« Apprécier les circonstances dans chaque cas particulier, tel est donc le rôle essentiel du chef. Du fait qu'il les connaît, qu'il les mesure, qu'il les exploite, il est vainqueur ; du fait qu'il les ignore, qu'il les juge mal, qu'il les néglige, il est vaincu »

C’est ce que disait le Général DE GAULLE dans le « Fil de l’épée » et sur quoi le Président de la République et le Premier Ministre devraient méditer !

 

Le rapport sur l’intégration : Le croisement des courbes

 

« Vouloir mettre la "République en danger", serait donc le noir dessein de M. Ayrault, disait sur un ton prophétique de Jean-François Copé. Il est "irresponsable et menteur" que le Président de l'UMP tienne de tels propos, a répondu, le Premier ministre» note Anne Sainclair dans sa tribune du HuffingPost sur le rapport sur l’intégration.

On assiste la à un croisement de deux courbes avec un brouhaha alimentant un espace médiatique en recherche de second souffle d’informations sortie du four, après les déblatérations en masse sur la chute de la popularité de François Hollande.

 1.    Jean-François Copé pour l’UMP, auto-proclamé en Président de l’opposition Républicaine ou les démons de la conquête de l’électorat de Marine Le Pen

Sur un fond franchement inspiré du discours de l’extrême droite et du Front National, avec le slogan «Politique d’immigration, reprenons le contrôle». La droite de Jean-François Copé, autoproclamé en « Président de l’opposition Républicaine », ce qui fera surement plaisir à Jean louis Borloo et  à François Bayrou, trace sa trajectoire vers la conquête des voix qui filent vers le parti de Marine Le Pen.

Cela devient même une ambition des sympathisants du parti de droite. J’en veut pour illustration, le propos de cette candidate UMP aux municipales 2014 qui déclare «J’ai l’impression que Jean-François (Copé), n’est pas assez suivi dans son discours de fermeté», «Nos propriétés perdent de la valeur à cause de l’immigration. J’habite dans le Val-de-Marne, où certaines villes communistes imposent 87 % de logements sociaux...» Et d’ajouter: «L’immigration ne doit plus être un sujet tabou. Ce n’est pas normal de ne plus pouvoir prononcer certains mots.» Comme? «Racaille», lâche son voisin.

Dans son tracé, cette courbe, s’attaque à « la politique d’assistanat de la gauche », et emboite le pas aux thèmes de campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, cette fois au nom de l’UMP réclamant :

  • la révision des accords de Schengen afin de sanctionner « les États passoires »
  • la limitation de l’immigration  en instaurant « un plafond d’immigration légale »,
  • la sélection drastique des étudiants accueillis en France,
  • la réduction « l’attractivité sociale » en supprimant notamment les aides au logement,
  • la suppression de l’AME (Aide Médicale d’État),
  • la formalisation de réserves d’interprétation sur l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme qui, tel qu’il est interprété par la Cour européenne, limite très fortement les possibilités de maîtrise de l’immigration familiale.
  • la remise en cause du droit du sol et réduire les possibilité d’acquisition de la nationalité française en supprimant l’automaticité pour les enfants de personnes entrées clandestinement sur notre territoire »

C’est une courbe ascendante à travers laquelle Jean-François Copé prolonge et donne vie aux vœux de Charles Pasqua. Ce dernier, qui au milieu des années 1990, sous le gouvernement Balladur, avait tenté de doubler le FN sur sa droite en faisant de l’immigration un de ses chevaux de bataille. Cette politique a donné lieu aux tristes lois Pasqua de 1993, supprimant les prestations sociales et renforçant les contrôles d’identité.

Cette courbe amène l’UMP de Jean-François Copé, de François Fillon et de Nicolas Sarkozy directement dans la sphère de l’action Française.  Cette trajectoire qui a atteint son bouquet de la falsification à travers la question sur l'intégration des immigrés, digne de l'effroyable discours sarkozyen de Grenoble, à laquelle Sarkozy fait répondre DE GAULLE par sa confidence privée sur "Colombey-les-deux-Mosquées", qui en réalité, ne portait précisément pas sur l'intégration des immigrés, mais sur un des slogans des partisans de l'Algérie française, celui de "l'intégration" de la France et de l'Algérie, destiné à éterniser la guerre en faisant des nationalistes algériens des Français rebelles, diviseurs de la République.

 

 2.    Jean-Marc Ayrault, le reniement des préconisations du rapport sur l’intégration ou l’absence de courage de la gauche

Plusieurs volets sur le site de Matignon (retirés depuis) sous les titres « Connaissance, reconnaissance », « Faire société commune », « Mobilités sociales », « Protection sociale », « Intégration & habitat ».

Surfer sur un thème que le Front National utilise comme son principal moteur pour des scores élevés dans les différents sondages, est un chantier très risqué.

Comment évoluer vers ce «Nous inclusif et solidaire»mis en avant dans les volets de ce rapport?

