Gaza, sanctionner ou soutenir. Lettre à mon député

Monsieur le Député, On est en droit d’attendre de vous d’honorer l'engagement de votre majorité pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens en condamnant les agressions violentes et répétitives d’un gouvernement extrémiste qui viole le droit international !

Monsieur le Député (*),


Vous venez d’apprendre comme tous les français les actions militaires de l'armée israélienne contre la bande de Gaza et les populations civiles palestiniennes causant de nombreux morts et blessés majoritairement des femmes et des enfants.


Vous, avez entendu comme tous les français les propos du Président de la République qualifiant d'actes adieux. Propos qu'il aurait dû qualifier de "crimes" sans trahir la réalité des faits!


De Diplomatie à Diplomatie, un discours de cette nature répond aux codes de la langue diplomatique s’il n’occulte pas la prise de responsabilité face au nombre de tués pacifiques du côté palestinien sans aucune mort à déplorer côté israélien !


Les partisans de la proportionnalité de toute chose dans les situations seraient donc contraints de constater que ce qui s'est passé eût été disproportionné !


A la date de rédaction de cette lettre, plus que 61 palestiniens tués par les tirs à balles réelles, et plus de 3000 blessés !


Lors de la réception du Président de l'Autorité Palestinienne en Décembre 2017, le Président Macron a déclaré " la Palestine n'est pas seule" et s'est prononcé pour des efforts continus pour aboutir à une paix juste et durable et pour une sécurité permanente entre Israéliens et Palestiniens.


Votre silence sur ce qui s'est passé le 14 Mai 2018 à Gaza , renforce le gouvernement israélien dans son entreprise belligérante !

Des tués en nombre subissent ces guerres incessantes de Netanyahou et de son gouvernement contre le droit du peuple palestinien à une paix durable!


Ce désintérêt intervient à un moment où, Israël continue à occuper des territoires palestiniens, par vagues d’annexions successives, Vous n’en pipez pas mots?

N'est-il pas dans vos missions de traduire la vision du chef de votre majorité, le Président de la République, par de la pédagogie sur le terrain?


L’occupation ? Quelle occupation ?
Monsieur le Député,


Je n’oserais vous rappeler que selon le droit international, le contrôle israélien de la Cisjordanie et de Gaza est considéré comme une "occupation belligérante". Occupation dont les 34 condamnations des Nations Unies ont été systématiquement violées par Israël?


Je n’oserais vous rappeler qu’Israël doit alors choisir entre rendre la terre aux Palestiniens et évacuer les colons, ou violer le droit international en annexant les Territoires comme il l’a déjà fait pour Jérusalem-Est, et en instaurant le "Grand Israël" sur l’ensemble des terres.


Je n’oserais vous rappeler que ces annexions posent aussi les problèmes aux palestiniens sous occupation : Israël doit soit leur accorder la citoyenneté et s’attendre à voir émerger une majorité non juive dans le Grand Israël, ou leur refuser la citoyenneté et être considéré comme un état d’apartheid, un statut infamant.


Je n’oserais vous rappeler que, c’est exactement le problème qui a poussé 40 leaders juifs des États-Unis à demander à Netanyahu de rejeter "les entourloupes légales" du rapport Levy qui selon eux menacent "l’avenir d’Israël en tant qu’état juif et démocratique".

Et les territoires palestiniens ?
Monsieur le Député,


Je n’oserais vous rappeler que le gouvernement israélien veut annexer la vallée du Jourdain, peuplée de 60 000 Palestiniens. La zone ainsi annexée resterait donc partie de l’Etat d’Israël, même en cas d’accord de paix avec les Palestiniens, malgré la protestation de L’Autorité Palestinienne et malgré l’opposition de Tzipi Livni qui dirigeait l’équipe israélienne dans les négociations avec les Palestiniens,

Je n’oserais vous rappeler qu’Il s’agit du premier projet de ce genre depuis 1981, lorsqu’Israël a imposé son autorité sur le plateau du Golan pris à la Syrie, et l’annexion de Jérusalem-Est au lendemain de la guerre des Six Jours en 1967.


