Monsieur Tahar Benjelloun, le Hirak est un besoin de révolte

Suite à la mort du commerçant Mouhcine Fikri, broyé par une beine à ordures, l'universitaire et journaliste marocain Omar Brousky note : "Les autorités ferment les yeux sur le secteur informel parce que c'est le prix à payer pour maintenir la paix civile".


Il y'a quelques jours, l'écrivain Tahar Benjelloun a lancé un appel au delà des limites de l'acceptable.


Il sait que ses déclarations sont scrutées. Et au lieu de garder à minima sa réserve, il alimente l'anathème du Makhzen sur le Hirak du RIF.


Dans sa tribune, Tahar Benjelloun écrit " à lire les réseaux sociaux, on pourrait croire qu'Al Hoceima est à feu et à sang. Ou qu’elle se prépare à un soulèvement populaire d’une envergure inégalée. Moi-même ayant cédé à la déferlante sur les réseaux sociaux, j’ai appelé un ami sur place pour prendre de ses nouvelles. Il m’a dit qu’en dépit d’un défaut de touristes, la situation était normale et que ses enfants vaquaient à leurs loisirs comme d’habitude. J’ai insisté en lui disant avoir lu sur Facebook des appels à la mobilisation, des nouvelles au sujet de tracts distribués clandestinement… En homme fin, il a répondu : «Oui, c’est non seulement exagéré, mais imaginé. Veux-tu croire en ce que je vois ou en ce que tu lis sur les réseaux sociaux ?» Et il a ajouté que son inquiétude ne se rapportait pas au monde virtuel décrit sur les réseaux sociaux, mais allait aux commerçants et aux opérateurs dans le tourisme qui manquent cruellement de clients."


Alors. Tout ce qui se passe dans le RIF est de la faute des réseaux sociaux et autres sources d'information non contrôlées par le Makhzen.


Car sinon comment allons nous apprendre plein de petites choses qui justifient ce besoin de révolte partout et pas uniquement dans la région du RIF:


Les classements se suivent et se ressemblent. Le Maroc va mal. Pas celui des oligarques mais celui de millions de forçats de la vie.


Liberté d’expression :
Sur une liste contenant 197 pays, le Maroc arrive, avec sa 147ème position, près de la toute fin du classement fait par Freedom House.


Inégalité des sexes :
Le dernier classement publié par le Forum économique mondial (WEF) place le Maroc à la 133è position sur l’écart entre les genres, sur un total de 142 pays répertoriés.


Indice de développement humain IDH :
Avec un IDH de 0,617 , le Maroc se positionne dans ce rapport au 129e rang (exæquo avec le Honduras) sur un nombre total de 187 pays


Technologie de l’information TIC :
Le Maroc a été classé 99 ème par le « Global Information Technology Report 2014 », un rapport établi annuellement par le World Economic Forum (WEF) qui mesure l’environnement général de l’exploitation des Technologies de l’information (TIC), la disponibilité et l’accès aux d’infrastructures.


Performance industrielle :
Selon le rapport global sur la performance industrielle de l’Organisation des Nations Unis pour le développement industriel (ONUDI), le Maroc occupe en 2013 le 66e rang sur un total de 133 pays en matière de compétitivité industrielle.


PIB/hab :
Avec un PIB/habitant de l’ordre de 3200 dollars, la Maroc vient à la 13ème place au niveau arabe.


Droit de la femme :
Une étude intitulée « Women’s rights in the Arab world » et réalisée dans 22 pays arabes, 336 experts donnent leur avis sur la condition de la femme. On retrouve le Maroc à la 8ème place.


Ce sont là quelques indications sur la réalité du Maroc. Une réalité bien réelle sans déformation des réseaux sociaux.


Et si on parlait du RIF?
Suite à la mort du commerçant Mouhcine Fikri, broyé par une beine à ordures, l'universitaire et journaliste marocain Omar Brousky note : "Les autorités ferment les yeux sur le secteur informel parce que c'est le prix à payer pour maintenir la paix civile".


Mais pour Mouhcine Fikri, comme pour près d'un Marocain sur deux, cette zone grise est synonyme de précarité et d'arbitraire. Tous ces travailleurs sont à la merci d'un fonctionnaire trop zélé ou avide d'un bakchich.


La région d'Al-Hoceima, une ville fe 250 000 habitants, n'a pas d'université, est sous-équipée au plan médical.

La production de cannabis et la contrebande via les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla et la pêche sont le carburant de l'activité régionale, mais ces activités, plus encadrées, sont en perte de vitesse, aggravant encore la pauvreté de la région.


Ceci n'est sûrement pas du fait fes réseaux sociaux Sir Benjelloun.


L'indifférence que vous exprimez ne vous honore pas. Elle répudie tout sentiment que vous clamez envers cette terre.
Ce n'est pas vous qui écrivaiten 2001, dans "Cette aveuglante absence de lumière" : "l'indifférence n'est pas l'absence mais la répudiation de tout sentiment." ?

 

 

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