Assujettir son peuple n'est pas aimer son pays

Et la haute trahison, l'arme de ceux qui trahissent!

Comme il s'agit trivialement de "qui a la plus grosse" en matière d'amour de son pays, il est fort de rappelet qu'aimer son pays ne requiert aucune justification.

Le patron d'une société marocaine qui est dans la lignée de ses donneurs d'ordres vend de l'eau et quiconque ose la lui boycotter parce que chère, trahit la patrie selon lui.

Qui est le traître comme la belle eau, aurait interpelé le provençal en proverbe ?

Boycotter c'est trahir ?

Comment peut-on être aussi simpliste quand on connaît la capacité du consommateur marocain à réinventer son destin chaque matin?

Peut-on demander à quelqu’un la raison de l’amour qu’il porte à sa mère ?

Un pays, c’est une réalité politique, historique, géographique, démographique et culturelle.

Cette alchimie constitue une substance charnelle et spirituelle – le corps et l’âme – où s’enracine une mystique. Cette mystique est toujours au-delà et en deçà du réel mais elle porte une promesse qui est l’énergie vitale du pays.

Cette énergie se déploie par amour, sinon elle meurt.

Dire non à la cherté de la vie est dans la novlangue des rapaces une haute trahison! Rien que ça!

Et un étourdi d'amplifier: les madawikhs (Les étourdis) ont osé!

Messieurs,

Ce pays dont vous nous accusez de trahison est un Pays de lente construction, pays de nos enracinements, de nos cultures multiples, de nos espérances et de nos rêves, le Maroc porte par excellence cette mystique qui nous mobilise quand vous prenez la fuite femmes et enfants sans oublier le code de vos cartes Premium ou Banque 18!

Tous les pays ne la portent pas de la même manière ni au même degré, certains cherchent encore la sève commune.

Marocains, nous avons reçu cette sève, nous la faisons vivre et elle nous fait vivre. Je dirais que la patrie charnelle de nos martyrs est la permanence d’un Maroc qui veut vivre, et qui veut vivre comme Maroc de tous les Marocains. Une vie qui convoque l’amour.

Vivre le Maroc comme une âme, une poésie, une personne, une mère, jusqu’à la sertir au cœur de son âme amoureuse, voilà une belle charité. Mais n’oublions pas que la vocation de cette charité est de s’exercer – in fine – envers des hommes et des femmes.

Aimer le Maroc dépasse l’abstraction, ou alors elle devient idéologie, idolâtrie.

Aimer le Maroc, c’est aussi aimer son peuple, ou plutôt aimer «les peuples du Maroc». Avons-nous au cœur cet humble petit surplus d’orgueil marocain qui est comme l’aiguillon de notre responsabilité ?

Y a-t-il un Marocain qui porte amoureusement en son cœur l’âme du pays et qui soit indifférent à ses tourments et démissions du moment ?

Allons-nous reprendre conscience de ce que nous sommes ?

Le monde respectera le Maroc, non pour le soumettre mais pour le servir, le protéger des prédations mais aussi de lui-même, adoucir ses mœurs les plus rudes, l’éclairer, l’éduquer, le faire grandir. En un mot l’aimer.

Nos vœux d'équité et de justice portés par nos femmes et hommes partent de notre amour de ce pays.

Nos vœux ne veulent pas d’un Maroc soumis, d’un Maroc où le citoyen sert d’applaudisseur, un Maroc où le citoyen est sujet.

Nos vœux veulent faire de la modernité une auto-énonciation du citoyen qui abolit le sujet.

Nos vœux veulent faire de la Constitution du «nous» communautaire l’aporie du jugement de soi-même et des autres.

Nos vœux veulent que la violence de l’universalité civique-pouvoir soit plus grande, mais aussi moins légitime, que celle des universalités théologiques.

Le droit se fonde sur l’insoumission et l’émancipation tire sa puissance de l’altérité.

Alors calmons-nous!

Chamfort écrivit : “On a fait des livres sur les intérêts des princes ; on parle d’étudier les intérêts des princes : quelqu’un a-t-il jamais parlé d’étudier les intérêts des peuples ?”

Serait-il possible d'aimer son pays même en étudiant les origines richesse du prince, sans être invective?

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