#Présidentielle2017 : du grand clivage aux micro-clivages

Nous assistons aux funérailles conjointes du général de Gaulle et de François Mitterrand, les deux grands inspirateurs de cette brève tranche d'Histoire. Sous nos yeux, en effet, le clivage droite-gauche s'est transformé en un quinquapartisme favoris des médias et des sondeurs devenus faiseurs des rois, avec les candidatures de JL Mélenchon, B. Hamon, E. Macron, F. Fillon et M Le Pen.

"Un nouveau clivage social prenait vie sous son regard."  Le Rivage des Syrtes - Julien Gracq

Voilà une campagne présidentielle qui ne ressemble à aucune autre !

Denis Jambar, éditorialiste de renom, écrit, il y'a quelques semaines, même si le résultat de l'élection présidentielle n'est pas encore écrit, cette campagne, à nulle autre pareille, entrera sans doute dans les livres d'Histoire. Sous nos yeux est en train de se détricoter le système politique qui gouverne le pays depuis bientôt 60 ans. De la Vème République, on ne souligne, en général, que le caractère présidentiel et la stabilité politique qu'elle a fait naître après les désordres des dernières années de la IVème.

En vérité, elle a surtout produit, grâce au scrutin majoritaire à deux tours, une organisation démocratique réelle, efficace, fondée sur le bipartisme et permis à l'alternance droite-gauche de voir le jour. Long accouchement puisqu'il a fallu 23 ans pour que ce paysage se mette en place. Il revient, d'ailleurs, à François Mitterrand, grand architecte du rassemblement de la gauche sous la tutelle d'un Parti socialiste dominant, d'avoir compris mieux que quiconque que ce dispositif permettrait l'alternance. Elle survint en 1981 et elle est, depuis 36 ans, le fait majeur de notre vie politique: tout au long de cette période la gauche n'a-t-elle pas gouverné 20 ans et la droite 16! L'alternance et le respect de l'état de droit fondé sur le triptyque "liberté, égalité, fraternité" constituent les fondements même de ces trois grosses décennies de démocratie française

Cette époque est sans doute en train de s'achever. Nous assistons aux funérailles conjointes du général de Gaulle et de François Mitterrand, les deux grands inspirateurs de cette brève tranche d'Histoire. Sous nos yeux, en effet, le clivage droite-gauche s'est transformé en un quinquapartisme favoris des médias et des sondeurs devenus faiseurs des rois, avec les candidatures de Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon, Emmanuel Macron, François Fillon et Marine Le Pen.

Période de transition car, à l'issue du scrutin, les deux rassemblements traditionnels de gauche et de droite pourraient bien se décomposer face à l'émergence d'une ré-urbanisation politique inédite dans notre pays.

Un zoom-arrière sur les six dernières nous renseigne sur la tectonique des clivages de la politique française.

1981 : la gauche formatée par Mitterrand gagne contre la droite piégée par les divisions. Une union contre une division

1988 : le Monarque Mitterrand gagne sans même faire campagne.

1995 : Jospin trop tendre perd face à l'héritier désigné par Mitterrand, Jacques Chirac. La gauche lassée par 14 années de gouvernement (2 septennats) et à bout de force perd

2002 : l'extrême droite RN embuscade élimine la gauche balkanisée ( pas moins de 6 candidats de réclamant de la gauche) et se retrouve avec JM Le Pen au second tour face à Jacques Chirac.. Et la partie gagnée d'avance. Gauche et Droite cherchant de retrouver une dignité perdue depuis la percée de 1985 aux européennes.

2007 : Chirac finissant après 12 ans non sans repos, se voit être obligé de laisser les clefs du camion à un Sarkozy prêt à tout pour devenir Président et une gauche honteuse derrière une candidate pourtant légitimée par la primaire , Ségolène Royal. Toutes les crasses possibles.
Les candidats tout en étant mauvais perdants, ils ont montré ce que la société française globalement, réserve aux femmes en politique : le second rôle. Tout a été permis. Dés déclarations choc (Fabius : voilà que nous sommes passés du programme voici à voici le programme sans arrêt des problèmes d'ordre privé).
Et malgré les saboteurs de l'intérieur, dits les éléphants, et sans quelques erreurs mortelles , notamment lors du débat d'entre les deux tours, elle avait de fortes chances d'être la première femme de gauche à accéder à la plus haute fonction de la 5eme République.

2012 : une droite décomposée, un Sarkozy fourvoyé dans les affaires et dans le bling bling ont permit à une gauche recentrée autour de François Hollande pourtant parti de loin, de gagner. Mais n'aurait pas gagné face au Sarkozy de 2012 ?
Jusque la, sans surprise, la droite gagne contre la gauche ou la gauche gagne contre la droite. La cartographie des clivages est bien identifiée.

2017 : tout est différent. Un ultra libéral (Fillon) veut gagner contre un libéral ultra ( Macron), et inversement, pour avoir le droit de disputer la victoire finale à la facho Marine Le Pen sur fond d'un remake de 2002.

Un candidat de 300 000 "insoumis" (comme si les 44,3 autres millions d'électeurs sont tous des soumis. À qui ? À quoi ?) auto-désigné dont le seul objectif est de battre un candidat désigné par une primaire dont les participants sont les premiers à avoir trahi. Une autre séquence de règlement de compte avec un passé socialiste qui n’a pas été toujours glorieux pour tout le monde, y compris les détenteurs des manettes aujourd’hui.
Un exercice sordide de la mort subite au sein d'une fratrie politique qui se dispute un héritage jospino-rocardien après la mort du père et la retraite paisible du Présidentiable perdant. Et aucune hauteur de vue entre deux campagnes. L'une sur le verbe haut et la tentation d'égocentrisme et l'autre très académique et parfois soporifique. Rien de bien ne sortira de cette confrontation si ce n'est une longue hibernation de l'idée de gauche ! Et malheureusement les chances du rassemblement tant souhaité s’évaporent de jour en jour.

Marine prend le large et s'accommode de la houle des affaires et du programme anti Europe, anti migrants et anti-islam !
Des micro-clivages brouillent tout et finiront par brouiller la France avec elle-même. Une partie de la gauche est partie vers la droite Macroniste.

Une partie de la droite est partie vers Sens Commun et le FN. Et une gauche se regardant le nombril et va droit dans le mur. Il lui restera les lamentations.
Un proverbe marocain dit "les larmes post-mortem ne servent à rien".

Il reste environ trente jours pour ne pas avoir à pleurer et qui plus est politique.

 

Clivage Gauche-Droite ou Droite Gauche © MB Clivage Gauche-Droite ou Droite Gauche © MB

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