L’« une des formes les plus abhorrées du “vulgaire” en tout opposé à l’élégance et à la distinction que l’on dit naturelles, élégance sans recherche de l’élégance, distinction sans intention de distinction ».

Pierre Bourdieu – la distinction

 

France - Algérie : François Hollande de l'inélégance à la bourde?

La sortie du Président de la République, du 18 Décembre 2013, assistant au 70ème anniversaire du CRIF, manquait surement de distinction et d’élégance.

Une plaisanterie de mauvais goût

Le Président François Hollande félicite le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, pour être revenu «sain et sauf» d’une mission en Algérie…

Si cela est passé inaperçu en France ce n’est pas le cas au Maghreb et en particulier en Algérie, où l’on estime, que le Président, devrait « présenter des excuses au peuple algérien et qu’il va faire prestement repentance de ces propos » rappelle AL WATAN, Citant ainsi les déclarations de François Hollande au cours du «voyage de mémoire » à Alger en décembre 2012 quand il a souligné tous ces massacres des armées françaises durant 132 ans.

Sans verser dans une psychose inutile, que la France pouvait éviter, elle laissera sans aucun doute un goût amer dans les relations, qui paraissaient au beau fixe, entre la France et l’Algérie.

Et l’effet de cette déclaration aurait pu être minimisé si, Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre ne ferraillait pas encore à Alger où il était arrivé dans la matinée pour une visite de deux jours (du 16 au 18 Décembre), visite assortie de la signature d’une vingtaine d’accords potentiellement bénéfiques, François Hollande léger avec cet humour grinçant, "interprété comme un racisme" et sentant les stéréotypes sortis tout droit de la remise du centenaire de la colonisation (dit de la conquête) ou de l’Exposition universelle (et des indigènes) de Paris de 1889.

François Hollande n’était pas sans savoir que la concurrence d'autres pays, comme l'Espagne, l'Italie ou la Chine, se fait de plus en plus vive. La Chine est même devenue sur les neuf premiers mois de l'année le premier fournisseur de l'Algérie, passant devant la France.

La part de marché française en Algérie, estimée à 12,8% des importations globales en 2012, est en effet passée à 11,37% pour les neuf premiers mois de 2013, contre 11,98% pour la Chine, selon les chiffres des Douanes algériennes.

"Il y a un effritement depuis dix ans" des échanges économiques entre les deux pays, admet un conseiller de Jean-Marc Ayrault.

S’agit-il uniquement d’une «une plaisanterie de mauvais goût, des insinuations pathétiques, et un nouveau coup de froid à l’horizon dans les relations censées être «normalisées» depuis la visite de François Hollande en Algérie, en décembre 2012. » ?

La maladresse alimente la maladresse :

Lors de son discours à l’Elysée, et au détour d’une de ces petites digressions malheureuses qui ruinent de grands desseins, François Hollande annoncera – sans transition justifiée – la visite prochaine de Manuel Valls en Algérie. Le ministre de l’Intérieur français lui rappellera qu’il revenait justement d’Algérie. Réplique au vol : «Il en revient sain et sauf», relance tout sourire, le président français. «C’est déjà beaucoup !», ajoutait-il sous les rires des convives et journalistes amusés.

Le banquet du CRIF fera l’effet d’une douche froide de l’autre côté de la Méditerranée dont le peuple est renvoyé, sans autre forme de procès, à sa condition de colonisé, de sauvage à civiliser, d’indigène de la République, dénué aussi bien de cortex cérébral que d’humour.

Sans parler d’un contexte déjà irritant pour les sensibilités pro-arabes, reprochant à François Hollande une proximité forte avec toutes les obédiences pro-israéliennes (visite d’Israël et rencontre chaleureuse avec Netanyahou, opposition au nucléaire iranien..)

En dépit de la très pragmatique Déclaration d’Alger (signée en 2012), la «communauté de destin», les impairs diplomatiques pullulant ne feraient que condamner les rapports Franco-Algériens à la loi du chaud et froid, surtout de dans un contexte de normalisation.

L’Algérie est amenée à jouer un rôle important dans les relations 5 + 5, qui cimentent cette communauté de destin entre le nord et le sud de la Méditerranée occidentale. La France a-t-elle besoin de cette légèreté diplomatiquement « vulgaire » et historiquement inélégante ?

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