d’Etat emploie entre 6.000 et 9.000 personnes dans la région. Mais la grande mine finit par ne plus être rentable. Décision est prise en 98 de la fermer. Et depuis, c’est le "système D". Ces puits sauvages sont illégaux, mais tolérés. Les "gueules noires" vendent leurs sacs de charbon à ceux qu’on appelle les "patrons" : quelques notables du coin qui détiennent les permis miniers. Eux sont riches mais les hommes qui descendent sous terre gagnent 100 dirhams par jour, c’est moins de 10 euros. Quelques 2.000 personnes font ainsi vivre comme ils peuvent leurs familles mais dans la région de Jerada, le chômage grimpe à 32 %, c’est deux fois plus que la moyenne du Royaume.


Mais les gouvernements au Maroc n’avait pas prévu de palier la fermeture de la grande mine, au début des années 2000 !


Sur le papier si, des programmes de développement et de reconversion étaient prévus mais rien ne s’est jamais passé.

Exactement comme dans le Rif, où la contestation gronde aussi depuis plus d’un an, après la mort d’un vendeur de poisson dans une benne à ordure, à al-Hoceima.


Vous vous souvenez de cette histoire, c’est pareil. C’est le Maroc qui veut qu’on l’aide à sortir la tête de l’eau.
A Jerada, des ministres se sont déplacés et ont fait des promesses de plan d’urgence. Les habitants attendent de voir et d’ici là, ils manifestent, ils marchent vers Rabat la capitale.


En attendant, la politique répressive fait son chemin. Dans un communiqué incendiaire, le Ministère de l'intérieur, relayé par le Pacha (un reste des gouvernorats turcs du début du 20ème siècle), et les notables de la ville menacés par la réédition des comptes, décide inconstitutionnellement d'interdire les rassemblements. Autant dire attiser un feu déjà très fort.


A la politique des promesses non tenues se rajoute la faute politique et la répression comme palliatif à l'échec dans la gestion de la demande publique.


Pour que les choses soient claires, les jradaoui.e.s demandent à ceux qui sont aux responsabilités d'être responsables en :
- garantissant une alternative économique pérenne
- la remise en cause du système de facturation d'électricité et eau
- la reddition des comptes de la part des responsables qui ont eu à s'occuper de la destinée explique de la région. Car des milliards ont été dépensés et distribués sans que la population n'en voit le moindre centime!


Ils en ont les moyens !

 

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