Je n’oserais vous rappeler que cette annexion a fait réagir même le très pro-israélien John Kerry qui déclare : " Ce projet de loi et ce vote en commission ministérielle n'a pas pour but d'annexer une partie de la Cisjordanie, mais plutôt de protéger le statut de certains membres du Likoud face à l'extrême droite du parti au prix d'une atteinte à l'image du pays, de son isolement et de sa sécurité ".

Je n’oserais vous rappeler qu’Israël ne s’arrête pas là avec la confirmation d’autres projets de construction de logements supplémentaires dans les colonies (le dernier est de 1400 logements).

Sachant que la vallée du Jourdain, zone hautement stratégique, le long de la frontière avec la Jordanie, fait partie, selon les différents accords de paix, des territoires palestiniens et, à ce titre, elle est censée faire partie de l’Etat de Palestine et selon les Nations unies, 87% des terres sont déjà occupées par Israël et 37 colonies juives y sont installées. Une annexion rampante titrait Danièle Kriegel (Le point 04/06/2013),


Le peuple palestinien en résistance permanente depuis 70 ans

Monsieur le Député,

Votre majorité condamne les actions du Hamas et les lancements de roquettes des brigades Azzedine Al-Qassam sur Israël. J’aimerais vous poser cette question :
Vous vous êtes posé un seul instant la question de l’origine des armes utilisées par les brigades du Hamas ? Surement Monsieur le Député !

Vous n’êtes pas sans savoir que jusqu’à la fermeture des tunnels Egypte-Gaza, la frontière servait à tous les trafics y compris ceux des armes.

Vous n’êtes pas sans savoir que ces armes proviennent du Mali ou de la Lybie, qui deviennent les principales fournisseurs à tous les mouvements suite aux politiques stupides américano-françaises.

Vous n’êtes pas sans savoir que les soutiens du Hamas sont souvent ceux en vers qui la France a mené la politique de deux poids deux mesures (l’Iran par exemple).

Vous n’êtes pas sans savoir que le Hamas a été un des soutiens de la position française concernant le régime syrien de Bachar AL ASSAD, en prenant ses distances dès le début !

Vous n’êtes pas sans savoir que les rapports de forces entre palestiniens, toute faction confondue et Israël sont asymétriques. Israël disposant d’un arsenal d’aviation, de chars et de missiles sans commune comparaison avec ce dont dispose les palestiniens ! Et que dans ces cas de figures, s’il y’a une sécurité de population à préserver, c’est bien celle des palestiniennes.

Alors quid du droit du peuple palestinien à un Etat souverain ?

Monsieur le Député,
" Le temps d’un Etat Palestinien Souverain, sur la totalité des territoires est venu "
Comme vous le savez déjà, Le droit international reste l’arme dans une situation de résistance anticoloniale, qui justifie la lutte des palestiniens sur le terrain.
De même, comme vous n’êtes pas sans le savoir, Le colonialisme est une violation grave des droits fondamentaux, contraire à l’article 1er de la Charte des Nations-Unies, et l’Assemblée générale de l’ONU a proclamé des principes définitifs sur l’autodétermination des peuples dans le cadre du respect des frontières (d’ailleurs qu’Israël, le seul pays membre des Nations Unies, qui n’en possède pas et qui n'a à aujourd'hui déposé aucune carte délimitant ses frontières et ça dure depuis 1948), et en faisant un lien indissociable avec le respect des ressources naturelles et de l’exploitation des sols. Tout transfert de population est un crime selon le droit international. Ainsi, les règles de droit sont parfaitement connues et elles sont entièrement au service de la décolonisation.


Gaza une prison à ciel ouvert ?
Le CCFD-Terre Solidaire, que personne ne peut soupconner d'aveuglement anti-israélien, vient de participer à une mission internationale avec la Cidse en avril 2018. Ses membres sont allés dans l’un des campements du Nord de la Bande de Gaza d’où sont organisées les marches de retour. Jeunes et vieux, femmes ou hommes, s’y retrouvent. Ils partagent les histoires des villages dont leurs familles ont été chassé en 1948, chantent, cuisinent... Puis ils marchent vers la ligne de séparation avec Israël pour appeler à la liberté. Les jeunes ont expliqué à la délégation combien ils voulaient attirer l’attention sur leur situation et dire au monde qu’ils ne veulent pas être oubliés.
Avec une population de près de deux millions de personnes enfermées à l’intérieur d’une minuscule bande de terre, le plus grand désir des jeunes est la liberté de circuler et de pouvoir sortir de Gaza. Une liberté fondamentale qui leur est refusée. La population a peur de se faire tuer et se sent abandonné. Ils appellent à la protection internationale.

