"L'obéissance à un homme dont l'autorité n'est pas illuminée de légitimité est un cauchemar" Simone Weil

Autorité ? voilà encore un de ces mots qui brodent régulièrement les discours ...

Autorité ? voilà encore un de ces mots qui brodent régulièrement les discours ...

Amusons-nous à le re-visiter, car de l'autorité, il en faut, outre une stratégie, à tel acteur politique pour se tailler une place, favoriser une écoute et une adhésion ;

car il en faut au professeur qui s'aperçoit, bien mari, que son savoir ne suffit plus ;

car il en faut au Président de la République pour garantir son pouvoir sans qu'il ait besoin de s'encanailler pour fairer "peuple" et vous emballer, comme on emballe une fille, ou comme on emballe un poisson au marché ...

Autorité, celle du dieu ? et oui, l' "auctoritas" du premier "auctor", le fondateur, l'instigateur, le garant de la parole première dans le mythe. On gardera de ce sens initial, la notion d'auteur, auteur d 'une parole, sujet de celle-ci et non discoureur, rhéteur ou avocat. Ce fil de sens se retrouve au XIIIème siécle et dans l'espagnol "autoritad" lorsque le mot s'applique à la force d'une référence, en tant que "citation servant de modèle, d'exemple". On y trouve mêlé l'autre sens qui donne à l'autorité, la qualité du pouvoir hiérarchique : mais alors, est-ce un pouvoir produit par la puissance de l'exemplarité ? ou un pouvoir qui obtient l'obéissance ? Les deux, mon capitaine. Il n'est donc pas inutile de se demander ce qui fait qu'un pouvoir, une "autorité", sont légitimes à exiger quelque chose à partir de leur parole.

Etre l'auteur d'une parole c'est être la source du savoir, des savoirs, qu'elle véhicule, mais c'est aussi les transmettre, les adresser, en un mot être un "maître". Cependant un maître "autoritaire" a des chances de réduire son disciple à la passivité : ce mentor aura peu de chance de faire de l'autre un sujet consentant librement à accueillir le savoir transmis afin, à son tour, de le travailler, le dépasser et le passer. C'est ainsi que la personne qui pense détenir une autorité peut / doit se demander en quoi elle est l'auteur de sa parole : être à la fois ce sujet qui hérite (d'un savoir) donc qui n'est propriétaire de rien, et un sujet qui est "auctor", source vivante de la parole. Ce sujet-là légitime son autorité par une posture paradoxale et nécessaire : il a la vigueur, l'énergie et l'audace de l'inventeur, tout en ayant la conscience profonde d'être lui-même soumis à un héritage symbolique et de n'être pas "tout" savant.

En ces temps de surproduction d'images, de montage de com', de pouvoir échevelé et de querelles des chefs, il peut être revigorant de se demander : de quoi suis-je l'auteur ?

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Et pour finir, un clin d'oeil de Voltaire :

" Pour avoir quelque autorité sur les hommes, il faut être distingué d'eux. Voilà pourquoi les magistrats et les prêtres ont des bonnets carrés."

 

 

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