L'enjeu de la politique à mener, écrivent les rédacteurs du rapport, réside dans le fait de se doter d'un “projet de société” inscrivant la France dans un processus reconnaissant l'atout que représentent sa diversité culturelle et les apports multiples dont elle veut être le creuset et dans un processus de réduction des inégalités sociales et de solidarité nationale envers les catégories sociales les plus précaires, les plus victimes de la mondialisation économique.»

«Vivre ensemble égalitaire»,  «changement de paradigme», de «production de possibles»,  sont les ingrédients de la mise en place pour «faire de l'en commun».

Tout cela brille sur le papier s’il ne donne pas lieu à l’ire du Président de la République. Qui, en réaction sur les impacts de la publication, va plus loin en recadrant le Premier Ministre.

Ce rapport a mit en évidence les contradictions de la gauche et tout ce qu’elle prévoit en matière d’immigration.

Lancer le pavé dans la marre en divulguant la production du groupe de travail ensuite on réaffirmer qu’il ne sera pas question de mettre en pratique cette vision du monde et cette prise en compte du caractère « arabe oriental » de notre pays, relève surement de l’amateurisme.

 3. Croiser les courbes de « la peur de  l’étranger » de la droite et de «l’absence de courage » de la gauche. Telle est la principale leçon de l’agitation autour de ce rapport.

Une courbe qui part de l’idéal républicain érigé en slogans et qui se conduit en realpolitik du moment qui pousse l’Etat à s'enfermer dans une logique nationale, éloignée tant des réalités que des nécessités et qui a "européanisé" les politiques migratoires.

Avec une courbe de la droite revit et replonge dans ses démons de la bataille de conquête de l’électorat de Marine Le Pen, et la gauche se noie dans ses contradictions liées à ses difficultés à allier son humanisme idéologique à sa gestion politique une fois au pouvoir. 

Le point de ce croisement  se fait sur la place à donner aux étrangers en terme de représentation et de protection sur la base d’une évidence : la laïcité et le droit de vote.

Les "étrangers", résidents en France depuis plusieurs générations sont des acteurs économiques, socio-culturels et participants à la vie démocratique à des échelles diverses. Mais cet apport n’a de valeur que s'il est comparé à une autre réalité: Celle de leur place en France démocratique, sociale et politique, et donc à minima le droit de vote et d’éligibilités universels.

La même peur hante la gauche et la droite. Celle que Max Dormoy exprimait en 1937 et qui reste la même :

« Il est vraisemblable que nous aurons affaire non seulement à une masse mouvante plus ou moins indésirable de sans-travail et d’émigrants, de provenances diverses, en quête d’un pays susceptible de les accueillir en leur procurant des moyens d’existence, mais encore à des individus franchement douteux, à la moralité suspecte. Il convient de refouler impitoyablement tout étranger qui cherchera à s’introduire sans passeport ou titre de voyage valable, ou qui n’aura pas obtenu de visa consulaire, s’il est soumis à cette formalité.

A ce point de vue, notre vigilance devra être particulièrement en éveil vis-à-vis des originaires de l’Europe centrale et orientale. Sinon nous risquons de voir arriver chez nous des individus sans travail et sans ressources en quête de situations quelles qu’elles soient. Pour parvenir à leurs fins, ils utilisent tous les prétextes et recourent à tous les subterfuges. Or tous ces immigrants viennent de plus en plus submerger nos professions commerciales et artisanales, pesant ainsi sur notre économie générale. » (Marx Dormoy, ministre de l’Intérieur du Front Populaire, 14 avril 1937)

La principale crainte du gouvernement est de voir  le Front National, qui transforment l'immigration en pur enjeu électoral, dans une progression non utile face à la droite !. Un phénomène de lente percolation, couplé à l'absence d'un discours courageux de la gauche, a donc eu pour résultat qu'un grand nombre de Français sont aujourd'hui réticents à la présence, jugée trop massive, des "étrangers".

 4.    La République ouverte et accueillante

Homme de conviction, Bernard Stasi défendait inlassablement l'intégration des immigrés et la richesse de la diversité française, en publiant en 1984 "L'immigration: une chance pour la France", qu’il a enrichit en 2007 avec "Tous Français".

Les reniements et la semence de peurs, déshonorent cette France qu’incarnait Bernard Stasi et qui par ses apports, a réussi à faire comprendre aux citoyens que le mal de la France n’est pas de ce côté là !

Cette France n’est surement pas celle qui renie ses enfants parce qu’ils portent sur leurs peaux les spectres de l’immigration. Je me limiterais à cette partie du propos du Général : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. »

L’immigration est et demeure le pH-mètre de l’élite politique française, celle d’une France qui décolonisa sans s'auto-décoloniser. 

C’est un chantier pour en finir avec la race, la frontière et la violence continuant d'imprégner les imaginaires de part et d'autre de la Méditerranée, est la condition pour que le passé en commun devienne enfin un passé en partage.

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