Apportons à votre connaissance, au cas où ça vous a échappé, que la " Grande Marche du retour " est une initiative spontanée et populaire. Les rassemblements et manifestations sont l’expression d’une résistance non-violente qui rappelle la première intifada. Cette volonté de résister sans recourir à la violence armée est un signe extraordinaire pour une population confrontée à une situation invivable. Depuis douze ans le blocus illégal imposé par les gouvernements israéliens à la Bande de Gaza l’a transformé en prison à ciel ouvert.
Face à ce pacifisme exemplaire, un massacre criminel n'épargnant aucun.e gazaoui.e.s, ni même des bébés!

Alors pourquoi ce silence ?
Monsieur le Député,

Le Président de la République vient de qualifier ce massacre d'actes odieux. Soit !

Ces propos sont sans effets sans sanctions et sans contraindre le gouvernement de Monsieur Netanyahou, complétement acquis aux thèses de l’extrême droite israélienne, dont le seul projet est de s’opposer à tout Etat Palestinien. Qui d’ailleurs est constitué d’au moins trois membres résidants des colonies dans les terres palestiniennes.

Au même moment, de nombreuses voix dont celle du secrétaire général des Nations Unies, Antonio Gutierres, réclament une enquête indépendante sur ce qui s'est passé !

Avec votre silence, vous choisissez le camp des soutiens de l’agression du peuple palestinien !

Avez vous besoin d’apporter ce soutien larvé, en risquant d’offusquer des milliers de soutiens au droit du peuple palestinien?


Monsieur le Député,

On est en droit d’attendre de vous d’honorer l'engagement de votre majorité pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens en condamnant les agressions violentes et répétitives d’un gouvernement extrémiste qui viole le droit international !


Alors assumez votre engagement et prenez vos responsabilités !

Condamnez la guerre aux civiles palestiniens et exigez une enquête internationale indépendante sur les crimes du 14 Mai à Gaza !

" Tout ce que je veux c’est vivre ". C’est le cri d’un jeune Gazaoui, ayant perdu confiance !

Je vous livre un extrait de ce cri d’une jeunesse que le Président que vous soutenez dit écouter :

" Merde au Hamas, Merde à Israël, Merde au Fatah, Merde aux Nations Unies , Merde à l’Agence des Réfugiés Palestiniens des Nations Unies, Merde aux Etats Unies... Nous autres, jeunes de Gaza, n’en pouvons plus d’Israël, du Hamas, de l’occupation, des violations des Droits de l’Homme et de l’indifférence de la communauté internationale ! Nous n’avons qu’une envie : hurler et briser ce mur de silence, d’injustice et d’indifférence, comme les F-16 israéliens brisent le mur du son. Hurler de toute la force de nos âmes de libérer la frustration dont nous crevons, parce que nous vivons dans une situation de merde. Nous ne valons pas mieux qu’un pou coincé entre deux ongles, nous vivons un cauchemar dans le cauchemar. Plus un millimètre d’espoir, plus un millimètre de liberté. Nous sommes las d’être otages d’un conflit politique, fatigués jusqu’à la nausée des nuits noires pendant lesquelles les avions viennent planer au dessus de nos maisons. .... "


Monsieur le Député,

Soyez ce représentant digne de ce grand peuple des lumières. Ce peuple qui a servi d'exemple aux peuples du monde en défendant la liberté et le droit!

Monsieur le Député,
"Mes enfants naissent
Les accueillent les larmes de l’amour
Le frisson de la peur
A la porte de la maternité
Les attendent
Les yeux des chiens enragés
Les attendent
Les plans de la liquidation physique
Et de la vision lointaine de la mort"

Citation Palestine Peuple opprimé

 

(*) Monsieur Damien Pichereau, député de la 1ère circonscription de la Sarthe (72)

 

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