Fais-moi mourir aussi. Pour linceul dans sa tombe, Il aura mes cheveux.

Hommage inconnu au poète Ali Idrissi Kaitouni, qui nous a quitté prématurément.

Ceux qui meurent et ceux qui combattent

Cher Larbi, je te parle ;-)

Je ne connaissais pas comme toi le regretté Ali, question de timing intemporel.

ET je peux te dire en scrutant ta langue, je me dis que cet homme est un bon.

Et le moment fatal où tous ceux de la terre,
        De la plaine et des monts,
ont dit : Tu es, ô rêveur aux mots solitaires,
         De ceux que nous aimons !

Parfois un souvenir des heures amoureuses
         Illuminait tes traits,
Comme passent le soir des pourpres vaporeuses
         Entre les noirs cyprès.

Il me vient de lui une chère et fugitive image,
         Et de son œil hagard
qu’il laisse entrevoir à travers le nuage
         Qui voilait son regard.

Le poète ne savait pas que, malgré son blasphème,
         Son rêve s’achevait,
Et que la jeune fille était, vivant poème,
         Assise à son chevet.

Sur le front du mourant elle posa sa tête,
         Pour y dormir un peu
Avant que l’Ange prît cette âme de poète
         Pour la mener à Dieu.

Or, c’était une chose étrange et sérieuse
         Que d’unir sans remord
Aux lèvres d’un mourant cette lèvre rieuse,
         Cette vie à la mort !

Je ne sais quel espoir passa sur ce délire
         Dans l’ombre enseveli,
Mais voilà ce que dit l’âme à la douce lyre,
         Au chaste front pâli :

Pourquoi douter ainsi de l’avenir immense
         Et rester abattu ?
Où l’homme voit finir son pouvoir, Dieu commence ;
         Il nous aime, vois-tu !

 

Il conserve à ta vie ardemment dépensée
         Le ciel de bien des jours,
Où s’épanouiront les fleurs de ta pensée
         Fidèle à nos amours.

— Oh ! dit-il, mots divins ! Amour et Poésie !
         Ineffable trésor !
Je vous ai savourés comme un flot d’ambroisie
         Dans une coupe d’or !

 

Ton rêve était partout. Et je disais : Je t’adore !
         À l’aubépine en fleurs ;
Au feuillage : Sens-moi tressaillir. À l’Aurore
         Humide : Vois mes pleurs !

 

Tu aimais la Liberté, cette déesse antique
         Dont les flancs sont blessés,
Et qui chantait jadis un radieux cantique
         Sur ses fils trépassés ;

Cette mère dont l’âme à tous nos vœux se mêle ;
         Qui, les deux bras ouverts,
Étreint les nations, et, comme une Cybèle,
         Allaite l’univers !

 

Lorsque tu demandais  les vierges diaphanes
         Dont le maître étoila
Notre ciel obscurci, de viles courtisanes
Te répondront : Nous voilà !

Mais j’en ai trouvé deux plus froides que les autres
         Dans leur satiété,
Deux, l’Envie et la Faim, les plus dignes apôtres
         De la société !

Si bien que tu as creusé ton sillon dans ce monde
         Égoïste et mauvais,
Lorsque l’autre patrie était seule féconde :
         Mais celle-là,  tu y es allé !

— Non, dit-elle, vivons, ô mon idolâtrie !
Seigneur, rends-lui sa foi.
Ou si vraiment son âme irritée et meurtrie
         A déjà soif de toi,

Si tu veux délivrer cette blanche colombe,
         Seigneur, si tu le veux !
Fais-moi mourir aussi. Pour linceul dans sa tombe
         Il aura mes cheveux.

Or, Dieu prêta l’oreille à ces voix de la terre.
         Des deux enfants liés
Il ne resta plus rien, qu’un tombeau solitaire
Et des chants oubliés.

 

 

Merci Théodore de Bainville de m’avoir inspiré !

Ali Idrissi-Kaitouni , le poète est part Ali Idrissi-Kaitouni , le poète est part

 

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