Soutien de Benoit Hamon :les Hollandais perdus entre le Parti Socialiste et E. Macron

Ne pas soutenir Benoît HAMON est une casus belli aux militants et aux citoyens de gauche, qui mène à l’échec en plus de l’éclatement du PS. Si les Hollandais derrière Stéphane Le Foll veulent laisser le seul choix possible aux citoyens entre une escroquerie, une usurpation de légitimité "réformatrice" et la xénophobie, ils savent quoi faire : priver Benoît Hamon de leur soutien !

"La gauche moderne, c'est nous" disait Martine Aubry, la même qui a partagé avec ces Junkies-Macron qui nous expliquent le vote utile comme une euthanasie du projet sociétal.

De quoi s’agit-il pour Madame Aubry  quand elle parle de la vraie gauche ? Il s’agit de  "la gauche progressiste, la gauche moderne, c'est nous. Qu'on ne me dise pas que la déchéance de nationalité, qu'on me dise pas que la loi El Khomri, qu'on ne me dise pas qu'allait tacler Madame Merkel, c'est de gauche, ça n'est pas vrai."

Alors quand le porte-parole du gouvernement développe une allergie au programme de Benoit Hamon sur la dette, sur le revenu universel car il le trouve trop à gauche, il parle de quoi ?

La question des dettes ?

La dette est budgétaire et c’est du ressort de tous les Etats presque. Et elle peut être publique qu’il faut réorganiser, restructurer, revoir, réajuster ou tout simplement réduire car elle plombe les comptes de la France et réduit les possibilités d’investissement

Que dit Benoit Hamon sur la dette ?

« Demander un moratoire sur les traités budgétaires européens et mettre en commun une partie des dettes des pays membres de la zone euro. »

Que dit le porte-parole du gouvernement sur les dettes des agriculteurs qui les asphyxient

« L’Etat demandera une restructuration des dettes ». Concernant la garantie des prêts de restructuration de la dette ou de reconstitution des fonds de roulement mise en place dans le cadre du Pacte de refinancement et de consolidation de l’agriculture, le ministre décide de repousser le délai de dépôt de demande de prise en charge de la garantie par l’Etat du 31 décembre 2016 au 31 mars 2017.

Un moratoire est un terme de droit, qui désigne une décision d'accorder un délai ou une suspension volontaire d'une action. Disposition légale, nécessitée par des raisons impérieuses d'intérêt public, suspendant d'une manière générale l'exigibilité des créances, le cours d'actions en justice.

Quelle est la différence entre repousser le délai et accorder un moratoire ?

L’argument de Stéphane Le Foll  est de même nature que celui de Benoît Hamon, puisqu’il décide de réorganiser le calendrier de la dette toute en prenant implicitement en charge une partie par l’Etat.

Et quid du revenu universel ?

Pour le Porte-Parole du gouvernement, se constituer un patrimoine est une question majeure. Il propose donc de soutenir tous les jeunes de 5 ans

Stéphane Le Foll défend le principe d'un patrimoine universel, avec une dotation à tous les jeunes de 25 ans, plutôt que le  revenu universel. Il défend "l'instauration d'un patrimoine universel, ou patrimoine de départ, transmis à chaque jeune de 25 ans". Il évoque une "dotation en capital" qui pourra "être complétée d'un prêt à taux 0 pour soutenir ceux qui souhaitent investir".       

 

Il déclare à la Fondation Jean-Jaurès : "Dans ce monde qui change, dans cette France qui change, un fait est radicalement nouveau: la question de la constitution d'un patrimoine est devenue une question majeure, déterminante pour garantir une ascension sociale". Il va plus loin que le périmètre proposé que Benoît Hamon

Aucunement en opposition  si ce n’est dans l’étendue des possibilités dans la proposition.

Le Revenu Universel est conçu dans sa perception comme un apport en nature chez Stéphane Le Foll plutôt que monétarisé. Les deux voies sont posés sur le même rail !

Ajouté à cela, le Ministre a fait le choix de solidarité avec Manuel Valls contre vents et marrées et qui plus est quand celui-ci, candidat à la primaire, a répété sans cesse  "Je veux faire confiance à l'individu. La République, j'aurais pu dire la gauche, c'est l'alliance entre le collectif et l'émancipation de chaque personne".

Que faut-il de plus pour s’inscrire dans un projet qui se veut de gauche, alliant le collectif et l’émancipation des citoyens ?

