« Il serait bon, disait Lénine, de chasser toutes ces girouettes et d'attirer dans le parti les syndicalistes révolutionnaires, les ouvriers combatifs, des gens qui soient vraiment dévoués à la cause de la classe ouvrière »

Edouard Martin, la candidature du mérite républicain

La candidature d’Edouard Martin, Leader syndical CFDT de Florange aux élections européennes en tête de liste PS dans la circonscription Grand-Est, suscite des réactions de rejet parfois violentes.

« Édouard Martin se fait descendre sur Twitter après l'annonce de sa candidature aux européennes 2014 » titre le Huffingtonpost du 18/12

  • Les précédents

Il n’est ni le premier ni sera le dernier. Un petit rappel historique des élus de bases ayant eu un destin national ou extra-national :

Gilbert Declercq (1896-1944) (PCF), syndicaliste, homme politique et résistant français devient ensuite ouvrier tisserand, syndicaliste et secrétaire régional de la CGT. Devenu adjoint au maire d'Halluin à l'issue des élections municipales de 1925 sous l'étiquette du Parti communiste français dont il est membre depuis 1923, il est révoqué de ses fonctions en 1926 pour redevenir simple conseiller municipal.

Camilel Bilger (1979-1947) (DP), ancien ouvrier du textile, fondateur en 1919 de la CFTC, député "Démocrate populaire" du Haut-Rhin de 1919 à 1936. Il fut membre très actif de 1944-1946 de la Commission nationale de reconstitution des organisations syndicales de travailleurs

Claude GUILLON (1885-1952) (PS), bûcheron, syndicaliste, député socialiste de la Nièvre. Militant syndical devenu parlementaire socialiste. Ouvrier agricole, et bûcheron désigné par la CGT comme représentant des organisations de bûcherons au Conseil national économique.

Présenté comme candidat socialiste aux élections législatives de 1928 dans la 2è circonscription de Nevers, Claude Guillon sera député de la Nièvre du 29 avril 1928 au 31 mai 1932.

Yves Guélard (1920-2003) (PS), En 1973, fut à nouveau candidat aux législatives, dans la circonscription de Hennebont, sans pouvoir reconquérir ce canton socialiste à deux reprises entre 1945 et 1961.

José Bové, né le 11 juin 1953 (EELV), figure du mouvement syndicaliste agricole et président de la Confédération paysanne et de Via Campesina, candidat à l'élection présidentielle française de 2007 où il a recueilli 1,32 % des voix. Tête de liste Europe Écologie pour la circonscription Sud-Ouest en France lors des élections européennes de 2009, il est élu député européen le 7 juin 2009. Il est actuellement vice-président de la commission Agriculture et développement rural au Parlement européen.

Michel Pouzol, Un RMIste devenu député (PS), fils d’ouvrier, situation déjà rare dans l’hémicycle, a connu des déboires financiers qui l’ont conduit au surendettement et au RMI au début des années 2000. "Un jour, des projets sont tombés à l’eau, et les chèques ne sont pas tombés", raconte à Europe 1 cet ancien réalisateur de cinéma. "Après, la dégringolade est assez rapide".

Christian Jacob né le 4 décembre 1959 (UMP), Agriculteur-éleveur de profession, il a exercé de nombreuses responsabilités dans le syndicalisme agricole local, départemental, régional puis national. Titulaire d'un Brevet d’études professionnelles agricoles, il a été ministre des PME, du Commerce, de l'Artisanat, des Professions libérales et de la Consommation dans le gouvernement Raffarin III (2004-2005) et ministre de la Fonction publique dans celui de Dominique de Villepin (2005-2007). Depuis le 23 novembre 2010, il est président du groupe UMP à l'Assemblée nationale.

Et dans d’autres hautes fonctions Bruno Arasa, le syndicaliste CGT devenu PDG de la Scop Heliocorbeil, qui en janvier 2012, il menait la lutte syndicale, autocollants CGT sur la veste, pour sauver les emplois d'Héliocorbeil. Depuis février dernier, et la reprise de l'imprimerie en Scop par les salariés, Bruno Arasa y occupe le fauteuil en cuir de PDG.


Cette liste non exhaustive, montre que ces « ascensions », sont utiles pour irriguer, tant soit peu, une classe politique dominée par les élites des écoles de l’excellence républicaine (ENA, Sciences Po, HEC, ...)

  • Du syndicalisme au politique

La forme qui pose historiquement le plus de problème entre syndicats et partis est la subordination. Son contraire est l’hostilité (ou rivalité). Le contradictoire de la subordination est la substitution, de même que celui de l’hostilité est la coopération.

La candidature d’Eduard Martin, est dans la dichotomie entre ces deux limites : subordination-hostilité. Elle réinjecte une dose d’équilibre entre l’aliénation politique et l’opposition systématique, quand le syndicalisme est faible ou la situation économique, politique et sociale le demande.

La candidature d’Edouard Martin,  qui n’est pas encore une élection, est une excellente nouvelle à toutes celles et ceux, par milliers, qui militent dans le mouvement associatif et syndical, et subissent de plein fouet les violences d’un patronat et de politiques d’austérité anonymement.

C’est un éclairage utile sur un mouvement syndical affaibli et dont l’action est noyée par les corporatismes et le jacobinisme des bonnet rouges ou phrygiens.

  • Qu’attendre d’Edouard Martin ?

Qu’il tienne son engagement : "Je m'engage dans une nouvelle mission: je n'ai pas l'impression de m'engager en politique, dans le sens où je n'ai pas programmé de faire une carrière politique. J'ai simplement envie de continuer le combat que nous menons depuis maintenant plusieurs années sur le maintien de l'industrie en France et en Europe, et j'ai envie de le poursuivre à un autre niveau, au niveau européen, parce que c'est là que se prennent toutes les grandes décisions qui nous impactent".

Pour finir en appelant les ouvriers de Florange à se "tourner vers l'avenir", après la fermeture des hauts fourneaux en avril dernier, et la promesse du président François Hollande de créer un centre de recherche à Florange. "Le combat n'est pas terminé, il prend d'autres formes et dans d'autres lieux".

  • La récupération politique

Sans aller trop loin, il suffit de paraphraser Jean-Pierre Raffarin qui juge sa candidature «C'est un type de qualité».  Et il termine par  «le passage du syndicalisme à la politique ne se fait pas en général dans un climat de grande sincérité.»

Edouard Martin est un militant qui s’est inscrit dans la lutte syndicale contre la pauvreté du dialogue social en France.

Porter ce combat au plus haut niveau est on ne peut plus légitime.

Qu’il le face de façon organisée et au sein d’une formation politique telle que le PS, il n’y a rien de scandaleux.

C’est certain, c’est un syndicaliste de tempérament et les excès  verbaux ne sont pas loin de son discours. Mais il reste un militant ancrée dans les combats justes de la classe ouvrière dont il a eu la charge de la représentation depuis 1986.

 

 

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