Quand  Benoît Hamon évoque le quinquennat, il est obligé d’évoquer ce qui a marché et ce qui ne l’a pas été.  Plus de 40% des socialistes se sont positionné contre la ligne officielle lors du congrès de Poitiers en 2015. 4 électeurs et militants sur 10 voulaient autre chose que la politique libérale et « austéritaire » des gouvernements sous François Hollande.

Tout d’abord, il rappelle qu’ « on ne gagne pas une élection présidentielle sur un bilan. Lionel Jospin avait un bilan unanimement reconnu comme positif, il a connu l’échec dès le premier tour de l’élection présidentielle » en 2002.

Dans les faits, il ne cesse de répéter que certaines mesures seront gardées et amplifiées : parler santé en saluant les avancées réalisées par l’action de Marisol Touraine, les conditions de travail avec le Compte Pénibilité et l’introduction du « Burn Out » comme maladie professionnelle, l’amélioration des conditions d’accès à l’emploi » sans hésiter sur l’abrogation de la loi travail dans son aspect le plus préjudiciable aux salariés en rétablissant la hiérarchie des normes….

La fracture du parti alerte Stéphane Le Foll !

C’est un risque qui ne dépend ni du résultat de la primaire ni de l’issu du quinquennat. Le Parti Socialiste perd ses adhérents depuis 4 ans. Abandonné par ses électeurs, le PS est aussi déserté par ses militants. Les chiffres sont évidemment secrets, mais à fin 2016, le PS est passé de 178 000 (2012) à  42000. Soit une baisse de 77% des cotisations des militants par rapport à ce qui était prévu. Ajouté à cela la perte de Le rêve de 500 000 adhérents de Jean-Christophe Cambadelis évaporé.

Les élections partielles presque toutes perdues et avec elles des élus en moins.

Depuis le 31 Mars 2014, la composition du gouvernement Valls II, l’affaire Thévenoud, la gestion calamiteuse de la mort de Rémy Fraisse, l'épisode de la déchéance de la nationalité et la loi travail et son 49.3, n’ont pu qu’aliéner de nouvelles franges de militants au PS. Le nombre de cartes est probablement désormais inférieur à 40.000, et les militants qui restent hésitent à arpenter les marchés, le masochisme trouve parfois ses limites.

Ajouté à cela, le fait que l’effondrement du PS n’a généré qu’une faible  polarisation sur sa gauche, ni dans les luttes, ni dans les urnes. Ca a redonné des ailes aux Républicains et au FN. Les mouvements sociaux et  Nuit Debout ont souffert de l'absence de leadership et d'un projet porteur et concret et la convergence des luttes contre la loi travail a fini par se ranger après le sinistre 49.3.

Paradoxalement, avant la désignation de Benoît Hamon,  la chance pour un projet émancipateur a résidé dans la quasi-certitude qu’il n’y aura pas de candidat de gauche au second tour de la présidentielle de 2017. Le piège du vote utile dont le PS a usé et abusé tout au long de ces dernières années s’est refermé sur lui. Désormais, envoyer un candidat du PS au second tour, c’est assurer l’élection d’une Marine Le Pen. 

Bien sûr, cela révèle le caractère très dégradé des rapports de force politiques mais cela peut aussi permettre de délaisser les petits calculs électoraux à courte vue au profit de l’indispensable reconstruction.

Soutenir Benoît HAMON, c'est soutenir le projet de consolidation de la République et par conséquent celle des institutions, via la VIème République, et dont bénéficiera surement le Parti Socialiste pour ressurgir d’un quinquennat de nombreux échecs c’est de combattre ce que Hannah Arendt appelle les « trappes d’oubli ». Les oublis des pauvres (de plus en plus nombreux), les oublis des victimes des inégalités et discriminations (femmes, handicapés, quartiers populaires..), les oublis de l’emploi (les chômeurs..), symboliquement anéantis avant d’être soumis à une entreprise de déshumanisation systématique.  (1)

En guise de conclusion

Le risque de l’éclatement du Parti Socialiste ne saurait excuser les réserves sur le soutien de Benoît Hamon. Au contraire, ne pas le soutenir est une casus belli aux militants et aux citoyens de gauche, qui mène à l’échec en plus de l’éclatement du PS. Si les Hollandais derrière Stéphane Le Foll veulent laisser le seul choix possible aux citoyens entre une escroquerie, une usurpation de légitimité réformatrice et la xénophobie, ils savent quoi faire : priver Benoît Hamon de leur soutien !

(1)    Hannah Arendt, 1994, Condition de l’homme moderne [1961]

 

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